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"Un vieux singe en été"

Ecrit par zinfos974 – le lundi 12 juillet 2021 à 11H04

Le moment des élections est derrière nous. Les élus l’ont été. La présidente et le président président. Il est donc enfin temps de passer aux choses sérieuses. Et le tour de France - revenu à son calendrier habituel - est un événement des plus sérieux, quoi qu’en pensent les pisse-froids qui prennent la pose d’intellos au café de Flore.
Si vous en doutez, plongez-vous dans les 524 chroniques du tour de France écrites entre 1954 et 1978 par MONSIEUR Antoine Blondin. Les titres de certaines d’entre elles sont un bonheur de vivacité et de virtuosité d’écriture. D’un coureur particulièrement en forme dont l’allure facile tranche avec le pédalage heurté et laborieux de ses adversaires, on a coutume de dire qu’il a la socquette légère. Antoine Blondin avait le stylo aérien et la plume agile lorsqu’il racontait une échappée en solitaire, le calvaire d’une pente à 12% ou le frottement des épaules à l’arrivée d’un sprint. Blondin emportait toujours dans sa musette de l’étape quotidienne une bonne dose de pastiche et quelque provision de calambours :

  • « Au diable la varice ! »
  • « L’embarras du chouan »
  • « Le régional de l’épate »
  • « Le dernier Chalon où l’on cause »
  • « De la Suisse dans les idées »
  • « L’affaire est dans le sacre »
  • « Le jour du soigneur »
  • « Un tour de Rhin »
  • « Un dandy de grand chemin »
  • « Les trainardiers »
  • « Le Mao jaune »

Il a fait d’un événement sportif populaire une épopée. Il a transformé les coureurs en héros mythiques dont les exploits méritaient un récit, et ce récit la postérité :
 
« Partis du virage du Nouveau-Monde, les coureurs chevauchaient à tour de rôle entre deux falaises de verdure, relevées comme le ciment des vélodromes, pour aboutir au virage du Paradis, autant dire dans l'autre monde, où ils sombraient dans une agonie provisoire, illuminée par une auréole en forme de chronomètre. » (9 juillet 1956).
 
Sous la plume de Blondin, le tour de France devient une véritable “Comédie humaine” avec ses drames (la chute de Luis Ocana) et ses petits et grands bonheurs, ses personnages aristocratiques (Louison Bobet, Eddy Mercx) ou faussement indifférents (Jacques Anquetil), et ses héros, perdants magnifiques (Raymond Poulidor).
Antoine Blondin est l’égal des chroniqueurs du Moyen-Âge : ses chevaliers enfourchent des destriers d’acier ; mais leur héroïsme, leur capacité à braver la douleur n’avaient rien à envier à ceux de la table ronde.
Certains de ses amis pensent qu’il aurait mérité d’être élu à l’Académie française. Très peu pour Blondin qui avait toujours dit : « À l’habit vert, je préfère le maillot jaune. »
Et immortel, Antoine Blondin l’est sans aucun doute. Davantage que nombre d’anonymes qui n’ayant plus qu'une paire de fesses pour penser sont allés l'asseoir à l'Académie Française.

 

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