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Procès du meurtre d’Erminah au Gol : « Moi aussi je veux savoir qui est le meurtrier », affirme Roland Gonthier

Ecrit par Eric Lainé – le vendredi 27 février 2026 à 06H13

Hier, Roland Gonthier a été longuement interrogé devant la cour d’assises pour tenter de vérifier la véracité du faisceau de présomptions qui le désigne comme le meurtrier présumé de Erminah Bodilahy, retrouvée étranglée à l’Etang du Gol en février 2021.

Au deuxième jour du procès du meurtre d’Erminah au Gol, la présidente Doriane Trombi a demandé à Roland Gonthier de s’avancer jusqu’à la barre pour procéder à son interrogatoire. Chose rare dans un procès pour meurtre sur conjoint où la peine encourue est la réclusion criminelle à perpétuité, l’agriculteur est libre de ses mouvements, placé sous contrôle judiciaire au cours de l’instruction.

Les bras le long du corps, un peu à la manière d’un automate, Roland Gonthier est resté presque figé face à la présidente au fil des questions. Doriane Trombi a entamé son interrogatoire en pointant ce que certains ont décrit comme « une tendance à la froideur émotionnelle » pour reprendre l’expression de l’expert psychologue ou comme l’enquêteur qui l’a dépeint « assez froid et détaché ». « Je suis quelqu’un qui avait beaucoup de compassion pour Yasmina », dit-il en appelant Erminah par un de ses petits noms gâtés dont les gens sont friands à La Réunion.

« Elle était une bonne mère qui aimait ses enfants »

Aussitôt, celui que l’on décrit comme un homme frustre et plutôt taiseux déroule : « J’ai perdu énormément de personnes dans la vie et jamais je n’aurais fait subir cette souffrance aux enfants de Yasmina. Comme tout le monde, je voudrais savoir ce qui s’est passé ce jour-là… » Très en verve, il ajoute avec un accent de sincérité que « même si Yasmina avait un problème d’alcool, elle était une bonne mère qui aimait ses enfants » et qu’il lui avait souvent « conseillé d’arrêter l’alcool et de sortir de ce trou mais je ne l’ai jamais surveillée ».

« Elle m’a appris que j’étais le père en me disant : viens à la maison voir ta fille »

« Ne l’avez-vous pas surveillée par jalousie ? », rebondit la présidente. « Elle avait sa vie et j’avais ma vie même si on était assez proche et que j’étais encore attiré par elle. » Il est vrai que leur relation en pointillé n’a jamais pris fin. Car bien que chacun ait un autre partenaire, leur destin était lié par cette petite fille à qui Erminah avait donné naissance quelques mois avant sa mort. « Elle m’a appris que j’étais le père à trois mois en me disant : viens à la maison voir ta fille », rapporte Roland Gonthier.

« La gamine a-t-elle une tache dans le dos ? »

Une fois devant la petite qui lui ressemble aux yeux de tous, il lui demande : « La gamine a-t-elle une tache dans le dos ? » Erminah acquiesce. Il se trouve qu’il a la même tache de naissance dans le dos. A partir de là, celui qui a déjà quatre fils, dont seul l’aîné a été reconnu, se met en tête de reconnaître l’enfant. Il assure à la barre que Erminah approuvait sa démarche en dépit de témoignages contradictoires qui trahissent plutôt une désapprobation ambiguë de la mère.

Lire aussi: Procès du meurtre d'Erminah au Gol: l'enquêteur mis en difficulté par la défense

Au fil des mois, celle-ci a en effet régulièrement sollicité l’accusé pour l’aider financièrement. « C’est moi qui achetais les couches, les biberons ou le linge de la petite et elle voulait que cette enfant porte mon nom », précise Roland Gonthier. L’idée de la présidente est que le mobile du crime pourrait résider dans cette obstination à obtenir la garde de l’enfant qui aurait pu dégénérer ce funeste 11 février 2021.

« Aujourd’hui, je suis le bouc émissaire »

« Avez-vous dit à sa famille qu’elle était morte car elle fréquentait n’importe qui… », l’interroge la présidente. « Quand il y a un drame, on n’en parle pas de manière sauvage », rectifie l’accusé. Et d’enchaîner : « Aujourd’hui, je suis le bouc émissaire. Vous croyez que je ne veux pas connaître la vérité. Moi aussi, je veux savoir qui est le meurtrier. » La présidente s’attaque à ses changements de version. « Vous avez dit que vous l’aviez vue le mercredi (veille du crime) mais pas le jour où elle est décédée… » « J’avais peur que l’on m’accuse », indique l’agriculteur.

La présidente tente d’en savoir plus sur la teneur de leurs échanges téléphoniques le jour du crime. Mais l’accusé ne s’en « rappelle pas ». Elle souligne encore l’incohérence d’un aller-retour sur un intervalle de deux heures, entre son exploitation et son domicile du Tampon, pour simplement prendre une douche puis finalement récupérer du pollen pour la fécondation de ses pitayas.

« Elle n’a jamais été avec moi ce soir-là »

Roland Gonthier a finalement admis avoir croisé Erminah peu avant 17 heures ce 11 février. Ce qui fait de lui le dernier à l’avoir vue vivante. Mais il l’affirme : « J’ai refusé qu’elle vienne avec moi à moto jusqu’à Saint-Leu car elle était ivre. » Il aurait alors enfourché sa moto verte en solo pour repartir sur sa propriété de la Chaloupe Saint-Leu. « Les gendarmes ont constaté grâce aux cellules que votre téléphone a suivi ses déplacements jusqu’à votre terrain… », poursuit la présidente. « Elle n’a jamais été avec moi ce soir-là », assure l’agriculteur. Où se trouvait-elle alors ? « Je sais qu’elle allait parfois à Saint-Leu où il y a le truc de kabar mais je ne sais pas avec qui », avance-t-il.

