Transition malgache : Réferendum et désordre constitutionnels !
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par AdyGasy-SystemD/
"Amour – Patrie - Progrès" : telle est la nouvelle devise républicaine proposée par Andry Rajoelina en amendement au texte constitutionnel à soumettre au Referendum du 17 Novembre 2010…
Le mot du naïf
Ala une de Midi-Madagasikara du 21 Octobre 2010, titrait : «4e République, 4e changement de devise », accompagnée de l’entrefilet suivant du « Naïf » : « A Madagascar, les pratiques sont simples, on change de devise comme on change de chemise ». Simple détail inaperçu pour l’observateur étranger, le choix de la nouvelle devise « Fitiavana –Tanindrazana – Fandrosoana » (traduction libre= Amour – Patrie – Progrès) insérée dans le texte à soumettre au Referendum constitutionnel du 17 Novembre 2010 agite les commentateurs du microcosme politique malgache.
Pour la petite histoire, la devise initiale de la 1ère République Malgache était «Fahafahana - Tanindrazana –- Fandrosoana » (Liberté - Patrie –- Progrès) : en 1975, Didier Ratsiraka avait innové en remplaçant le Progrès par la Révolution (« Tolompiavotana » au fronton de la 2e République Malgache. Avec l’avènement de la 3e République en 1992, Zafy Albert remplace la Révolution par la Liberté (« Fahamarinana») pour marquer la fin des 16 ans de régime ratsirakiste.
Andry Rajoelina a donc choisi d’apporter sa touche personnelle en amendant le texte constitutionnel élaboré en Conférence Nationale – qui du coup perd son caractère de « Conférence Souvereraine » - pour remplacer la « Liberté » (« Fahafahana ») par l’ « Amour » (Fitiavana) !
Polémiques
Dans l’ensemble, le processus consultatif s’appuyant sur les Conférences préliminaires (« Dinika Santatra »), organisées dans les 119 Districts et consolidées en Conférence Nationale, ont réuni un consensus sur les grandes lignes de la 4e République malgache avec un régime mixte (semi-présidentiel, semi-législatif) et un Etat unitaire décentralisé à trois niveaux (Provinces – Régions –Communes).
Pour le camp présidentiel, les quelques 4000 participants dont environ 2000 délégués votants ont rempli leur contrat en plébiscitant à main levée l’abaissement de l’âge présidentiel à 35 ans, déroulant le tapis rouge pour une candidature de Andry Rajoelina, au cas où ce dernier changerait d’avis –ayant annoncé son retrait de la course présidentielle le12 Mai dernier – pour un nouveau scénario « à la mauritanienne ».
Par contre, les travaux de commission ont suscité quelques polémiques, concernant notamment l’amnistie politique (réclamée par les partisans de Marc Ravalomanana et les exilés des évènements de 2002, pour préparer le « retour triomphal » des deux dinausores) et la motion de remplacement des Chefs de 22 Régions et des quelques 1500 Communes par des PDS (Présidents de Délégation Spéciale).
Suite au tollé des élus face à cette motion radicale, Andry Rajoelina a décrété dans l’urgence la convocation des électeurs aux municipales anticipées le 20 Décembre 2010, instituant une procédure transitoire invitant les élus communaux « à démissionner au préalable, s’ils veulent se représenter devant les urnes »…
Partage de pouvoir
Sur la base de « l’Accord politique du 13 Août 2010 » (conclu entre formations politiques issues d’horizons divers du pouvoir et de l’opposition ) avalisé en Conférence Nationale, les instances parlementaires de la Transition sont mises en place : Conseil Supérieur de la Transition (CST) qui n’est autre que la Haute Autorité de la Transition (HAT) élargie de 40 à 90 membres, et Congrès de la Transition avec 256 membres.
Une fois réglé le placement de tous ces anciens et nouveaux alliés politiques, Andry Rajoelina a désormais le champ libre pour se consacrer à réaliser ses promesses avant la présidentielle en 2011(une dizaine d’hôpitaux, autant de stades sportifs et un programme de logements sociaux !), disposant d‘une confortable cagnotte sur le budget de la Présidence de la Transition.
Pourtant, malgré la débandade de l’opposition, l’heure n’est pas encore au triomphalisme pour le gouvernement en sursis du Général Camille Vital qui doit à la fois :
- assurer les émoluments des nouveaux parlementaires désignés,
-assurer le financement sur ressources locales des élections (pas de financement extérieur en vue sans reconnaissance internationale )
- et ce, sur fond de revendications salariales de plusieurs corps de fonctionnaires après 20 mois de promesses de baisse du coût de la vie de la part des autorités de transition…
Débuts de propagande
Lancée le 02 octobre dernier, la propagande référendaire débute laborieusement tandis que la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) fait ses premiers pas sans la participation des « 3 mouvances » (Ratsiraka- Zafy- Ravalomanana) qui récusent en bloc « la logique électorale unilatérale – CENI, referendum et municipales anticipées -, avec l’aval de la SADC, l’Union Africaine et l’OIF, tous à la recherche « d’un large consensus sous l’égide de la société civile malgache».
Dans le camp du « ENY» (Oui), le principal handicap s’avère être l’impact social négatif d’une transition qui perdure plus que nécessaire: Andry Rajoelina compte sur son projet inauguré le 22 Octobre du « Tsena Mora » (« PPN bon marché », destinés aux nécessiteux sur présentation de carnet familial) pour regagner le terrain social dans la Capitale.
Tous les ministres ont reçu ordre de descendre sur le terrain pour sillonner les 119 Districts de l’Ile, bénéficiant dans la foulée d’un répit avant la mise sur pied du gouvernement d’union nationale, « après le référendum » d’après Andry Rajoelina.
Dans le camp du « TSIA» (Non), les moyens manquent mais pas les arguments, face aux lacunes flagrantes d’un texte constitutionnel, déclarant par exemple entre autres à l’article premier « Le territoire national est inaliénable. Les modalités et les conditions relatives à la vente de terrain et au bail emphythéotique sont déterminées par la loi ».
A noter enfin la suspension d’une cinquantaine de stations radio et TV « pour régularisation administrative » : la mesure tombe à point nommé en période de propagande, limitant de fait débat public sur les enjeux politiques et économiques apparents (« l’intérêt supérieur de la nation ») et cachés (la course des faux/vrais investisseurs et traders pour la main-mise des richesses stratégiques du sous-sol et des fonds marins malgaches !) d’une 4e République mal partie d’après les partisans du NON et le refus systématique des « 3 mouvances » de participer au scénario de sortie de crise de la HAT/ CST.
En attendant, il ne manque plus à la campagne du OUI que les méga-shows dont raffole le citoyen malgache lambda par ces temps de crise, même si les jeux sont faits d’avance d’après les analystes internationaux « en raison du poids de l’électoral rural malgache traditionnellement légitimiste ». A la prochaine (République) donc !
25 octobre 2010 par AdyGasy-SystemD


