Retour des moustiques : Une épidémie de dengue, plus à craindre que de chik


L'été fait son retour… les moustiques aussi. Par de multiples constats, les professionnels estiment que cette année, "nous ne sommes pas à l'abri d'une épidémie de dengue", a déclaré lors d'une conférence de presse à l'ARS (Agence Régionale de Santé), Laurent Filleul, coordonateur de la cellule INVS en région Océan Indien. Plus que le chikungunya, l'épidémie de dengue serait à un risque élevé actuellement pour notre île, selon les prévisions. La dernière épidémie remonte à 1977.
Cette année "sera riche en moustiques"
Tous les éléments sont réunis pour affirmer que cette année "sera riche en moustiques", a affirmé ce matin l'entomologiste Jean-Sébastien Dehecq. D'abord, les données internationales montrent que les cas de dengue et de chikungunya sont importants dans la zone (Madagascar, Comores et Asie notamment).
Par ailleurs, notre hiver austral, plus chaud et plus humide que la moyenne, a été un temps très clément pour le développement des moustiques. Nous sommes donc exposés à un risque vectoriel plus élevé. En d'autres termes, le terrain est actuellement favorable à la propagation du moustique, et si un virus venait à être introduit, le risque de transmission locale serait très probable.
53 cas de dengue, 166 de chik
A ce jour, pour l'année 2010, 53 cas de dengue ont été recensés à la Réunion (2 confirmés et 27 probables autochtones, 15 confirmés et 9 probables importés), et 166 cas de chikungunya (112 confirmés et 46 probables autochtones, 1 confirmé et 7 probables importés).
D'où l'importance de lutter contre le moustique afin de diminuer les chances de propagation du virus. État, ARS, partenaires sociaux et communes poursuivent leurs actions de sensibilisation et de lutte. Le colonel Didier Paris, chef de l'Etat major de la zone de protection civile de l'Océan Indien, a rappelé l'engagement fort de l'État à travers, notamment, le financement de 500 contrats aidés dont 227 agissent déjà sur divers chantiers répartis sur 12 communes, à l'instar du plan ravines.
80% des sites de pontes de moustiques sont créés par l'homme autour de sa maison
171 agents de l'ARS multiplient les activités de lutte anti-vectorielle. "En 2010, 61.800 jardins ont été contrôlés, 32.000 gîtes larvaires détruits ou traités, 4.470 appels enregistrés sur le numéro vert (0 800 110 000) et 85.000 maisons traitées par voie aérienne pour un traitement adulticide", a rappelé Olivier Reilhes, responsable adjoint de la lutte anti-vectorielle.
La lutte contre les moustiques est l'affaire de tous… surtout de chaque individu. Chiffre parlant, 80% des sites de pontes de moustiques sont créés par l'homme autour de sa maison. "On ne peut pas passer derrière chaque soucoupe, chaque vase, chaque poubelle", souligne Olivier Reilhes, qui appelle avec l'ensemble des professionnels, à la plus grande vigilance des Réunionnais et Réunionnaises.
"Beaucoup savent ce qu'il faut faire mais ne les mettent pas en pratique"
Une enquête montre que la plupart des gens connaissent les premiers gestes de prévention. Pourtant, alors que l'épidémie du chikungunya a marqué la population, le constat des agents sur le terrain est surprenant: "beaucoup savent ce qu'il faut faire mais ne les mettent pas en pratique".
L' ARS et la faculté du Tampon ont lancé une étude à ce propos. "Le message est acquis mais il n'est pas suivi. Nous cherchons à comprendre les raisons de ce comportement. Qui se protège, qui ne se protège pas? Pourquoi?", a annoncé Chantal De Singly, directrice générale de l'ARS Océan Indien.
En attendant, il est possible de participer à la 9ème édition de l'opération Kass'Moustik qui aura lieu les 27 et 28 novembre. L'objectif est de promouvoir l'adoption des bons gestes d'élimination des gîtes larvaires. 700 personnes, 100 quartiers et 60 associations et collectivités sont une nouvelle fois mobilisés.


