Revenir à la rubrique : Economie

Sans assurance, les sociétés de transport de voyageurs dans l'impasse

À quelques mois de la fin de l'année, une grande partie des 115 entreprises de transport de voyageurs se trouvent confrontées à des difficultés pour s'assurer en 2025. Elles sont dans l'obligation de saisir le Bureau Central de Tarification (BCT), mais les primes d'assurance explosent. La CCIR, sensibilisée à cette situation, tente de jouer les médiateurs et de trouver une solution auprès de l'État.
Ecrit par Julien Delarue – le mardi 15 octobre 2024 à 07H04

Chaque année, 47 millions de voyageurs empruntent un bus à La Réunion, dont 60 000 marmailles. Près de 115 sociétés de transport de voyageurs opèrent sur notre territoire, et elles font face, une fois de plus, à un problème d’assurances, une situation qui perdure depuis plusieurs années.

À la CCIR, plusieurs représentants d'entreprises ou de sociétés organisatrices de transports ont exposé leurs difficultés, jugées récurrentes. La Chambre de commerce veut sensibiliser l'État et le comité des assureurs à ce problème. De nombreuses sociétés se retrouvent en effet face à des assureurs qui résilient unilatéralement leurs contrats. Ce qui oblige les entreprises à se tourner vers le BCT. Mais qu’est-ce que le BCT ? « Le Bureau Central de Tarification est une autorité administrative en charge de garantir l'obligation d'assurance. En cas de refus d'assurance, il peut imposer à l’assureur choisi par l’entreprise de souscrire le risque. » Une obligation indispensable pour continuer à faire rouler les bus et transporter les voyageurs. L'année dernière, 7 entreprises du secteur ont dû saisir le BCT.

Des primes quadruplées

« Sauf que si le BCT fait son travail, les tarifs ont augmenté de 70 % », explique Nicolas Moutoussamy, gérant de L’Oiseau Bleu. La FNTV (Fédération Nationale des Transports de Voyageurs) évoque même des primes qui ont quadruplé. Certains tarifs sont passés de 100 000 à 400 000 euros en deux ans. Mais pourquoi un tel refus d'assurance ? En raison du taux de sinistralité. Les assureurs ne souhaitent visiblement plus couvrir les entreprises réunionnaises de voyageurs, car le taux de sinistres est en forte augmentation. Les cotisations récupérées ne suffisent plus à couvrir les coûts des sinistres.

« On parle de ce taux, mais on ne le connaît pas. Est-ce qu'il se base sur les chiffres à La Réunion ou sur ceux de la métropole ? Si le BCT est une solution, elle reste temporaire. Aujourd'hui, les transporteurs ont déjà saisi le BCT localement, mais il faut absolument trouver une solution pérenne », réclame Pierrick Robert, président de la CCIR.

Un courrier commun

Même les sociétés organisatrices de transports sont confrontées à cette problématique. La Semto explique avoir vu son contrat d'assurance résilié pour les 10 % de lignes qu'elle exploite en direct. « Ce n'est pas possible de saisir le BCT tous les ans », déplore Irchad Omarjee, président de la Semto.

Quelle solution envisager ? Saisir la Fédération des Assurances au niveau national ? Les entreprises risquent de mettre la clé sous la porte à cause de cette situation, alertent transporteurs et syndicats. Faut-il interpeller l'État sur ce sujet ? "Ce problème dépasse largement le cadre de La Réunion. Pour l’instant, nous n'avons pas de solution immédiate", admet un représentant de la préfecture.

Les transporteurs demandent à l'État d'actionner plusieurs leviers pour alerter les ministères concernés. Du côté de la préfecture, il est proposé d'envoyer un courrier commun d’alerte afin de lancer des échanges sur le sujet. Un courrier pour la fédération, le ministère et une copie pour les parlementaires. Tous espèrent trouver une solution viable pour garantir une stabilité financière face à des coûts d'assurance qui ne cessent d'augmenter d'année en année. Mais surtout, permettre au bus de continuer à rouler au 1er janvier 2025.

Etiquettes : Assurance | Transport

Dans la même rubrique

0💬
Tri :