Quand... retranche... Je Meurs

Nous sommes des centaines, des milliers,
Grouillant, geignant, dans nos tranchées.
La boue, la terre, nous chaussent.
Le sang, les chairs sont le ciment de la fosse.
Nos visages, ne sont plus que grimaces,
Nos yeux implorent toutes les grâces,
Nos mains s'accrochent à ce qui reste de la vie,
Nos souffles aspirent, espèrent à l'infini,
Quand, retranché, je meurs!
Seul, au milieu des frères, des camarades,
Je supplie, avec eux, que cesse la bombarde.
Seul et pourtant comme les autres, alignés,
"Crotteux", "crapauteux", au bord de la tranchée.
Qu'en est-il du vantard ou du fier à bras,
Rampant, au fond du boyau de ses exploits?
Petit soldat déposé là, en survie,
Grand héros couché ici, sans vie.
Je ne suis qu'un soldat de France,
Vêtu du bleu de mes espérances,
Quand, retranché, je meurs!
Un rat court sur mon soulier droit.
Il vacille sous les bombes, maladroit!
Il cherche, de cet enfer, la sortie,
Innocent, perdu, le pauvre petit.
Voilà! Maintenant, que je plains le rat!
Alors, que je suis, encore plus bas.
Un sifflement, un tremblement, un souffle,
La Terre au Ciel, le Ciel s'enterre, je m'essouffle.
Ma vareuse bleue s'empourpre,
Mon regard s'embourbe,
Mes mains supplient,
Mes jambes se plient.
Plus de jour, plus de nuit,
Même plus de bruit!
Quand, retranché, je meurs!
(en hommage à celles et ceux de la Grande Guerre, en cette année du centenaire de la fin de celle qui devait être "la der des der"! Ne les oublions pas).


