Un couple jugé pour avoir causé de multiples fractures à son bébé de 3 mois

"Il y a une certitude dans cette affaire c'est que l'ensemble des blessures de Shanti viennent de quelqu'un. On cherche dans ce procès à savoir qui a fait ça", cadre la présidente de l'audience du tribunal correctionnel dionysien ce vendredi. Mais face aux magistrats, les deux parents n'en démordent pas : "À aucun moment on a maltraité notre enfant", répète inlassablement le couple de Saint-Andréens.
Shanti est née en mai 2014. En août de la même année, elle est conduite aux urgences de l'hôpital de Bellepierre à cause d'un œdème sur la jambe gauche. Il s'avère très vite qu'il s'agit d'une fracture. Le médecin qui l'examine souhaite la garder en observation mais les parents s'y opposent. Le lundi suivant, ils reviennent pour des examens plus poussés.
L'équipe médicale découvre alors des fractures à de nombreux endroits du corps du bébé, ainsi qu'au niveau de la jambe gauche, une fracture plus ancienne qui a déjà commencé à se consolider. Shanti à six côtes cassées ainsi que la clavicule. À cela, il faut ajouter radius, humérus et poignet également fracturés.
Une information judiciaire est ouverte et les parents sont mis en examen pour maltraitances.
Des fractures résultant de faits volontaires
L'enquête va démontrer que le trio vit à huis clos. Les deux parents ne travaillent pas. "J'ai tout fait pour ma famille", indique Sébastien T., dressant le tableau d'un couple parfait élevant une enfant exceptionnelle dans un environnement de rêve.
Une attitude qui ne manque pas d'agacer fortement la présidente de l'audience, Marie-Annick Rossignol. Dans une atmosphère glaçante, les parents justifient les blessures par une chute à cause d'un cosy mal attaché dans leur véhicule. Ou par des gestes trop appuyés au moment du bain.
Car en plus de camper sur leur position, le couple parental reste persuadé que sa fille souffre d'une maladie osseuse. Et ce, malgré les différentes expertises qui ont jalonné la procédure et qui prouvent le contraire, notamment la dernière. Celle-ci a été réalisée en métropole par la créatrice et directrice de l'unité des mineurs, un ponte spécialisée dans l'analyse de la radiographie des tout-petits.
Son analyse est sans appel: les fractures sont le résultat de chocs directs : bras et poignets tordus brutalement, côtes écrasées sous le poids du pied d'un adulte ou buste serré trop fort. "C'est très douloureux, elle a dû énormément pleurer", ont relaté les experts. De leurs côté les parents décrivent une enfant qui "pleure peu" et qui "dort énormément".
Retrait de l'autorité parentale
"Cela ne pouvait pas échapper à votre famille parfaite. Pourtant vous n'êtes quasiment jamais allés voir le médecin et avez refusé la visite de la protection maternelle infantile recommandée par votre sage-femme", a fustigé le représentant de la société, requérant 3 ans de prison dont 2 avec sursis et un aménagement de la partie ferme, ainsi qu'un retrait de l'autorité parentale.
"Ce qui s'est passé, c'est la marque caractéristique des parents qui n'en peuvent plus de fatigue et qui ne savent plus quoi faire", a diagnostiqué l'avocat de la partie civile, représentée par l'Arajufa (Association Réunionnaise d'aide aux familles et aux victimes).
"Le mystère reste entier", a plaidé Me Sylvie Moutoucomorapoullé pour défendre les deux parents qui avaient 19 et 21 ans à l'époque. "On ne saura jamais qui a porté des coups à l'enfant. Et dans le doute, il faut les relaxer", a plaidé la robe noire, ajoutant que Shanti, 7 ans aujourd'hui, allait bien et avait une petite soeur.
Ainsi, tout va bien dans le meilleur des mondes... À moins que le tribunal, qui rendra sa décision le 6 mai prochain, n'en décide autrement.


