Retraites : Attal veut verser 1 000 euros à chaque nouveau-né

Un amendement du groupe EPR propose que l’État verse 1 000 euros à chaque enfant né en France pour alimenter un fonds souverain destiné à introduire une part de capitalisation dans le financement des retraites.
Déposé dans le cadre du budget 2026, l’amendement, porté par les députés Ensemble pour la République, prévoit la création d’un fonds souverain français chargé de financer une « retraite partiellement fondée sur la capitalisation », a révélé Le Parisien en début de semaine. Le dispositif, présenté comme un complément au système actuel par répartition, serait alimenté par un versement automatique de 1 000 euros de l’État à chaque naissance, sans condition de ressources. Les familles pourraient ensuite compléter ce capital jusqu’aux 18 ans de l’enfant, avec un avantage fiscal.
L’objectif affiché est double : constituer un capital de départ pour chaque futur adulte et orienter une part de l’épargne nationale vers l’économie française, en particulier les entreprises stratégiques, les infrastructures et la transition énergétique.
Vers un système mixte, une petite révolution
Si la mesure était adoptée, la France basculerait vers un système mixte associant répartition et capitalisation. Une évolution majeure dans un pays attaché depuis 1945 à la solidarité intergénérationnelle, où les actifs financent directement les pensions. Un modèle qui se heurte toutefois à des fragilités structurelles, liées à la démographie : le ratio actifs/retraités n’est plus que de 1,7 aujourd’hui, contre plus de 4 il y a cinquante ans.
Pour les défenseurs de la réforme, l’introduction d’un pilier de capitalisation vise à corriger ces déséquilibres et à préparer l’avenir sans augmenter la dette publique. Le groupe EPR parle d’un dispositif « collectif et souverain » qui permettrait de stabiliser le financement des retraites à long terme.
Une idée portée aussi par une étude de la Fondapol
Cette initiative intervient quelques jours après une note de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol), rédigée par les économistes Bertrand Martinot, Philippe Gravier et Renan Muret. Le document, publié par Le Figaro, plaide lui aussi pour un système mixte où, d’ici 2070, un quart des pensions serait financé par une capitalisation obligatoire. Les auteurs envisagent une montée en puissance progressive, fondée sur un rendement annuel de 4 % des sommes placées.
La Fondapol souligne toutefois que la capitalisation ne peut pas, à elle seule, combler les déficits actuels. « Il faudra quoi qu’il arrive demander des efforts », rappelle Bertrand Martinot. Le scénario proposé vise à alléger durablement les cotisations et à améliorer la compétitivité française, en confiant la gestion des fonds à des organismes supervisés par les partenaires sociaux.
Une capitalisation obligatoire, un pari risqué
La capitalisation existe déjà pour certaines catégories via les plans d’épargne retraite, rappelle de son côté Le Point : “L’innovation des propositions actuelles réside dans leur caractère obligatoire et universel, intégré au régime général. Un changement qui repose sur la confiance des citoyens dans la gestion de ces fonds et dans la stabilité des marchés financiers”.
Les critiques redoutent que l’épargne nationale serve, in fine, à financer des entreprises étrangères, éloignées des priorités économiques françaises. Les partisans y voient au contraire un moyen de diversifier les investissements et de « chercher de la croissance ailleurs », dans un pays vieillissant.
Des modèles étrangers déjà hybrides
Plusieurs pays combinent depuis longtemps répartition et capitalisation. Le Royaume-Uni, la Suède ou le Canada ont mis en place des systèmes hybrides jugés plus résilients. L’Allemagne prépare également un fonds public de retraite investi en actions. Aux États-Unis, Donald Trump a fait adopter en 2025 une réforme prévoyant le versement de 1 000 dollars à chaque enfant né entre 2025 et 2028 sur un « compte Trump » dédié. Des exemples qui nourrissent le débat français sur l’opportunité d’une transition vers un modèle mixte.


