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Surveillance des spots de surf : personne ne voulait mettre la main dans ce "panier de crabes", selon le sous-préfet

Ecrit par Thierry Lauret – le mercredi 11 mars 2026 à 06H04
Photo d'illustration : Alexandre Robert

Successeur des vigies requins et des Waterpatrols, le nouveau dispositif de surveillance de surf confié à l’association Ressac est contesté par le club Leu Tropical Surf Team, qui y voit un marché public déguisé, attribué sans appel d’offres à une structure créée de toutes pièces par l’État. Le tribunal pourrait se prononcer en faveur de la résiliation du contrat.

Quatre ans après le début de la crise requin, la Ligue réunionnaise de surf (LRS) avait initié en 2015 le premier dispositif de surveillance de certains spots de surf, permettant ainsi la reprise encadrée des activités pour les pratiquants licenciés. Ces vigies requins renforcées (VRR), des sauveteurs placés autour des surfeurs pour signaler ou prévenir toute attaque de requin, étaient largement financées par l’État. Tout comme les Waterpatrols, le propre dispositif de surveillance mis en place cinq ans plus tard par le club Leu Tropical Surf Team (LTST), affilié à la LRS.

En février 2023, les services de l’État officialisent ce qui n’était plus qu’un secret de Polichinelle, leur intention de reprendre la main sur ces coûteux dispositifs de prévention des attaques de requin. S'ils nécessitent d’importants moyens humains, ce sont surtout les difficultés relationnelles entre les divers acteurs (GIP Centre de sécurité requin, LRS et LTST) qui semblent affecter leur fonctionnement.

L’État fait ainsi valoir que les 24 salariés qui constituent les VRR ne sont en mesure de surveiller qu’un seul spot par jour, ce qui apparaît trop peu au regard des sommes dépensées. Des informations fuitent, décrédibilisant la LRS qui a doublé le salaire du directeur des VRR, puis le président du Leu Tropical Surf Team qui cherche lui aussi à se faire embaucher.

Un marché public qui ne dirait pas son nom

Une nouvelle association est créée pour encadrer la pratique du surf et démarre son activité en 2025. Dénommée Ressac (Réseau d’éducation et de sauvetage pour la sécurité des activités côtières), elle bénéficie pour l’année 2026 de 1,6 million d’euros de subventions pour son fonctionnement, dont environ 48% assurés par l’État, le principal financeur restant la Région.

Lire aussi : Fin de partie pour les Vigies Requins Renforcées le 30 avril

Ce mardi 10 mars, l’association Ressac faisait l’objet, au même titre que la préfecture, d’un référé précontractuel porté par le club LTST, qui demandait devant le juge des référés du tribunal administratif l’annulation du marché public de la surveillance des spots de surf. Une manœuvre osée, si l’on considère qu’aucun marché public n’a été passé.

Les Saint-Leusiens de LTST veulent signifier par là qu’en retirant les subventions accordées à une association pour une activité relevant de l’initiative privée, puis en reversant ces subventions à une nouvelle association, Ressac, créée disent-ils de toutes pièces par l’État pour répondre à un besoin identifié par lui-même, en tant qu’autorité de régulation des activités dans la bande des 300 mètres du littoral, la préfecture aurait accordé à Ressac un marché public qui ne dirait pas son nom, sans publicité ni appel d’offres.

« Antagonisme entre la LRS et le club »

LTST en veut pour preuves que les statuts de Ressac ont été, selon eux, rédigés par le GIP Centre sécurité requin, ce groupement d'intérêt public où une personne était identifiée comme occupant un poste dédié à la reprise des activités de surveillance des spots.

L’accusation de marché public déguisé vise à faire résilier la subvention accordée à Ressac pour le fonctionnement du dispositif lors du premier semestre 2026, et à contraindre la préfecture à lancer un appel d’offres auquel LTST pourrait pétitionner. Lors de l’audience au tribunal, l’hypothèse de la résiliation a été prise très au sérieux par les défendeurs, à l’image du sous-préfet de Saint-Paul Philippe Malizard qui, fait rare, est intervenu en personne.

Se disant « choqué » par la déclaration du requérant selon laquelle Ressac avait été « créée ex nihilo par l’État pour l’État », Philippe Malizard a expliqué qu’à sa prise de fonction en septembre 2023, la surveillance des spots de surf était « un panier de crabes » dans lequel personne ne voulait mettre la main en raison d’un important « antagonisme entre la LRS et le club » saint-leusien, et qu’il lui a fallu aller chercher les bonnes volontés pour réagir.

La Ligue réunionnaise de surf absente des débats

Le sous-préfet de Saint-Paul a insisté auprès du juge des référés sur le fait qu’une résiliation du dispositif conduirait à l’arrêt des écoles de surf et à la mise au chômage technique des salariés qui les protègent. Signe qu’ils prennent la menace au sérieux, les services de l’État ont tenté de négocier l’arrêt du dispositif de Ressac au 30 juin, et non au 1er mai, l’autre possibilité soumise par le Leu Tropical Surf Team.

La préfecture a surtout contesté la qualité à agir du club saint-leusien, arguant que Ressac était affiliée à l’Association française de sauvetage et de secourisme en mer, et que LTST ne disposait d’aucun moyen pour postuler à un marché public, puisque le club avait rendu à l’État tout le matériel qui lui avait été précédemment attribué pour mener à bien sa mission de surveillance des spots de surf.

Le GIP Centre sécurité requin a relevé pour sa part que la Ligue réunionnaise de surf ne s’était pas associée à la requête du club, soulignant aussi que LTST n’avait pas contesté l’intérêt général de la décision de la préfecture à l’époque où cette dernière avait repris la main sur le dossier. La décision du juge des référés est attendue la semaine prochaine.

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