TVA sur le high-tech à La Réunion : une décision injuste qui étouffe les entrepreneurs et trahit l’esprit de la lutte contre la vie chère

-Courrier des lecteurs-
Madame, Monsieur,
Ce courrier a vocation à être publié.
Le 29 janvier dernier, à La Réunion, une loi est entrée en application dans une discrétion presque totale : l’instauration de la TVA sur les produits high-tech (téléphonie, informatique), jusque-là exonérés sur notre territoire.
Cette décision est officiellement justifiée par la lutte contre la vie chère, via la suppression de la TVA sur certains produits de première nécessité. Mais sur le terrain, la réalité est implacable : il ne s’agit pas d’un gain de pouvoir d’achat, mais d’un simple transfert fiscal.
Ce que l’État enlève d’un côté, il le reprend de l’autre. Et ce sont, une fois de plus, les petites entreprises locales qui servent de variable d’ajustement.
Nous sommes des PME réunionnaises du secteur high-tech. Nous sommes concurrents au quotidien, mais aujourd’hui solidaires face à une décision qui menace directement notre survie. Nos marges sont déjà extrêmement faibles, et notre environnement économique est bien plus contraint qu’en Hexagone : dépendance à l’Union européenne, délais d’acheminement longs, octroi de mer, coûts de transport, dédouanement, charges et coût de la vie plus élevé.
Ces hausses sont impossibles à absorber pour des petites structures. Elles seront inévitablement répercutées sur le consommateur final, déjà étranglé par la vie chère, qui se détournera des commerces locaux pour acheter ailleurs, souvent dans des pays tiers.
Les conséquences sont prévisibles : baisse d’activité, suppressions d’emplois, fermetures de commerces, affaiblissement durable du tissu économique réunionnais.
Mais au-delà des chiffres, il y a une réalité humaine que cette loi ignore totalement. Aujourd’hui, nous dormons mal. Les nuits sont courtes, les inquiétudes permanentes. Nous nous demandons comment tenir, comment payer les charges, comment continuer à faire vivre nos entreprises.
Je témoigne ici aussi à titre personnel. J’ai 21 ans. Je débute dans la vie active et j’ai choisi d’entreprendre à La Réunion par conviction, par amour de mon île, et par volonté de créer de la valeur localement et de bâtir un avenir ici plutôt que de partir ailleurs.
Aujourd’hui, une décision prise sans concertation réelle remet brutalement en cause ce projet de vie.
Quel message envoie-t-on à une jeunesse réunionnaise qui entreprend, qui prend des risques, et qui accepte de vivre avec presque rien pour faire exister son entreprise, si dès le départ elle se retrouve écrasée par des choix politiques déconnectés du terrain ?
Madame la Ministre des Outre-mer est là pour défendre les territoires ultramarins et leurs populations. Cette responsabilité implique d’écouter les acteurs locaux et de mesurer l’impact réel des décisions prises à Paris sur la vie quotidienne à La Réunion.
Les députés de La Réunion et le ministère des Outre-mer ont été interpellés. À ce jour, aucune réponse publique, claire et argumentée n’a été apportée.
Ce que nous craignons n’est pas théorique. C’est réel. C’est en train de se produire.
Cette loi ne peut pas rester en l’état. Elle doit être retirée.
Si cette tribune est publiée aujourd’hui, c’est parce que nous refusons de nous taire. Parce que nous refusons de voir mourir, dans l’indifférence, des entreprises locales, des emplois, et une génération d’entrepreneurs.
Nous demandons simplement à être entendus.
Nadim Mula


