Tram train qui "déraille" : "Ce n'est pas un non à Vergès mais à La Réunion"

Devant une rangée entière de journalistes, Paul Vergès n'a pas résisté à l'envie de refaire l'histoire du train à La Réunion avant d'en venir aux faits qui l'opposent actuellement à l'État : la dotation ferroviaire pour le tram-train, élément déterminant pour la mise en œuvre du projet.
Rappelant que le dossier a pu être bouclé au niveau technique et financier dans les délais impartis, le président de la Région s'interroge quant à la position du gouvernement qui consiste à refuser d'octroyer la dotation ferroviaire à la Réunion. "Je n'entrerai pas dans la polémique mais je me dis qu'il y a une méconnaissance totale ou un écart avec la réalité. Le gouvernement a suivi le projet depuis le début et a coopéré à l'élaboration de ce plan maîtrisé" a expliqué Paul Vergès.
Le président de La Région a tenu un discours destiné à faire taire les "contre-vérités" : "J'ai entendu, 'quand on fait un projet pareil, on doit savoir maîtriser les coûts'. Quand nos études ont commencé, nous pouvions faire face. Mais à l'époque, nous ne pouvions pas prévoir l'augmentation des matières premières, le coût du carburant, la hausse du prix du fret, le transfert des compétences...Tous ces éléments ont créé de véritables difficultés", justifie le président de la Région.
"Traitez-nous comme les autres régions de France..."
"J'entends encore dire 'il faut revoir le projet'. Ça veut dire le diminuer. Il va de Gillot à la gare routière de Saint-Paul avec pour projet d'être étendu de Saint-Benoît à Saint-Joseph. Comment baisser la portée de ce projet, toutes les communes se soulèveraient !", ajoute-t-il.
Et Paul Vergès de poursuivre, "j'ai aussi entendu des ignorants dire : 'pourquoi on a demandé au dernier moment les 80 millions nécessaires?' Ce sont là des contre-vérités. Notre demande ne date pas d'hier, c'était il y a plusieurs mois."
Le président de la Région a fait part de son mécontentement "de ne pas être considéré comme les autres régions de France. Traitez-nous comme les autres car nous avons besoin d'une dotation annuelle d'entretien". Et c'est là que le bât blesse car le gouvernement ne semble pas du tout prêt à céder. "S'ils acceptent pour la Réunion, ce serait rouvrir le débat des dotations en France, et dire oui aux Antilles qui ont aussi des projets similaires...", interprète Paul Vergès.
Le président veut toutefois négocier : "Imaginons ensemble les conditions en 2014 pour assurer cette dotation. Nous sommes prêts à la baisser aux conditions de rentabilité et d'usage collectif", rappelant toutefois qu'il faut aller très vite... En fait, il ne reste plus que trois jours à la Région pour recevoir un signe de l'État, car ce samedi, le comité spécialisé doit donner son approbation. Or, les groupements privés concernés ne se prononceront pas favorablement si les banques n'ont pas elles-mêmes une garantie gouvernementale.
C'est avec un peu plus de fermeté que Paul Vergès a lancé : "Je retrouve là les vieilles batailles de parité et d'égalité avec la Réunion. Dans toutes les Régions de France, vous avez des liaisons qui sont aujourd'hui gérées par les Régions avec l'aide d'une subvention de l'Etat".
"Nous n'allons pas baisser les bras"
Celui-ci a rappelé l'importance du projet du tram-train pour la Réunion : "Le tram-train est le début d'une modification globale de toute la mobilité à La Réunion. Nous ne sommes qu'au début d'une révolution dans ces changements. En 1990, il y avait 600.000 habitants, 136.000 voitures et 5.200 km de voiries. En 2008, 800.000 habitants pour 400.000 voitures (une hausse de 194%) et 5.800 km de voiries. Une projection en 2025 montre qu'il y aura un million d'habitant, 800.000 voitures et 6.300 km de voiries. Donc la démographie, le nombre de voitures et le linéaire n'augmentent pas à la même vitesse. Il faut à tout prix trouver une substitution".
"Qu'est-ce que qui amène le gouvernement sur des inexactitudes ? Est-ce que c'est une décision politicienne ? Les conséquences vont être bien plus graves que la suppression du chemin de fer à l'époque", a souligné Paul Vergès avant d'affirmer que "jusqu'à la dernière minute, une bataille n'est jamais perdue. Nous n'allons pas baisser les bras et montrer la responsabilité de ceux qui ont fait échouer les choses".
A la fin de la conférence de presse, Paul Vergès a répondu à la question d'un journaliste: "Est-ce un échec pour vous?" targuant spontanément, "dans ma vie, j'ai l'impression que mes plus grands succès sont partis d'échecs".


