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UFR: Réaction aux propos tenus par la présidente du Conseil Général aux rencontres territoriales

Ecrit par zinfos974 – le jeudi 31 octobre 2013 à 16H10
En tant que militante à l’Union des Femmes Réunionnaises et jeune femme réunionnaise, je souhaite réagir aux propos de La Présidente du Conseil Général. Ces propos ont été tenus ce mardi 29 octobre 2010, lors des débats des rencontres territoriales contre la pauvreté et pour l'inclusion sociale.

Notre association a tenu à contribuer à ce débat sur la précarité, afin que les femmes réunionnaises ne soient pas les grandes oubliées et qu’elles soient prises en compte dans ce plan contre la précarité. Représentante de l’Union des femmes Réunionnaises, j’ai donc fait une intervention sur la précarité féminine dans notre île.

Rebondissant sur mon intervention, la Présidente du Conseil Général a fait cette déclaration qui mérite d’être partagée avec l’ensemble des Réunionnaises et Réunionnais. La Présidente du Conseil Général, tout en affirmant son désaccord avec l’UFR, a lancé : " Il faut arrêter avec ce genre de discours, la précarité n'est pas féminine, il y a plus d'hommes SDF que de femmes! Ce sont des combats passés d'il y a 20 ans...!".

Madame La présidente du Conseil Général, ce n’est pas parce que les femmes sont moins nombreuses à vivre dans la rue qu’on peut en déduire que « la précarité n’est pas féminine ».

La définition de la précarité ne s’arrête pas aux sans-abris.

La précarité se décline sous des formes multiples.

On peut parler de précarité quand on vit en dessous du seuil de pauvreté comme 42% des Réunionnais, soit 343 000 personnes, dont de très nombreuses femmes.

On peut parler de précarité lorsqu’on renonce à manger de la viande ou des yaourts, ou lorsqu’on ne fait qu’un repas par jour, quand on ne peut pas payer une mutuelle, changer de lunettes, payer le transport scolaire, la cantine, les impôts fonciers de sa petite case…
 

On peut parler de précarité quand on est à la CMU (CMU de base pour environ 16% de la population et CMU complémentaire pour plus de 35 % de la population réunionnaise). Nous pouvons parler de précarité majoritairement féminine lorsque 52% des bénéficiaires de la CMU de base et qu’environ 55% des bénéficiaires de la CMU complémentaire sont des femmes.

On peut parler de précarité majoritairement féminine lorsque la société se construit toujours sur des discriminations qui touchent principalement les femmes, comme la précarité professionnelle, les écarts de salaire ou encore le temps partiel subi , 70% des temps partiels concernent les Réunionnaises. Une Réunionnaise sur trois travaille à temps partiel contre un Réunionnais sur dix. Ce temps partiel est le plus souvent subi.
C’est connu et on l’a souvent répété, les CDD sont féminins et les CDI masculins. Dans le secteur public, 69% des CDI sont occupés par des femmes contre 72% par les hommes. Dans le secteur privé, 65% des CDI sont féminins contre 70% de masculins. La sécurité de l’emploi est majoritairement réservée aux hommes !

On peut parler de précarité lorsqu’on vit avec le minimum vieillesse. L’ASPA, l'allocation de solidarité aux personnes âgées, dont le montant est en dessous du seuil de pauvreté, concerne davantage de femmes que d’hommes. Actuellement, une personne âgée sur trois vit avec le minimum vieillesse. Les femmes sont majoritaires : 13555 femmes pour 9890 hommes. Dans notre île, on compte donc 60% de femmes parmi les allocataires du minimum vieillesse. Aussi, un quart des allocataires n’ont acquis aucun droit de retraite, dont 81 % de femmes seules célibataires.

On peut parler de précarité quand on est bénéficiaire de l’Allocation de rentrée scolaire, comme 130 305 enfants à la Réunion.
A la Réunion, les familles monoparentales représentent 29% des familles à la Réunion, contre 14% en France. Ces familles sont particulièrement touchées par la pauvreté. Dans la grande majorité des cas, à 90 %, c'est une femme qui est à la tête de la famille monoparentale, donc à la tête d’une famille pauvre.

Dire que la précarité n’est pas féminine c’est ignorer la réalité des statistiques, ignorer la réalité de la Réunion et la réalité du Monde. Au premier rang des précaires se trouve la Femme. La précarité a majoritairement un visage de femme, à la Réunion et dans le Monde ! C’est universel ! Les femmes représentent 70% des pauvres dans le monde.
En France, le taux de pauvreté féminin est de 14 %, tous âges confondus, contre 12,8 % pour les hommes. Il y a 2,3 millions de femmes pauvres dans ce pays qui est la cinquième puissance mondiale. 69,4% des travailleurs pauvres, sont des femmes. Les deux tiers des salariés à bas salaires sont des femmes. La Réunion n’échappe pas à la règle. Les Réunionnaises représentent70% des salariés aux revenus les plus faibles. Même « en haut de l’échelle », la discrimination persiste : chez les cadres réunionnais, une femme gagne l’équivalent de 76,8% du salaire d’un homme et chez les ouvriers qualifiés une Réunionnaise gagne 68,8% du salaire d’un homme réunionnais.

Et le dire ce n’est pas s’opposer aux hommes, bien sûr la précarité touche aussi les hommes ! Dire que sur 10 jeunes chômeurs réunionnais, 6 sont des jeunes femmes, dire que les jeunes femmes sont plus touchées par le chômage que les jeunes hommes, ce n’est pas un discours de victimisation de la population féminine, ce n’est pas un combat contre les hommes, c’est un combat POUR les femmes pour l’amélioration de leur condition humaine.

La précarité des femmes est au centre des préoccupations de l’UFR, depuis sa création en 1958 : ce combat continue au présent, il s’arrêtera le jour où plus aucune femme ne vivra dans la précarité.

Que la Présidente du Conseil Général juge que le combat contre la précarité féminine soit un combat du « passé » « d’il y a vingt ans » est plus que regrettable.

Que la Présidente du Conseil Général ignore que la précarité est majoritairement féminine, qu’elle ignore la réalité des femmes réunionnaises, les réalités du territoire, pour et sur lequel elle exerce, c’est accablant ! pour elle !

Pour l’UFR
La Secrétaire générale Adjointe
Emeline VIDOT

 

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