« Elle est donc montée avec quelqu’un qui vous a suivi »

« Elle est donc montée avec quelqu’un qui vous a suivi », insiste Doriane Trombi. « Je ne peux pas vous répondre mais elle n’était pas sur ma propriété… », poursuit-il. « Ce qui implique aussi qu’elle n’a pas rendez-vous avec la personne qu’elle suit car elle n’est en contact qu’avec vous », relance la présidente. Sur le déroulement de sa soirée à la Chaloupe Saint-Leu, Roland Gonthier la décrit solitaire. « Ce soir-là, j’ai mangé un sandwich au bouchon et bu une bière Despe, j’ai fécondé mes pitayas, j’ai pris une douche froide au tuyau à eau et je suis allé me coucher. »

« Trois de vos amis disent qu’il est tombé en panne après le décès d'Erminah… »

A propos de ses incohérences et de ses oublis sans conséquence quant aux faits reprochés, Roland Gonthier concède qu’il « oublie beaucoup de choses » au point de devoir « marquer sur un papier » s’il doit « faire un truc dans son champ ». Et de préciser : « Il y a un âge où on doit perdre quelques… » « Neurones », complète la présidente. Concernant le Berlingo Citroën qui aurait pu servir à transporter le corps de sa propriété à l’Etang du Gol, Roland Gonthier est formel : « La courroie s’est cassée quand je suis parti aux champs, un peu au-dessus de ma propriété. Je l’ai redescendu et il est resté là. »

Toute la question est de savoir quand le véhicule est tombé en panne. « Trois de vos amis disent qu’il est tombé en panne après le décès d'Erminah… », lui indique l’avocate générale. Roland Gonthier n’est pas d’accord. Il explique « avoir racheté une 205 dans la semaine qui suit pour remplacer le moteur ».

La vente de la 205 comme preuve ?

Bon point pour sa défense : un document produit à l’audience atteste de l’achat de la Peugeot en question à la date du 2 novembre 2020. Ce qui colle avec l’idée qu’il ait été HS dans le courant du mois d’octobre. Le seul souci est que la cession du véhicule n’a peut-être pas été enregistrée. Par ailleurs, Roland Gonthier a cédé le Berlingo en question à son neveu qui, manque de chance pour les enquêteurs, l’a nettoyé de fond en comble alors que son oncle se trouvait en garde à vue, le 30 juin 2021. Soit plus de quatre mois après le début de l’enquête.

Sur la connaissance que l’agriculteur aurait eu des lieux de la découverte du corps, comme l’affirme une de ses ex-compagnes, Roland Gonthier est formel : « Je n’y suis jamais allé. » Par ailleurs, ses avocats ont mis en doute la crédibilité de la femme. A la barre le premier jour, l’enquêteur a été mis en difficulté sur ce point.

Le témoignage de l’ex-compagne sujet à caution

La défense a produit un article de presse suffisamment détaillé pour permettre à quiconque de se rendre sur la scène de crime, pratiquement les yeux fermés. Pourtant, une analyse de ladite presse versée au dossier prétend le contraire. Comme si on avait cherché à préserver à tout prix l’accablant témoignage de l’ex-compagne qui a pour effet de bétonner le faisceau de présomptions.

Il est à noter que la compagne en question a déposé plainte contre lui pour viol en 2017 avant que l’enquête ne soit classée. Il a fallu qu’elle soit entendue comme témoin dans l’enquête sur le meurtre de Erminah pour que le parquet de Saint-Pierre se décide finalement à rouvrir le dossier qui a, cette fois-ci, prospéré jusqu’à conduire à la mise en examen de l’accusé. Ce qui ne présume en rien de sa culpabilité.

« Je ne suis pas resté insensible mais ce n’est pas dans ma nature de pleurer… »

« C’est vous qui l’avez tuée ? », lâche à brûle-pourpoint Me Brigitte Hoarau, en partie civile. « Non, ce n’est pas moi qui l’ai tuée. Et j’aurais aimé savoir qui aurait pu faire ce truc », répond sans ciller Roland Gonthier. « On vous reproche d’avoir un masque comme si ça ne touche pas a ou… », lui fait remarquer pour sa part Me Jean-Jacques Morel. « J’ai eu les jambes coupées car ça m’a fait mal quand j’ai appris la nouvelle. Ça m’a détruit de l’intérieur. Je ne suis pas resté insensible mais ce n’est pas dans ma nature de pleurer… », raconte avec simplicité l’agriculteur. 

Et Roland Gonthier s’en explique : « J’ai été endurci très jeune par la vie. Quand j’avais 13 ans, ma grand-mère a perdu ses trois fils, mon père et mes deux oncles. Et nous, on s’est retrouvé orphelins… » La mère, seule avec ses enfants, a pu compter sur son fils pour faire vivre la famille. Car le cyclone, qui venait de ravager leur petite exploitation agricole et de pousser le père au suicide, les avait laissés dans la misère.

« Fendez cette carapace ! »

« J’ai dû me forger une carapace. Je ne le montre pas mais je ne suis pas insensible », se justifie l’accusé à la demande de Me Morel. « Fendez cette carapace ! Si vous aimez cette enfant, auriez-vous tué sa mère ? », implore l’avocat. « Une mère est la plus belle chose que l’on ait sur terre. Une mère est irremplaçable », répond son client.

« Vouliez-vous prendre la responsabilité de cette enfant ou simplement la reconnaître, subvenir à ses besoins et l’avoir pendant les week-ends ? », enchaîne Me Morel. « Je n’ai jamais eu l’intention de la prendre mais de la suivre et de l’accompagner dans sa vie », conclut Roland Gonthier.

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