Stations-service et transporteurs ciblent la SRPP

Les gérants de stations-service ont décidé de cibler la SRPP ce matin pour dénoncer le refus de l’État de revaloriser leurs marges. Ils ont reçus le renfort des transporteurs de carburant. Pas de blocage mais un "débrayage" des transporteurs, plus aucun camion ne rentre ou ne sort de la SRPP.
La grogne des gérants de stations-service prend une nouvelle tournure. Réunis mercredi soir à l’Hôtel Austral, dans l’Ouest, une soixantaine d’entre eux ont acté une opération coup de poing dès ce jeudi. Les stations devraient rester ouvertes, mais l’action vise depuis tôt ce matin la SRPP (Société Réunionnaise de Produits Pétroliers), unique fournisseur de carburants de l’île.
Dans leur combat, les gérants ont reçu le renfort des transporteurs de carburant, présents avec eux devant les grilles.
Pas de blocage pour autant assurent les transporteurs qui évoquent un "débrayage". "On ne bloque pas la SRPP mais il n'y a plus aucun camion qui rentre ou qui ne sort", confirme le président Gérard Lebon, le président du SRESS, joint par téléphone. Avec comme conséquence un arrêt du ravitaillement des stations, "qui vont se retrouver sans carburant".
Des pertes jugées insoutenables
Pour rappel, depuis plusieurs semaines, les exploitants réclament une hausse de leur marge de détail, gelée à 12 centimes par litre depuis 2021. Le Syndicat réunionnais des exploitants de stations-service (SRESS) chiffre les pertes à 64 000 euros en moyenne par an et par station.
Selon le syndicat, 94 gérants sur 160 ont transmis leurs liasses fiscales pour justifier leur demande. La revendication est précise : une hausse de 2 centimes par litre, afin de couvrir notamment l’augmentation des charges salariales.
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Une tension croissante depuis plusieurs jours
Le mouvement s’inscrit dans une montée progressive de la contestation. Dimanche dernier, plusieurs stations du Sud avaient fermé spontanément. Lundi, des stations dites « autonomes » du Port avaient été bloquées par les gérants.
Mercredi soir, la tension était palpable lors de l’assemblée générale. Tous ont dénoncé la fin de non-recevoir opposée par l’État à leurs revendications. « Ils étaient unanimes : il n’est pas possible de continuer dans ces conditions l’exploitation des stations. Une revalorisation est nécessaire », a martelé Gérard Lebon, président du SRESS.

Les gérants veulent garder « l’effet de surprise »
« Mourir aujourd’hui ou mourir dans trois mois, ça ne change rien. Nous refusons de nous retrouver au tribunal de commerce pour déposer le bilan », résume Gérard Lebon, illustrant l’exaspération d’une profession qu’il dit « à bout de souffle ».
Le mouvement pourrait se prolonger au-delà de la journée de jeudi si aucune avancée n’est obtenue. « Nous sommes prêts à durer », prévient le président du SRESS.
Une impasse avec l’État
Pour l’État, la situation reste complexe. En janvier 2024, une première réévaluation partielle avait déjà été accordée. En janvier 2025, de nouvelles discussions avaient eu lieu avec Bercy, sans déboucher sur une revalorisation complète.
Les gérants pointent également la forte hausse des taxes programmée pour 2026 et 2027. « Nous ne pourrons pas absorber ces hausses sans revalorisation de nos marges », prévient Gérard Lebon.

Risque de pénurie
Les prochains jours seront décisifs. Si le blocage de la SRPP est effectif et se poursuit, les stations-service pourraient être rapidement à sec, entraînant une pénurie pour les automobilistes. Dans un territoire ultramarin dépendant quasi exclusivement des importations, le rapport de force engagé entre les gérants et l’État pourrait s’installer dans la durée.


