Un nouvel accord pour sortir le transport routier de l’ornière

Longtemps réclamée, une charte encadrant les pratiques du transport routier voit enfin le jour à La Réunion. Mais du côté des transporteurs, la prudence reste de mise : tous espèrent que cet engagement ne restera pas lettre morte, comme celui de 2011.
La préfecture de La Réunion a organisé ce vendredi 11 juillet la signature d’une charte de bonnes pratiques dans le secteur du transport routier de marchandises et de la logistique. Une initiative inédite pour structurer un secteur stratégique, fragilisé par la crise et les déséquilibres contractuels.
Un secteur vital mais sous pression
Le transport routier de marchandises constitue un maillon essentiel de l’économie réunionnaise. Il assure la liaison entre producteurs, entreprises du BTP, distributeurs et plateformes logistiques. Mais dans un contexte marqué par la hausse des coûts d’exploitation, des relations contractuelles déséquilibrées, des exigences réglementaires accrues et des impératifs écologiques, les professionnels du secteur réclamaient depuis plusieurs années un cadre plus clair et mieux partagé.
Une charte fondée sur 26 engagements concrets
Face à ce constat, l’ensemble des parties prenantes – État, collectivités, chambres consulaires, transporteurs, donneurs d’ordre et fédérations professionnelles – ont signé une charte de bonnes pratiques. Ce document formalise 26 engagements visant à structurer les relations économiques du secteur, à les rendre plus transparentes, équitables et durables.
"Le transport routier de marchandise est une filière essentielle de notre économie insulaire. Si nous avons souhaité formaliser nos engagements respectifs aujourd’hui, c’est parce que ce travail structurant prépare à de nombreux défis", a déclaré Patrice Latron, préfet de La Réunion, en préambule de la signature de cette charte.
La charte vise notamment à encourager la contractualisation entre transporteurs et donneurs d’ordre, en intégrant des clauses de révision de prix adaptées aux réalités locales. Objectif : sortir des pratiques informelles et parfois précaires qui fragilisent les entreprises du secteur.
"C’est un changement fondamental : passer de relations transactionnelles fondées sur les prix à une logique de partenariat économique", a insisté le préfet.
Un comité de suivi sera mis en place d'ici la fin de l'année pour veiller au respect des engagements, mais aussi pour traiter d'autres problématiques : aménagement des aires de repos, optimisation logistique, accès au foncier, ou encore formation.
Les transporteurs entre espoir et méfiance
Côté professionnels, si la démarche est saluée, la méfiance reste palpable. Jean-Gaël Rivière, président de la FNTR, a rappelé que ce n’est pas la première fois qu’une telle charte voit le jour : "Une charte avait déjà été signée en 2011, mais elle n’a jamais été respectée. J’espère que cette fois-ci, on ira jusqu’au bout. Il faut arrêter de faire baisser les prix au détriment des transporteurs".
Un constat partagé par Michel Alamèle, président de la Fédération des terrassiers de La Réunion (FTR), qui alerte sur la détérioration des marges. "Nous travaillons à près de -40 % de notre coût de revient. Ce n’est plus tenable", insiste-t-il. Il ajoute que les grands donneurs d'ordre que sont la Région et le Département "doivent entendre que les transporteurs ne peuvent plus continuer à travailler en dessous de leurs coûts".
Les syndicats saluent l’ouverture du dialogue, tout en insistant sur la nécessité de passer à l’action. "Cela fait longtemps qu’on demande un cadre pour pouvoir travailler sereinement. Aujourd’hui, on subit 30 % d’inflation sur nos charges", a expliqué un représentant du syndicat OTRE (Organisation des transporteurs routiers européens).
"C’est un grand jour pour le transport routier. Mais cette charte doit être respectée par tous les acteurs, sans exception", a renchéri Gaël Poinapin, du Syndicat réunionnais des transporteurs et terrassiers (SRTT).
Vers un modèle réunionnais plus durable
Au-delà de la formalisation de bonnes pratiques, cette charte porte une ambition de long terme. Elle s’inscrit dans une stratégie de développement durable du secteur, en lien avec les objectifs de cohésion sociale et de transition écologique du territoire.
La signature de ce texte marque une étape importante, mais l’enjeu désormais sera son application concrète. Le comité de suivi devra rapidement donner des gages d’efficacité pour faire de cette charte un véritable outil de transformation.


