Saint-Paul : Un conseil municipal tendu autour du financement de la Zac Renaissance III

“Ce projet s’inscrit dans la continuité de ce qui a été fait depuis 1974. Plateau Caillou est né d’un projet audacieux de créer une ville dans un milieu aride. La Zac Renaissance III termine ce virage. Avec 1800 demandes de logements sur ce bassin de vie, nous sommes fiers de proposer ce projet, qui profite à tous les saint-paulois”, commence Emmanuel Séraphin en préambule du conseil municipal de ce jeudi.
La levée de bouclier de l’opposition
Sans doute l’édile imagine déjà les discussions que va soulever le soutien de la mairie à ce projet. Ce qui ne manque pas d’arriver à l’annonce de l’affaire n°23, avec l’intervention d’Alain Bénard, élu de l’opposition et maire de Saint-Paul à l’époque du premier projet de la Zac III. “C’est vrai que l’opération a été montée au début des années 2000. Mais cela fait 20 ans, les gens ont changé. Vous savez qu’il y a eu des quelques émotions dans le quartier. La concertation n’a pas été à la hauteur du projet. Il manque cette volonté-là”.
“Ce qui me gêne dans cette affaire-là, on va se retrouver dans la même situation qu’ailleurs dans l’Ouest. Il suffit de circuler sur le littoral pour s’en rendre compte. On voit du béton, du béton et du béton. Souvenez-vous de La Possession il y a quelques années. C’était verdoyant. Toute la partie haute de Saint-Paul, c’était la nature. L’exemple parfait, c'est l’Éperon. Vous pensez que les gens qui ont construit ce quartier sont aujourd’hui satisfaits d’être entouré d’autant de bâtiment en dur ?” interroge de son côté Karl Bellon, lui aussi dans l’opposition.
Une majorité qui défend bec et ongle son projet
“Les personnes de toutes conditions sont unies dans un même besoin urgent, celui de se loger dignement. Le projet Zac Renaissance III s’inscrit dans une continuité logique des Zac I et II. Ce projet de longue date, depuis 2004, c’est un engagement de longue date que nous devons honorer”, défend Marie-Suzelle Buchle, déléguée au logement.
"Le but pour nous, c'est de présenter un projet totalement assurable car ça apporte quelque chose. Tant sur le plan du logement, de l’aménagement qu’environnemental. Si on arrive à montrer que c’est un projet désirable et qualitatif, c’est de cette façon qu’on va rassurer. Car ce qui est exprimé, ce n’est pas toujours une opposition pour s’opposer. Ce qui est exprimé, ce sont des craintes de perdre en qualité de vie ou en beauté de paysage. Il faut que la SEDRE apporte les garanties pour montrer que le projet est mieux que Zac I et II”, tente de nuancer Melissa Cousin, déléguée à la biodiversité et aux mobilités douces. “Il n’y a plus grand-chose à dire, et j’appuie les propos de Melissa en disant qu’il s’agit de manipulations politiques”, affirme Denise Delavanne, beaucoup moins dans la nuance.
“Uniquement sur la Zac III, voilà toutes les délibérations communales depuis 2004, rappelle le maire en soulevant un épais dossier, dire que c’est un projet qu’on découvre, mais il a 20 ans”. En réponse aux mobilisations et aux demandes des riverains, Emmanuel Séraphin s’est embarqué dans une opération de déminage pour défendre le projet de sa majorité. “Depuis 2004, toutes les délibérations qui ont été mises en œuvre travaillent ce projet sur une zone qui était inscrite dès l’origine au niveau du schéma d’aménagement régional comme une zone urbanisée. On ne construit pas sur les zones naturelles. On ne touche pas à la savane du Cap Lahoussaye. Le projet est uniquement sur la zone urbanisée de Plateau Caillou, et cela fait 50 ans que nous savons que cette zone va accueillir du logement. On parle de remettre ailleurs. Mais ailleurs où ? Sachant que dans le bassin de vie de Saint-Paul, d’autres opérations vont répondre aux besoins locaux de logement. Cette construction ne va entacher l’espace naturel. La savane va être protégée et on va y veiller. Nous avons besoin d’équipement, comme par exemple des logements de fonctions pour la gendarmerie”.
Le conseil municipal a ensuite entériné le financement du projet, malgré l'abstention de l'opposition.
Charité bien ordonnée commence par soi-même
Mention spéciale à Alain Bénard, qui malgré plus de quarante ans de vie politique, reste d’une lucidité détonante. Lors du vote du financement du voyage de la délégation du conseil municipal des enfants et des jeunes au congrès de ANACEJ à Saint-Brieuc en octobre prochain, l’ancien maire s’est étonné d’un atelier auquel les marmailles vont participer. “On dit qu’ils vont avoir un apprentissage de la fonction d’élu. Je suis d’accord, mais si c’est pour apprendre à être des élus comme nous le sommes aujourd’hui, il vaut mieux ne pas les former !“.


