Quand un colonel sapeur pompier réunionnais fait parler de lui en étant condamné

Publié le 08/11/2013 à 06h00
Par ROMAIN BELY
Pyrénées-Atlantiques : le colonel des pompiers condamné pour harcèlement moral
Le directeur adjoint des pompiers du 64 écope de sursis pour harcèlement moral. Ses avocats font appel
Le numéro 2 du Service départemental d’incendie et de secours (Sdis) des Pyrénées-Atlantiques a écopé, jeudi, de trois mois d’emprisonnement avec sursis.
Il a également été condamné à verser 3.000 euros au titre du préjudice moral à sa victime. Ses avocats, maîtres Sagardoytho et Marco ont immédiatement interjeté appel de la décision.
Le colonel avait comparu le 13 septembre pour des faits de harcèlement moral, commis entre 2008 et 2010 et dénoncés par l’ancienne numéro 3 du Sdis. D’après cette cadre, qui a quitté les pompiers, le colonel lui aurait fait des allusions sexuelles et l’aurait critiquée ouvertement auprès de ses supérieurs comme de ses subordonnés. Surtout, il l’a écartée de la préparation du budget 2010 et des nominations dont elle avait théoriquement la charge.
«Un fusible»
À la barre du tribunal correctionnel de Pau, il avait contesté cette dernière version. «L’origine de cette problématique, c’est son refus de faire le budget dans le temps imparti», avait-il affirmé. L’audience avait duré plusieurs heures, la défense ayant fait citer une dizaine de témoins.
Mercredi, le tribunal a donc rendu un délibéré similaire aux réquisitions que le procureur de la République avait faites le 13 septembre. «Le tribunal a mis en évidence que les agissements du colonel entraient dans le cadre de la définition légale du harcèlement moral», commente Jean-Christophe Muller.
«Le jugement réussit l’exploit de lui imputer des faits totalement imaginaires, voire de le rendre responsable d’actes qui ne dépendaient nullement de ses attributions», s’insurgent au contraire les avocats du prévenu. «Le colonel sert de fusible, concluent Mes Marco et Sagardoytho. Il ne saurait être le bouc émissaire des multiples dysfonctionnements d’un service dont le mal-être et la désorganisation étaient bien antérieurs.»
Le deuxième condamné
L’après-midi d’audience avait été l’occasion de saisir l’ambiance délétère qui règne au Sdis 64 où deux camps avaient émergé : celui du caporal et celui du patron d’alors, le colonel Ledoux. Un climat d’autant moins serein que cette affaire de harcèlement moral intervient après un premier cas autrement plus grave : le suicide, en juin 2009, de Bernard Cazenave au sein même des locaux du Service départemental d’incendie et de secours.
Le supérieur de cet homme a été condamné en appel, en juin 2012, à dix mois de prison avec sursis (six mois avec sursis avaient été requis) et 95.000 euros de dommages et intérêts à verser à la famille de la victime.
«J’aimerais que le Sdis sorte de la rubrique justice et reste dans celle des faits divers, a réagi hier, Yves Sallanave-Péhé, le président du Service de secours départemental. Il est installé dans des procédures judiciaires au long cours et ça pèse sur le management.»
Devoir d’exemplarité
Quant à évoquer une éventuelle sanction disciplinaire à l’égard de celui qui est encore directeur adjoint des pompiers du 64, leur président préfère attendre : «Nous prenons acte de cette décision de justice mais nous allons prendre le temps de l’analyse.» Le Sdis pourrait se décider après le procès en appel.
Tout en précisant qu’il s’agit d’un «conflit privé», Yves Sallanave-Péhé rappelle que «les pompiers se doivent d’être exemplaires, du président au sapeur volontaire dans sa caserne».


