Une crise inédite ?

Après qu’un événement inattendu l’a précipité dans une grande stupeur, l’être humain fait preuve d’une extraordinaire capacité à expliquer rétrospectivement que c’était prévisible. Cette idée phare de Nassim Nicholas Taleb, qu’il développe dans son ouvrage « The Black Swan », s’applique parfaitement à la crise inédite que nous connaissons.
Dans un article paru dans la revue « Esprit » (n° de juin 2020), intitulé « Qu’est-ce qu’un événement ? », Carole Widmaier relève le caractère tridimensionnel du fait : « […] en tant qu’il est ce qu’il a lieu, il est un phénomène ; en tant qu’il est ce qui m’arrive, il est un événement ; en tant qu’il m’est destiné, il est un signe. » C’est cette dernière dimension, sémiologique, qui est mobilisée dans le cadre de la prévisibilité rétrospective. C’est ainsi que Nicolas Hulot, sur BFMTV le 22/03, se posant en prédicateur d’un type nouveau, a pu déclarer que la crise du coronavirus constitue une sorte d’ « ultimatum de la nature » et que « celle-ci nous envoie un message. » Nous aurions bouleversé l’ordre de la Nature, avec une majuscule théifiante (pour ne pas dire terrifiante), qui reviendrait sous la forme d’un virus couronné pour nous demander des comptes et « nous tester sur notre détermination » (virologiquement et sérologiquement ?).
Ce genre de déclaration n’est pas exempt d’un relent de punition divine, et, d’une certaine façon, s’aventure dans le territoire de la superstition, que Carole Widmaier définit comme « un mouvement de l’imagination qui consiste à combler les relations manquantes par l’affirmation d’une intention cachée. » Les extrémistes religieux, vérifiant cette définition, ne se sont pas privés pour affirmer que la crise du coronavirus avait été prévue par des prophètes depuis longtemps et qu’elle constituait le prélude d’un temps apocalyptique marqué par le châtiment divin.


