Trafic de cocaïne à St-Gilles : "Dans toutes les soirées, les gens sont demandeurs"

C’est grâce à un renseignement anonyme qu’en mars 2021, un des nombreux trafics de drogue dure qui sévit dans l’ouest du département a été découvert par la brigade de gendarmerie de Saint-Gilles-les-Bains. Parmi les personnes impliquées, un certain Jordan, plus communément surnommé "Jo" par son entourage, soupçonné de faire acheminer de la cocaïne via les Pays-Bas, puis de l’Hexagone jusqu'à La Reunion grâce à une équipe de mules.
Identifié, le fameux Jordan avait fait l’objet d’investigation, de surveillances, d’une analyse de sa téléphonie et de ses déplacements. Ses voyages réguliers entre les Pays-Bas et l’Hexagone avaient été confirmés. Une dizaine d’allers-retours entre La Réunion et Paris ont ainsi été effectués entre septembre 2019 et janvier 2021. Voyages, locations de voiture, transfert d’argent, train de vie sans lien avec ses revenus, Jordan Pereira réunit toutes les caractéristiques du trafiquant de stupéfiants.
Au fil de l'enquête, un bar très connu du centre-ville de Saint-Gilles a été identifié comme un lieu clé de consommation et de revente. "On n'en a vu d’autres qui ont eu des problèmes pour moins que ça", commente le président de l’audience correctionnelle qui s’est déroulée ce jeudi au tribunal judiciaire de Saint-Denis. Cependant, "les autres" n’ont pas été poursuivis, ce qui n’a pas manqué de soulever des commentaires du côté de la barre et de la défense.
Finalement, en mars 2022, Jordan Pereira a été interpellé avant sa sortie d'avion à Gillot. Celui qui a reconnu neuf voyages avait conditionné des bonbonnes remplies de cocaïne qu’il avait introduites dans son rectum. Originaire de l'Hexagone, d’abord ripeur puis au chômage, le vingtenaire était venu en vacances à La Réunion où il avait constaté que la cocaïne était vendue beaucoup plus cher qu’en France continentale, soit environ 100 € de plus le gramme. Le trafiquant aux 15 mentions à son casier judiciaire et aux 850 grammes de cocaïne importées dans le département s’était alors lancé dans un véritable business, "mais maintenant c’est fini. J’ai un enfant et je veux faire un trait sur mon passé de dealeur", promet l'intéressé.
Celui-ci faisait également voyager d’autres mules. Près de 100.000 € sont avancés en termes de bénéfices sur la période qui a été visée par cette procédure. Au cours de l’audience, de nombreux restaurants ont été cités, ainsi que des bars, des glaciers, des pizzerias où la drogue était revendue, notamment grâce à l’efficacité de Meddy K., qui confirme aux magistrats un chiffre d’affaires de près de 50.000 € en une année. Débarqué à la Réunion depuis quatre ans, le métropolitain a enchaîné les boulots de serveur dans des restaurants de plage bien connus et s'était lié d’amitié avec Jordan via leurs compagnes respectives.
Un troisième homme, Teddy M., est entré au sein de ce duo grâce aux relations qu’il avait nouées avec Meddy K. lorsqu’ils faisaient ensemble des saisons en Suisse pendant l’hiver et au Cap d’Agde l’été. C’est là que Meddy reconnait avoir fait son premier rail de coke en soirée. Il serait ainsi devenu un consommateur régulier depuis l’âge de 20 ans soit une consommation d'environ 10 g de cocaïne par mois. Meddy assume d'avoir revendu pour payer sa consommation personnelle. "C’est pas très dur de trouver des clients à St-Gilles. Dans toutes les soirées les gens sont demandeurs", raconte le mis en cause tout en citant des noms de vedettes du show-biz qu’il fournissait régulièrement.
Quant à Teddy M., gérant d’un camion de pizzas situé au centre-ville de la station balnéaire, il se défend d’avoir un quelconque lien avec ce trafic. "Je suis connu à Saint-Gilles car j’ai été pris avec une grosse quantité, mais j’ai purgé ma peine d'un an et maintenant c’est fini. Je connais des dealeurs. Je connais des consommateurs dans Saint-Gilles qui est un petit village et c'est tout", explique le prévenu de 37 ans. Les enquêteurs ont pourtant été persuadés que ce barman de Saint-Pierre, devenu commercial en automobile, est le rabatteur de l'équipe, et rémunéré pour ses services avec de la cocaïne qu’il a utilisée pour sa consommation personnelle. "Tout ça pour me payer cette merde", indique Teddy M. qui reconnaît avoir repris la consommation à sa sortie de prison.
Dans des réquisitions particulièrement courtes et inversement proportionnelles à la durée de cette audience fleuve, le représentant de la société a fustigé le comportement de Jordan Pereira qui a identifié La Réunion "comme un eldorado". "Vous empoisonnez des jeunes et vous jouez avec la vie des mules que vous employez", tance le procureur de la République avant de requérir 5 ans de prison. Quant à Meddy K. et Teddy M., le parquet les met dans le même panier en proposant au tribunal de prononcer la peine de 4 ans de prison dont 3 avec sursis probatoire.
Le tribunal a été bien plus sévère avec Jordan Pereira qui écope de 7 ans de prison. Meddy K., le revendeur, est condamné à 4 ans de prison dont 30 mois avec sursis probatoire. Teddy M. écope de 3 ans de prison dont 2 avec sursis probatoire. Tous deux pourraient faire aménager la peine qu'il leur reste à effectuer, une partie étant en effet couverte par la période de détention provisoire qu'ils ont effectuée.
Un couple est également soupçonné d'avoir participé activement au trafic. Il sera jugé le 7 décembre prochain.


