Soudeur ébouillanté à la Sucrerie de Bois-Rouge : "une succession de négligences"

Alors qu’il intervenait sur un tuyau de l’usine de Saint-André en novembre 2022, un soudeur avait été aspergé par un jet d’eau bouillante le brûlant sur près de 20 % du corps. Trois ans après, ses employeurs se rejettent les responsabilités.
C’est une affaire complexe d’accident grave du travail qui a été examinée vendredi 13 février par le tribunal correctionnel de Saint-Denis. A la barre, deux gérants de société et le directeur de la Sucrerie de Bois-Rouge, poursuivis pour des blessures involontaires ayant entraîné une ITT supérieure à trois mois.
Les faits remontent au 20 novembre 2022. Comme tous les dimanches, l’usine sucrière de Saint-André cesse sa production pour mener des opérations de maintenance. Ce jour-là, il est question de remplacer un tuyau défectueux au-dessus d’une cuve. Un sous-traitant se présente le matin, accompagné d’un chaudronnier-soudeur, lui-même employé par une autre société.
Un "bouchon" dans le tuyau
L’intervention se situe en hauteur, sur une partie de tuyauterie située en amont d’une vanne et d'un clapet anti-reflux. L’alimentation électrique a été coupée et la purge du conduit effectuée. Enfin, en théorie… Car alors qu’il commence à découper les boulons rouillés de la vanne, le soudeur se retrouve aspergé par un jet d’eau bouillante.
Le temps qu’il puisse être décroché de son harnais, l’homme a passé 17 secondes sous le jet à haute pression, qui le brûle au second degré sur près de 20 % du corps. "Quand j’ai enlevé mes vêtements, j’ai vu la peau partir avec", racontera le technicien qui va passer un long séjour au service des grands brûlés, et conserve, trois ans plus tard, de lourdes séquelles de cet accident.
L’enquête menée par l’inspection du travail et la police arrivera à la conclusion que, malgré la purge, un bouchon s’était formé dans ce tuyau servant habituellement à faire circuler de l’eau bouillante et du jus de canne clarifié.
Des "règles d'or" mais pas de mention au PPR
"Personne n’avait imaginé qu’il pourrait y avoir un bouchon. Ce tuyau est nettoyé à la soude chaque semaine", se défend Vianney Tailamee, le directeur de SDB. Problème : l’éventualité d’un tel accident n’était même pas mentionnée au plan de prévention des risques (PPR).
Mais le directeur met en avant "les règles d’or" en vigueur dans l’usine avant toute intervention : consignation de la pompe et libération de tous les flux.
Le sous-traitant, qui a rapidement réagi pour venir en aide au soudeur, réfute aussi sa responsabilité. "J’ai attendu une heure que la purge soit faite et le feu vert des techniciens. J’ai fait confiance", assure-t-il.
Quant à l’employeur direct du soudeur, qu’il avait déjà fait intervenir à plusieurs reprises dans l’usine sans être déclaré, il n’avait pas non plus adressé de recommandations particulières à son salarié.
"Personne n'assume"
"Une succession de négligences" dénonce Me Guillaume Motos pour la partie civile, atterré de voir à l’audience "que personne n’assume, et qu’on renvoie la responsabilité au voisin ou à la fatalité."
Au terme d’un exposé très technique sur les devoirs qui incombent aux employeurs et les manquements constatés dans ce cas précis, la vice-procureure Léa Filippi va requérir la condamnation des trois chefs d’entreprise. "Il y a eu dix morts dans des accidents du travail à La Réunion en 2024, il y a des risques que les employeurs se doivent d'anticiper", rappelle la magistrate.
Contre la SDB, en tant que personne morale, elle réclame 75 000 euros d’amende dont 40 000 avec sursis. Contre l’employeur de la victime, elle demande six mois de prison avec sursis et une amende de 8 000 euros partiellement assortie du sursis. Contre le sous-traitant, 10 000 euros d’amende avec sursis sont requis.
La défense de SDB et du sous-traitant plaideront la relaxe, l’employeur du soudeur reconnaissant les faits de travail de dissimulé mais pas les blessures. Délibéré au 20 mars.
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