Tribune des co-présidents de l’Interprofession de la Canne et du Sucre
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Le temps de la monoculture de la canne est loin à La Réunion. Le monde agricole a considérablement évolué et a mis en œuvre un projet structurant autour des Cahiers de l’Agriculture. Toutes les filières agricoles sont solidaires et interdépendantes. Leur avenir est lié pour parvenir à l’optimum de la sécurité alimentaire tout en maintenant une base forte de canne à sucre.
En effet, le modèle agricole réunionnais permet d’organiser l’exploitation autour d’une base de canne à sucre et de prendre un risque mesuré de diversification vers des cultures dont la demande ou les prix sont volatiles ou qui sont fortement dépendantes des conditions climatiques.
On ne cultive pas par hasard la canne à sucre à La Réunion depuis plus de deux siècles. Cette plante, particulièrement résistante aux cyclones, permet de garantir une production réelle à l’agriculteur quand des productions maraîchères ou fruitières peuvent être entièrement détruites par un événement climatique. Se passer de la canne à sucre, c’est mettre à mal toute l’agriculture réunionnaise et saper les bases de la sécurité alimentaire.
C’est également déstructurer toutes les filières agricoles puisque canne, élevage et maraîchage sont interdépendants (utilisation de la bagasse comme fourrage, litière et paillage et recyclage des effluents d’élevage dans les champs de canne).
C’est oublier un peu vite que la canne participe à l’image d’île verte de La Réunion et constitue un atout touristique de l’Ile. A l’heure du Schéma d’Aménagement Régional, il est essentiel de préserver l’équilibre fragile urbain/agricole/naturel pour que La Réunion continue de faire rêver par sa diversité. En effet, une densification harmonieuse permettrait de loger le million d’habitants attendus en 2030. D’ailleurs, les catastrophes récentes éclairent avec douleur les ravages de l’urbanisation incontrôlée dans le contexte de changement climatique que connaît la planète.
Enfin, contester que la canne à sucre joue un rôle environnemental de tout premier plan, surtout lorsqu’on se revendique d’une étiquette écologique, c’est faire preuve d’une méconnaissance fondamentale en la science du vivant. C’est oublier que la canne produit à la fois une denrée alimentaire et de l’énergie renouvelable à coût de CO2 nul puisqu’elle absorbe par photosynthèse beaucoup plus que le CO2 émis lors de sa combustion. C’est oublier le rôle que joue cette graminée dans la lutte contre l’érosion et le maintien de la terre agricole.
C’est sans doute parler sur un sujet que l’on ne connait pas, et notamment ignorer le travail patient des sélectionneurs et de la recherche fondamentale pour réduire les intrants utilisés dans la canne à sucre et favoriser les luttes biologiques. C’est méconnaître l’implication quotidienne des agriculteurs et leur contribution à l’entretien des sols, des paysages et à la diversité de nos terroirs.
C’est faire preuve d’un discours simpliste et agiter les peurs en espérant qu’elles rencontrent un écho favorable dans l’opinion à la veille des élections régionales. L’agriculture au XXIème siècle est un enjeu trop stratégique à l’échelle de la planète, pour se garder d’en faire une analyse simpliste et un enjeu électoraliste.
Il serait bon que ce ne soit pas seulement des aménageurs ou des bétonneurs qui s’expriment sur le devenir agricole de La Réunion, mais que les politiques puissent se saisir en responsabilité, comme l’ont déjà fait Paris et Bruxelles, des plans de développement stratégiques élaborés par les filières.
Jean-Patrice POUNOUSSAMY Xavier THIEBLIN
Co-président Planteur Co-président Industriel


