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​Speed boat Réunion Maurice : Les trafiquants d’oiseaux derrière les barreaux, la drogue volatilisée

Les trois Mauriciens et le Réunionnais soupçonnés d’un trafic inter-îles de drogue et d'animaux sont derrière les barreaux. On en sait plus sur leur manège mêlant stup et oiseaux…

Ecrit par Régis-Labrousse – le vendredi 28 avril 2023 à 20H51

Lundi 24 avril à Sainte-Rose, un speed boat était retrouvé échoué sur la grève de l’Anse des cascades. Au vu de la nature du bateau développant une belle puissance et du lieu de la trouvaille, la présence d’un trafic de drogue ne fait alors guère de doute à ce moment-là. 

Toujours est-il que sur place, aucun élément ne vient étayer cette hypothèse. Ni marchandise ni équipage. L’enquête permet néanmoins de découvrir que leur manoeuvre avait été interrompue à cause de l’avarie du moteur. Le trio aurait chargé leur marchandise à Saint-Phillipe avant de tomber en panne et donc de planter leur speed boat à Sainte-Rose. Le bateau embarquait des oiseaux de Maurice vers La Réunion et devait repartir chargé de cannabis en sens inverse. 

Dans la matinée même de lundi, la gendarmerie pose la main sur trois individus. Ils sont de nationalité mauricienne. Une garde à vue très longue les attend. Dans le cadre d’un trafic de drogue, les auditions peuvent en effet être prolongées jusqu’à 96 heures sur décision du parquet. 

Mais la fine équipe n’est pas tout à fait au complet. Sur quel soutien logistique le trio comptait-il s’appuyer à La Réunion ? La réponse arrive au bout de quelques jours. 

Entre en scène un Réunionnais. L’homme né en 1954 est soupçonné d’avoir contribué au transport de drogue jusqu’au bateau des Mauriciens. Un bateau volé soit dit en passant. Lors de son défèrement ce vendredi au palais de justice de Champ fleuri, le suspect a tenté d’expliquer qu’il s’est rangé depuis 2019 et que les trois l’ont appelé car ils s’étaient échoués. Le Réunionnais était en effet bien connu des Mauriciens à l’époque pour avoir effectué des transports pour eux. 

Sa version n’a pas amadoué plus que ça le procureur. Il a été mis en examen pour des faits de participation à une association de malfaiteurs en vue de commette un délit, détention et usage de stupéfiants. Au passage, 1,4 kg de cannabis ont été retrouvés chez lui, pour sa consommation personnelle a-t-il fait valoir. 

Le pêcheur lorgnait sur une plus grosse prise

Parmi le trio des Mauriciens, un Rodriguais habitant Maurice. Né en 1974, son boulot de pêcheur qui lui rapporte de 6 à 7000 roupies par mois semble l’avoir incité à changer de voie. Sans casier judiciaire à Maurice, il aurait joué le rôle d’assistant du skyper contre une promesse d’argent, évidemment, soit environ 5 ou 6000 euros. Le prix d’une traversée nocturne risquée.

Sa défense a bien tenté de faire entendre au procureur qu’il a, d’une part, parfaitement collaboré avec les enquêteurs et, d’autre part, que son rôle se limitait à mettre de l’essence dans le moteur mais aussi qu’il vit dans une grande précarité à Maurice et a donc fait ça par appât du gain, rien n’y a fait. Il a été mis en examen pour avoir transporté de manière illicite, détenu et tenté d’exporter des sacs contenant du cannabis. Autre curiosité, il a aussi été mis en examen pour import d’animaux vivants sans contrôle vétérinaire conforme.

Le deuxième Mauricien est le plus jeune de la bande, ce qui ne l’a pas empêché d’endosser, visiblement, le rôle de donneur d’ordre. C’est lui qui aurait contacté les Réunionnais.

Né en 1991, il a une femme, deux enfants et est chauffeur occasionnel. A son tour, il a été mis en examen pour transport, détention et tentative d’exportation de cannabis mais aussi import d’animaux vivants sans autorisation. Au cours des différentes auditions menées par les gendarmes, le jeune homme a au moins reconnu sa participation quand bien même la minimisation n’est jamais loin.  

Pieds-nus au palais de justice

Son avocat rappelle que son client s’est embarqué dans cette aventure avec la promesse d’une grosse somme en échange de ce transport qu’ils ne peuvent refuser, pour faire vivre leur famille. « S’ils sont là c’est parce qu’ils se sont auto-incriminés. Il n’y avait rien dans le bateau. J’espère que la procédure a été bien respectée et nous serons vigilants sur ce point car sans ça, tout tombe comme un château de sable », avertit ainsi la défense des prévenus. Toujours sur le même registre de la pauvreté qui frappe l’île soeur, l’avocat du jeune prévenu signale que son client comparaît pieds- nus. « C’est aberrant qu’il puisse être présenté dans cette tenue », a-t-il fait part de cette observation. 

Enfin, comme ses deux compères, le troisième homme n’avait jamais posé le pied à La Réunion avant cette nuit d’une traversée périlleuse du 23 au 24 avril. Né en 89, il est footballeur et coach pour les enfants dans un club et gagne entre 20 et 25000 roupies (environ 400 euros), de quoi l’inciter à accepter cette mission à 16.000€ en tant que skyper.

Inconnu de la justice mauricienne, il a été à son tour mis en examen pour transport, détention, et tentative d’exportation de cannabis et import d’oiseaux. 

Sans surprise, les quatre prévenus ont été placés en détention provisoire afin d’éviter leur concertation et aux enquêteurs de poursuivre leurs investigations.

Ils rejoignent la longue liste des personnes qui ont tenté un business entre les îles soeurs depuis le sud sauvage, avec des fortunes diverses. 

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