Scolarisé à Roland-Garros, militant affirmé, proche de LFI : Alexis Chaussalet est-il une cible idéale de la mobilisation lycéenne ?

Ancien militant lycéen, dans le courant de LFI et élu maire du Tampon en mars dernier, Alexis Chaussalet entretient un lien particulier avec cette jeunesse mobilisée. Alors que les critiques visant La France insoumise se multiplient, accusée notamment de souffler sur les braises, le jeune édile revendique son soutien aux lycéens, tout en appelant à une mobilisation "pacifique" et respectueuse des institutions. Et, surtout, en restant plus ou moins loin du centre névralgique du mouvement social.
Il reste relativement discret, mais doit suivre de très près cette séquence lycéenne. Car, il y a quelques années, Alexis Chaussalet était de l’autre côté des grilles du lycée Roland-Garros. Aujourd’hui, c’est dans le bureau du maire du Tampon que ce dernier reçoit les lycéens mobilisés.
Le nouveau maire, élu en mars à la tête de la commune après avoir lui-même commencé son engagement comme militant lycéen, assume une proximité particulière avec cette génération.
La preuve dans une vidéo partagée massivement sur les réseaux sociaux, relayée par le média proche de La France insoumise L'insoumission. Encensé, mais plutôt discret. Car les LFistes sont cibles de nombreux autres partis politiques, surtout à droite de l'échiquier politique, notamment pour vouloir "souffler sur les braises" du mouvement de contestation lycéen.
Alors que la mobilisation s’est étendue à La Réunion et que certaines manifestations ont été émaillées de violences, nous lui avons demandé où il place la limite entre soutien à une jeunesse en colère et instrumentalisation politique de sa mobilisation.
"Admiration"
Sa réponse commence évidemment par une forme de prudence : "Ce n'est pas mon rôle de dire ce qu'on valide, ce qu'on ne valide pas." Mais le maire ne cache pas son regard sur le mouvement. "Par contre, je regarde avec énormément d'admiration la jeunesse qui se mobilise."
Cette mobilisation dépasse d'ailleurs pour lui "largement le seul cadre scolaire". Alexis Chaussalet y voit l’expression d’une "génération confrontée à l’incertitude et au manque de perspectives".
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"Souvent, quand une société se transforme, elle se transforme à partir des mobilisations des jeunes", estime-t-il. Avant de poursuivre : "Quand on n'a pas d'avenir digne, quand on n'a pas de perspectives, et quand on est dans l'incertitude, il ne nous reste plus que quoi ? Les revendications."
"Je crois profondément à la capacité de la jeunesse"
Alexis Chaussalet insiste surtout sur l’organisation du mouvement. Au Tampon, les premiers rassemblements devant Roland-Garros se sont déroulés sans violences majeures et une délégation de six lycéens avait été reçue à la mairie. "Moi, je regarde cette jeunesse organisée, structurée, mobilisée", affirme-t-il.
Le maire renvoie également aux manifestations organisées dans le Sud. Il cite notamment celle menée à Saint-Pierre avec des élèves de Roland-Garros, d’Ambroise-Vollard et de Saint-Charles. "Avez-vous constaté un débordement ? Avez-vous par contre entendu des revendications clairement explicitées ? Avez-vous entendu des slogans éminemment politiques, au sens noble du terme ?", interroge-t-il.
Ces mobilisations constituent avant tout un signal adressé aux pouvoirs publics. "Moi, je crois profondément à la capacité de la jeunesse à faire réveiller notre société."
Un appel à une mobilisation "pacifique"
Cette proximité ne signifie toutefois pas qu’il cautionne les violences ou les dégradations. "Bien sûr, on a toujours appelé à la mobilisation pacifique, dans le respect des règles et des institutions."
La précision tombe bien, alors que plusieurs rassemblements lycéens ont dégénéré ces derniers jours, notamment dans le Sud de l’île. Les élèves de Roland-Garros ont eux-mêmes condamné les violences et les dégradations commises en marge du mouvement, tout en annonçant la poursuite de leur mobilisation.
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Cette position n’est pas anodine. Elle permet à l’élu de dissocier la colère exprimée dans la rue de la lecture politique qu’en font ses détracteurs, en ramenant le débat aux revendications concrètes portées par les lycéens. Alors que d'autres élus, notamment au national, se montrent beaucoup moins nuancés, plus clivants.
Une manière aussi de se placer dans un rôle de relais entre une jeunesse mobilisée et les institutions, plutôt que dans celui d’un responsable politique appelant directement à la contestation.
Ligne de crête
Alexis Chaussalet est-il néanmoins sur une ligne de crête ? Entre vouloir légitimer la mobilisation et poser la limite de la violence. Le maire insiste bien évidemment sur le caractère pacifique des rassemblements qu’il a pu observer et martèle son attachement "aux règles et aux institutions".
Alexis Chaussalet ne condamne donc pas la contestation, mais cherche plutôt à en distinguer les formes.
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Cette posture est d’autant plus observée qu'Alexis Chaussalet connaît personnellement les codes de cette jeunesse. Ancien lycéen mobilisé donc, aujourd’hui maire, il se trouve dans une position assez singulière. En clair, celui qui manifestait hier est désormais celui qui reçoit les manifestants dans son bureau. Preuve en est, son discours traduit cette double place, entre proximité avec les jeunes et responsabilités institutionnelles.
Mais cette proximité a aussi son revers, car pour de nombreux commentateurs politiques, "plus un élu est identifié comme proche d’un mouvement, plus sa parole peut être interprétée comme un soutien politique à celui-ci".


