Syndrome du bébé secoué : Un père soupçonné retrouve la liberté

Le 26 août dernier, soupçonné d’avoir secoué son bébé âgé de quatre mois, Romain B. était placé en détention provisoire par le juge des libertés et de la détention (JLD) de Saint-Pierre. L’enfant avait été examiné au service pédiatrie à la suite d’un épisode de convulsions qui aurait provoqué un hématome sous-dural. Contrairement à ce premier examen médical, l’avis d’un second médecin avait conclu à un « probable » syndrome du bébé secoué qui serait survenu le 3 août au domicile parental à l’Étang-Salé alors que le père se trouvait seul avec le nourrisson. Selon ses dires, celui-ci se trouvait allongé sur le canapé lorsque ses bras et ses jambes s'étaient soudain raidis tandis qu'il montrait des difficultés à respirer.
Plusieurs auditions au sein de l’environnement proche du nourrisson avaient conduit à la garde à vue du père. Mais surtout, le trentenaire aurait fini par admettre avoir eu un geste inadapté parce qu’il n’arrivait plus à gérer les pleurs du bébé. Tout ça pour éviter que le marmaille soit placé en famille d'accueil et parce que "les policiers l'ont poussé à avouer", regrette ce mardi son avocate. Car depuis une dizaine de jours, l'intéressé a retrouvé la liberté suite à sa comparution devant le JLD qui a décidé de ne pas prolonger sa période d'incarcération.
Mais c'était sans compter sur l'appel du procureur de la République du Sud et les réquisitions du parquet général qui, ce matin, a souhaité que le père de 36 ans retourne attendre la fin de l'enquête derrière les barreaux. "Il ne peut pas retrouver son rôle de père et il faut éviter le risque de pression sur les témoins" a déclaré Charlène Delmoitie, précisant que Romain B. n'avait pas encore été "interrogé au fond."
Le mis en cause n'a pourtant pas le droit de voir son enfant et a saisi le juge des affaires familiales afin de mettre en place des visites médiatisées. Quant à la mère du nourrisson présente dans la salle d'audience, en proie à de fréquents pleurs devant cette situation complexe, elle se montre solidaire avec son compagnon.
C'est d'ailleurs elle qui avait signalé au pédiatre qui suivait l'enfant après sa naissance que le périmètre crânien du petit lui semblait évoluer très rapidement. Du liquide céphalo rachidien en grande quantité dans le cerveau pourrait expliquer ce phénomène d'hydrocéphalie, pathologie qui provoque une pression du tissu cérébral due à une présence trop importante de ce liquide dans le cerveau. Une maladie survenue à la naissance de l’enfant et qui pourrait expliquer les hématomes sous-duraux constatés.
Mais des traces de sang qualifiées "d'anciennes" par les spécialistes également présentes dans le cerveau du bébé pourraient être le signe de maltraitances. Les déclarations probablement maladroites du père en garde à vue ont semé un doute quant à son comportement avec l'enfant dont il aurait expliqué ne pas avoir soutenu la tête à plusieurs reprises en le sortant de son transat et en le mettant sur son épaule. Des déclarations qui, conjuguées avec une prise de cannabis et une absence de travail ont inquiété les magistrats en charge de l'affaire.
Désormais, seules les suites des investigations pourront permettre de trancher face aux controverses médicales qui partagent les experts. En attendant, les juges de la rue Juliette Dodu ont décidé de laisser le suspect sous contrôle judiciaire.


