Revenir à la rubrique : Politique

Risque de guerre : après le discours du chef d'état-major, Serge Hoareau évoque une réalité "très inquiétante"

Ecrit par S.I. – le jeudi 20 novembre 2025 à 11H25
Photo d'archives.

En affirmant que la France pourrait être confrontée à un conflit d’ici quatre ans, le général Mandon a secoué l’assemblée des maires. Pour Serge Hoareau, président de l’Association des Maires du Département de La Réunion, cette intervention sonne comme un appel brutal à la lucidité.

L’intervention du général Fabien Mandon, chef d’état-major des armées, lors du congrès des maires de France, a profondément marqué les élus présents. En évoquant la possibilité d’un conflit impliquant la France "dans trois ou quatre ans", le militaire a appelé les communes à préparer leurs populations à un contexte international qu’il juge de plus en plus instable. 

Lire aussi : Guerre possible d’ici trois ans ? Le chef d’état-major appelle les maires à "préparer la population"

À La Réunion, cette déclaration a suscité un choc. Serge Hoareau, président de l’Association des Maires du Département de La Réunion (AMDR), que nous avons contacté, revient sur la portée de ces propos et sur l’atmosphère qui a suivi.

Un discours "inquiétant" qui glace la salle

Lorsque Fabien Mandon avertit : "Nous sommes en risque", le ton est donné. Le chef d’état-major décrit un monde marqué par les tensions croissantes entre grandes puissances — Russie, Chine, États-Unis — et presse les élus locaux d’envisager l’hypothèse d’un conflit majeur.

Une intervention inhabituellement sombre, que Serge Hoareau résume d’un mot : "froideur". "L’annonce du chef d’État-major a été accueillie avec beaucoup de froideur. Il nous a mis face à une réalité que l’on pressentait, mais entendre cela de manière aussi directe, c’est très inquiétant", rapporte-t-il.

Il évoque des propos "flippants", un ton volontairement dramatique, et une salle saisie d’un malaise. "Même si nous n’avons pas vécu les grandes guerres, on sait combien elles ont coûté en vies humaines. Cette intervention nous a rappelé que les tensions géopolitiques sont bien réelles", poursuit Serge Hoareau

Dans son discours, le général Mandon a détaillé le retrait progressif des États-Unis d’Europe de l’Est, notamment de Roumanie, expliquant que Washington concentre désormais son attention sur la zone indo-pacifique. 

Un repositionnement qui, selon lui, pourrait encourager la Russie à renforcer son influence dans la région. Des éléments qui, pour Serge Hoareau, confirment la gravité de la situation mondiale. "On voit aujourd’hui que sur le plan géopolitique, ça grouille de partout. Peut-être que ce discours vise à provoquer une prise de conscience. En tout cas, ce n’est pas anodin."

La Réunion également concernée : "On n’est pas à 10.000 km"

Contrairement à ce que certains pourraient penser, les territoires ultramarins ne seraient pas hors du champ des tensions internationales, souligne Serge Hoareau.

Il rappelle que La Réunion se trouve dans une zone stratégique où les influences étrangères sont bien présentes.

"On n’est pas à 10.000 km", insiste-t-il. "Quand on sait qu’aujourd’hui Russes et Chinois sont à Madagascar, on comprend que nous sommes déjà dans leur zone d’influence. La présence française dans l’océan Indien est regardée, observée, parfois contestée."

Ce constat renforce l’impact des propos du général pour les élus réunionnais, qui réalisent à quel point la géopolitique mondiale peut toucher le territoire.

Que demande réellement le chef d’état-major aux maires ?

Sur ce point, le message reste flou. Si le général Mandon appelle les communes à "préparer leurs populations", aucun dispositif concret n’a été détaillé. "Concrètement, il s’agit surtout de maintenir le lien avec nos référents défense et les autorités militaires", analyse Serge Hoareau. "Mais il n’a donné aucune orientation précise. On ne sait pas encore ce que cela pourrait impliquer pour les communes."

Pour l’heure, les maires sont invités à rester informés et à renforcer leurs échanges avec l’armée, sans qu’un protocole opérationnel ne leur ait été communiqué.

Un discours qui marque un tournant

Pour Serge Hoareau, cette intervention restera comme l’un des moments les plus marquants du congrès. Elle ne présage pas nécessairement un conflit imminent, mais elle ouvre une nouvelle phase : celle où les élus locaux, y compris ultramarins, sont explicitement intégrés dans la réflexion sur la préparation du pays.

"Rien n’est certain, mais l’avertissement est clair", conclut-il. "Et même si ce discours est difficile à entendre, il montre que la situation internationale mérite toute notre attention."

Dans la même rubrique

0💬
Tri :