Un cogneur vraiment très courageux : Il esquinte sa compagne et son grand-père de 90 ans !

Le 10 février dernier, à 17 heures, les gendarmes de Saint-Benoît sont avertis qu’il y a du vilain dans un quartier et que s’ils ne viennent pas "tout-de-suite, immédiatement, sans perde de temps et séance tenante", ça finira très très mal. Akoz si sé in cari poisson, s’ra fine gâté ! Inquiétés par le ton plus qu’alarmiste, ils y vont illico (voyez… ça arrive !) et constatent qu’effectivement, ils ont eu raison de mettre la surmultipliée.
Dérangé par un cabri-massalé ?
Au-dehors de l’habitation concernée, ils voient une jeune femme agrippée au baro, portant force hématomes sur le visage, en pleurs, ayant peine à tenir debout. Son agresseur, dit-elle, est à l’intérieur. C’est son concubin et père de leurs deux enfants, et il doit être en train de s’acharner sur son grand-père à lui.
Les gendarmes auront quelque mal à maîtriser l’énergumène. Ils embarquent l’agité ; un très vieux petit bonhomme, gisant au sol à leur arrivée, est convoyé à l’hôpital par les pompiers aussitôt arrivés.
L’incompréhension, l’étonnement, la révolte feront partie des sentiments ressentis crescendo par les enquêteurs au fur-et-à mesure des auditions…
L’auteur des coups, Muhammad V., 31 ans, a un sérieux problème avec l’alcool. Ce soir-là, il ronflait dans son fauteuil favori, cuvant les reliquats d’une longue journée de beuverie, lorsque son grand-père arrive. Le vieil homme, 90 ans, frêle, à la démarche hésitante, secoué de tics compulsifs, est venu voir ses arrières-petits-enfants et, pour le coup, a aussi apporté un massalé de cabri de sa préparation.
N’importe qui serait mille fois heureux…
Des coups à n’en plus finir
N’importe qui… sauf le Muhamad qui se déclare dérangé par le bruit puis se lève et commence à cogner sur tout ce qui bouge, à savoir sa compagne et son grand-père. Muhammad est grand, sec, costaud. Ce qui fait que malgré son imbibation, ses coups portent et font mal, même si ses victimes tentent de se défendre.
Coups de poings, coups de pieds, gifles à sa compagne à laquelle il enlève même une poignée de cheveux. Après avoir tenté de l’étrangler. Mais le pire (s’il est possible de graduer l’ignominie), c’est ce qu’il fait subir à son grand-père…
Le vieil homme a tenté de s’interposer. Pour le "châtier" (il pèse à peine sa livre de plumes), il est "balancé" dans la salle-de-bains où il chute lourdement sur les carreaux. Plusieurs fois, le malheureux tente de se relever ; plusieurs fois il est re-flanqué au sol tout en subissant un déluge de coups de poings et coups de pieds en diverses parties du corps. "À cet âge, dira l’accusation, le moindre coup, la moindre chute, peuvent être fatals !"
Toutes ces violences, faut-il le préciser, sont attestées par des certificats médicaux.
Pour se changer les idées sans doute, et échapper à une certaine monotonie qui s’installe, le salaud va vers chacune de ses victimes alternativement, cognant ici, tapant là, crachant partout, gueulant d’importance. Le tout sans être une milli-seconde gêné par la présence de ses enfants.
C’est un voisin, alerté par les cris et hurlements, constatant la présence de la jeune femme en pleurs et visiblement estropiée, dans le jardin, qui alerte la gendarmerie.
Infirmier ou pompier ?
Au long de leurs investigations, les enquêteurs constatent que Muhammad n’en est est pas à son coup d’essai, condamné par deux fois pour conduite beurré comme un coing, refus de se soumettre aux contrôles, conduite sans permis, sans assurance, et quelques menues broutilles style "non-respect de l’autorité" (qu’en termes élégants ces choses-là sont dites !)
Muhammad, hébergé chez un copain pour cause d’interdiction de domicile ex-conjugal, a travaillé, ne travaille plus, a touché les Assedic, ne touche plus rien.
"Mais je prépare le concours de sapeur-pompier et d’infirmier".
Ce à quoi on lui fait remarquer qu’avec une note judiciaire plus salée que la Mer Morte, il serait surprenant que le corps des pompiers l’accueille avec des ovations.
"Effectivement", consent-il du bout des lèvres.
Pour ce qui est de ses enfants, auxquels il n’a pas une seconde songé pendant qu’il cognait, il ne les voit plus depuis un paquet de temps et prend de leurs nouvelles… par le biais de sa mère.
"Je lui pardonne"
Sa seule tactique de défense est de dire que "j’avais bu", ce que tout le monde avait compris. "Bu… quoi ?" demande la Présidente Rossignol. "Trois, quatre verres… "
La Présidente exhibe alors le rapport médical faisant état d’une imprégnation atteignant 1,40 mg d’alcool par litre d’air, soit 2,80 mg par litre de sang. On comprend pourquoi il semble "ne plus trop bien (se) souvenir".
Il ne sait plus que répondre quand la Présidente lui fait remarquer qu’il avait dit n’avoir fait que se défendre parce que "c’est mon grand-père la tape à mwin en promier !"
Ce qui semble léger : lui est un grand gaillard costaud frisant vraisemblablement plus que son mètre quatre-vingt-cinq (j’estime par rapport à moi et je fais 1m83… enfin, "je faisais", tout diminue avec l’âge, les enfants).
Appelé à la barre, cet extraordinaire grand-père va nous donner une leçon d’amour et de générosité.
Du haut de ses 1,45 mètre largement pesés, il s’approche en claudicant, légèrement tremblant. Mais c’est d’une voix étonnement forte et claire qu’il dit :
"Je lui pardonne ! Vous me voyez me mettre en colère à 90 ans ? Porter plainte ? C'est idiot ! Qu’il comprenne juste qu’il doit arrêter de boire ! Moi, j’ai eu une très longue vie conjugale, très heureuse, au cours de laquelle je n’ai jamais tapé ma femme"… "Qui vient de partir cette année", ajoute-t-il. L’atmosphère de la salle s’est semble-t-il embuée.
Avec un large sourire, la Présidente Rossignol lance :
"Je suis d’accord avec vous, monsieur. Si vous pouviez venir deux fois par semaine dans cette salle, l’expliquer aux accusés… J’espère que votre petit-fils a écouté son granmoune !"
Muhammad a été condamné à 1 an de prison, dont 6 mois avec sursis et mise à l’épreuve pendant deux ans. Et un euro symbolique réclamé par son ex.
Avec les aménagements de peine autorisés par le Code de procédure pénale, il n’ira pas en taule. À moins qu’il ne recommence ?
C’est la Taubira qui va être réjouie.


