Un juteux trafic d'ecstasy démantelé : trois hommes jugés

Trois jeunes hommes sont jugés ce vendredi 23 mai devant le tribunal correctionnel de Champ Fleuri. Ils sont soupçonnés d'avoir monté un trafic de stupéfiants et fait transiter de grosses quantités de MDMA, ou ecstasy, entre 2021 et 2023.
La procureure a cité ce trafic comme étant l'un des plus conséquents établis dans le secteur Est de l'île. Trois hommes sont jugés pour avoir monté ce réseau : deux des têtes pensantes, et l'autre, un "simple" livreur.
Ils acheminaient l’ecstasy ainsi : le premier, Vincent*, vivait à Paris. Là-bas, il se procurait la marchandise sur le darknet, avant de l'expédier à l’aide d’une fausse identité à une fausse adresse à La Réunion. Kévin*, son comparse, se chargeait la plupart du temps de récupérer les colis. Pour se couvrir, ils utilisaient des cartes prépayées (PCS) et investissaient dans la cryptomonnaie pour blanchir les gains engendrés.
Une enquête titanesque
Le pot aux roses a été découvert en raison de l’afflux régulier de nombreux colis, qui, après investigations, semblent relier les deux premiers protagonistes, malgré les faux noms et les fausses adresses.
Par exemple, une carte prépayée ayant servi à envoyer un colis a aussi servi à payer le billet d’avion de Vincent*. Autre correspondance : les adresses IP utilisées pour enregistrer les colis. Une fausse adresse mail n’a pas suffi à masquer leurs agissements.
Ainsi, après une longue enquête, les forces de l’ordre interpellent les trois hommes en mars 2023. À ce stade, les enquêteurs estiment que 67 colis ont transité grâce à ce trafic, chacun rempli de 2.000 cachets d’ecstasy, et parfois beaucoup plus.
La marchandise est, en majorité, écoulée en gros, et de temps en temps en détail.
Trois protagonistes au cœur du trafic
Dans ce dossier, trois personnes ressortent comme ayant une certaine autorité sur ce réseau d’ecstasy. Le premier est un étudiant, installé à Paris au moment du début de la prescription des faits (septembre 2021). Vincent aurait, selon ses déclarations lors de ses auditions, regardé "des séries" et des reportages pour s’inspirer, et ainsi monter son réseau.
Une autre version qu’il donne est celle où des "hackeurs" auraient fait pression sur lui pour écouler les marchandises d’ecstasy. Quoi qu’il en soit, il est désigné comme la tête de ce réseau. Selon les investigations, c’est lui qui aurait procédé aux envois de colis depuis la métropole.
Celui qui les reçoit, Kévin, a rencontré Vincent dans un bar à chicha de Saint-André. Ceux qui ont des connaissances en commun ont décidé ainsi de monter cette affaire à deux. Kévin s’occupe donc d’écouler les stocks à La Réunion, employant Jordan*, son jeune frère, dans le trafic.
Pour s’échanger les colis, Kévin les dépose dans des boîtes aux lettres isolées, pour éviter qu’ils soient trouvés par inadvertance. Jordan se charge de les récupérer.
Vincent possède un casier judiciaire vierge, tout comme Kévin, mais Jordan, lui, possède plusieurs mentions pour trafic de stupéfiants et est sous le coup de la récidive.
Si 25 colis ont été interceptés par les autorités, ces dernières estiment leur nombre à 67, pour une valeur dépassant le million d’euros dans ce juteux trafic de stupéfiants.
La procureure a donc requis sept ans de prison pour Vincent et Kévin, et quatre ans pour Jordan, avec la révocation de son sursis. Plus de 300.000 euros d’amendes douanières ont également été demandés. Le jugement est attendu le vendredi 31 mai.
*Prénoms d'emprunts


