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Sainte-Suzanne : tracteurs déviés vers la ville, les planteurs voient rouge

Ecrit par Philippe Madubost – le mercredi 20 août 2025 à 08H14

À partir de ce mercredi, les tracteurs ne peuvent plus emprunter la montée de la pente Bel-Air, sur la RN2. La Région justifie cette interdiction par des raisons de sécurité routière dans le cadre du chantier de la voie réservée. Les planteurs dénoncent à leur tour des dangers pour la sécurité et une mesure pénalisante, ils menacent de bloquer la route.

Connu pour son franc-parler, Pierre-Emmanuel Thonon annonce la couleur : « On est en train de se concerter mais si on ne peut pas passer, personne ne passera. Ce n’est pas toujours à nous de payer les pots cassés », clame le planteur de Sainte-Suzanne, élu à la CMU de Bois-Rouge et co-président du CPCS.

Dans son viseur : un arrêté régional signé le 13 août dernier et prenant effet à partir d’aujourd’hui, après la pose ce mardi des panneaux réglementaires interdisant désormais l’accès à la RN2 entre l’échangeur de La Marine et l’échangeur de Sainte-Suzanne Nord, soit l’accès à la pente Bel-Air, dans le sens montant uniquement. L’interdiction devrait durer jusqu’à la fin de la campagne sucrière.

Des voies rétrécies

Elle s’inscrit dans le chantier de prolongement de la voie réservée pour les bus et véhicules lents – dont les tracteurs – le long de la RN2, après la livraison d’un premier tronçon entre la sortie de Sainte-Suzanne et Sainte-Marie. L’objectif à terme est de relier Saint-André à Saint-Denis.

Problème pour la Région : le rétrécissement des voies entraîné par le chantier, doublé de la disparition temporaire de la bande d’arrêt d’urgence, rend difficile la cohabitation entre les tracteurs, leurs remorques et les autres usagers de la route.

Les planteurs estiment entre 200 et 300 les rotations de tracteurs, dès 5h du matin.

Les arguments de la Région

« Il y a un risque pour la sécurité des usagers, de par la grande différence de vitesse entre des tracteurs qui se retrouvent à 20 km/h dans la montée et celle des autres véhicules », met en avant Éric Boiteux, directeur de l’exploitation et de l’entretien des routes. Le tout, sans possibilité désormais pour les tracteurs de se déporter sur la droite.

À la question de la « sécurité routière », la Région ajoute la nécessité de maintenir la « fluidité du trafic ». C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle a attendu la rentrée scolaire et le retour des flux routiers pour mettre l’interdiction en œuvre.

La collectivité insiste sur le caractère temporaire de la mesure et l’intérêt futur pour les agriculteurs, qui pourront ensuite circuler sur cette voie dédiée.

Photo D.R.

Une déviation par le centre-ville

En attendant, c’est par le centre-ville de Sainte-Suzanne que les tracteurs vont devoir se diriger. Les planteurs estiment entre 200 et 300 le nombre de passages quotidiens effectués par plusieurs dizaines de tracteurs, à raison de 4 à 5 rotations par engin, dès 5h du matin. Le circuit concerne la majorité des cannes tronçonnées, récoltées à Sainte-Marie et dans les Hauts de Sainte-Suzanne et livrées à l’usine de Bois-Rouge.

Interrogée, la mairie de Sainte-Suzanne confirme avoir donné son accord, mettant en avant un risque accru de sécurité routière sur la RN2, mais aussi la présence d’une seule école le long de la voie principale (l’école privée Anne-Marie Javouhey) et la vitesse réduite des tracteurs. Une condition est toutefois posée : le nettoyage de la chaussée par les services de la Région après le passage des engins agricoles.

Mais en cas d’explosion des bouchons, « il faudra trouver d’autres solutions », prévient le cabinet du maire.

Pour Pierre-Emmanuel Thonon la déviation va entrainer des retards importants dans les livraisons.

Une mobilisation en vue

Pierre-Emmanuel Thonon voit rouge : « C’est un manque total de responsabilité de nos autorités ! On va faire rouler des tracteurs en ville, à l’heure de la rentrée des classes, alors qu’il y a des écoles, des crèches, un collège et des lycées à proximité ! Et on nous parle de sécurité routière ! »

Le planteur dénonce cette interdiction, « alors que l’on n’a jamais roulé sur la bande d’arrêt d’urgence. Et dans le même temps, on autorise toujours les cachalots, les 44 tonnes et les poids lourds. Pourquoi ce serait toujours aux planteurs de payer les pots cassés ? »

Il pointe des travaux qui auraient dû débuter dès janvier et des retards à venir sur les livraisons : « Alors que l’on ne peut déjà livrer que sur 4 jours cette année contre 6 d’habitude, c’est au moins 20 à 30 % de nos quotas que l’on n’arrivera pas à faire rentrer ».

Les planteurs doivent interpeller la préfecture et la Région par courrier mais envisagent déjà d’autres moyens pour se faire entendre.

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