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Run Market condamné à verser plus de 850.000 euros à son ex-dirigeant limogé

Ecrit par Julien Delarue – le mardi 1 juillet 2025 à 06H23

Didier Demarly, ancien directeur général de Run Market via sa société DDM Distribution, a obtenu plus de 850.000 euros d’indemnités après sa révocation en 2022. La société Aram Financial, qui représentait l’ex-président Gabriel Maden, a en revanche été déboutée. A noter qu'une plainte pénale avait été déposée en 2023 à l'encontre des ex-dirigeants.

La justice a tranché dans le bras de fer opposant les anciens dirigeants aux actuels actionnaires de Run Market (Make Distribution). Didier Demarly, révoqué en septembre 2022 de ses fonctions de directeur général, a obtenu gain de cause devant le tribunal de commerce de Paris.

En vertu de la clause de son mandat social, il va percevoir une indemnité de départ équivalente à 24 mois de rémunération, soit 852.000 euros hors taxes, ainsi que 38.500 euros de rémunération due au titre de septembre 2022, intérêts de retard compris. Un premier jugement est intervenu en sa faveur en janvier dernier, devant le tribunal de commerce de Paris.

Make Distribution avait assigné DDM Distribution devant le premier président de la cour d'appel de Paris pour tenter de bloquer le versement de ces sommes – avec exécution provisoire – mais a été déboutée fin avril. A noter que la décision rendue par le tribunal de commerce de Paris a fait l'objet d'un autre appel.

« Pas de conséquences excessives à l’exécution de la décision »

Par jugement du 10 janvier 2025, les juges ont estimé que la révocation décidée par l’assemblée générale de Make Distribution (exploitant l'enseigne Run Market) n’était pas suffisamment motivée pour écarter cette indemnité. Ils ont souligné que la résolution adoptée lors de l’assemblée ne mentionnait pas de « Révocation Qualifiée » telle que définie dans la convention de mandat social, et ont retenu :

« La formulation retenue par les associés de MAKE est exclusive de toute référence à une circonstance de Révocation Qualifiée »
(Tribunal de commerce de Paris, 10 janvier 2025).

La société Make Distribution, qui avait tenté d’obtenir une suspension à titre exécutoire de cette décision en appel, a été déboutée par la cour d’appel de Paris le 30 avril 2025.

« Les conséquences manifestement excessives de l’exécution de la décision ne sont pas établies »
(Cour d’appel de Paris, 30 avril 2025).

Une plainte pénale déposée

Concrètement, la société Make Distribution devra verser cette somme sous forme d’un échéancier sur six mois. Toutefois, le tribunal a ordonné une compensation partielle : DDM Distribution devra restituer 163.072 euros correspondant à des frais et avantages en nature jugés indus (notamment des billets d’avion familiaux et du matériel informatique). A ce titre, il est bon de rappeler qu'une plainte pénale a été déposée sur le bureau de la procureure de la République de Saint-Denis à l'encontre des anciens dirigeants, et c'est à ce titre que Make Distribution avait réclamé, en vain, un sursis à statuer face à ces demandes. Les dirigeants de Make Distribution évoquent "des infractions pénales qualifiées, escroquerie au jugement et abus de bien sociaux, compte courant débiteur, constituent une contestation sérieuse, en ce que la révocation qualifiée est bien privative de toute indemnité."

Gabriel Maden, ex-président, repart bredouille

Par contre, les tribunaux n'ont pas eu la même lecture face aux demandes de l'ex-président de Run Market. La société Aram Financial, portée par Gabriel Maden, n’a pas obtenu gain de cause dans une procédure en référé, en janvier dernier. Également révoquée fin 2022, Aram Financial avait revendiqué une indemnité similaire sur la base de la clause dite de "parachute doré". On apprend au détour de la décision que des "faits fautifs ont été découverts suite au rapport du cabinet Grant Thornton du 31 août 2022 mettant en cause les manquements des dirigeants de Make Distribution. Que ces manquements graves ont conduit la société à des pertes de plus de 40 millions d'euros, ce qui a menacé l'emploi de milliers de salariés Réunionnais." Résultat, sa demande a été écartée, les juges considérant que la situation financière très dégradée de Run Market et la gestion de Gabriel Maden justifiaient pleinement la fin de son mandat sans indemnité de départ.

Jugement dans un contexte délicat

L’enseigne Run Market, arrivée sur le marché réunionnais en 2020, a rapidement accumulé les difficultés : un retard d’ouverture de six mois, des pertes de chiffre d’affaires massives liées au Covid-19, puis une crise de confiance amplifiée en 2022 par la publication d’un pré-rapport de l’Observatoire des prix, marges et revenus évoquant une disparition probable de l’enseigne.

Lire aussi : Rachat de Vindémia : l'OPMR déplore la hausse des prix et la mort annoncée de Run Market

Cette publication avait fait plonger les ventes de 40 à 50 %, précipitant la rupture avec certains fournisseurs, inquiets d’un encours d’impayés évalué à 12 millions d’euros.

Face à cette situation, l’actionnaire de référence (Victor Bellier) avait injecté 10 millions d’euros pour redresser la barre et surtout fait entrer un nouvel actionnaire majoritaire, le groupe mauricien IBL en août 2023.

Des trains de mesure d'économie avaient suivi, notamment la mise en place d'un APC (accord de performance collective). Fin octobre, syndicats et direction s'étaient mis d'accord sur un effort déployé sur trois ans pour les 625 salariés et une économie de 350.000 euros par an. Un « compromis acceptable » pour les syndicats.

Lire aussi : Run Market : syndicats et direction se mettent d'accord sur un effort des salariés pendant trois ans

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