Pourquoi les requins sont affamés

Nous avons notre gouzou de Jace qui artistiquement témoigne dans des situations de nos comportements qui évoluent, de nos pensées qui s’envolent. Désormais, le petit bonhomme sans sexe a trouvé un compagnon, avec l’ombre à la fois horrifiant et fascinant d’un requin.
On retrouve dans la démarche de son auteur, ou de ses auteurs, le sentiment mis en avant par Prospère Eve dans son ouvrage « La Réunion, l’île de la peur ».
Quel message veut faire passer ce requin invisible ? La peur ou l’acceptation que nous sommes entourés de prédateurs ?
La peur, cela peut se comprendre après 3 attaques mortelles de requin en moins de 10 mois. Mais ce dernier est-il réellement le principal prédateur de notre océan? C’est moins sûr.
D’abord, à ce jour, chacun, autorités y comprises, a son explication sur ces attaques en série : réserve marine, pollution des ravines, réchauffement climatique, et plus récemment on aurait lancé une étude sociologique sur nos comportements et qui pourraient, dit-on, expliqué ces attaques de requins…
Mais faisons confiance aux experts qui sont parvenus, grâce aux marquages suivre les déplacements de ces prédateurs et bientôt, nous n’en doutons pas, ils sauront nous apporter les réponses que tout le monde attend, à savoir : pourquoi les requins nous attaquent ainsi ?
Moi-même pêcheur plaisancier à l’Etang Salé avec des amis passionnés, je n’avais pas d’avis particulier sur le sujet.
Mais j’entends régulièrement les conversations des artisans pêcheurs, de père en fils, sur le ponton du Bassin Pirogue, notamment après le dernier drame il y a deux semaines.
Il faut savoir que depuis plusieurs mois, deux requins bouledogues ont élu domicile entre la Ravine l’Autre bord et les vestiges de l’ancienne usine de four à chaux. Tous les pêcheurs de l’Etang Salé le savent, « mais personne i vien oir à nou. Toute façon i crois pas nou ! » explique l’un d’eux.
Pour ces véritables gens de la mer, la principale raison de ces attaques, ce n’est pas la Réserve Marine, c’est tout simplement qu’au large, les requins n’ont plus rien à manger. Et selon eux Il ne suffit pas de regarder ce qui se passe sur la plage, il faut lever la tête et regarder au large ce qui se passe.
En effet, il semblerait que la pêche intensive redouble d’activité depuis ces dernières années. Les longs-liners avec leur 90 kms de lignes se rapprochent de plus en plus de nos côtes. Parfois on les aperçoit aux limites des DCP (Dispositifs de concentrations de poissons), soit à 8 miles du rivage alors que leur limite de pêche est à 20 miles.
Et que dire de ces thoniers senneurs dont les immenses filets raclent tout sur leur passage, qui au lieu de rester dans leur de zone de pêche des 200 miles sont à 20 et 30 miles de nos côtes.
Ce qui explique pourquoi on retrouve parfois à moins de 6 miles des carcasses de tortues, de poissons ou des épaves composées de morceaux de filets et de bouées.
Autre constat relevé par nos pêcheurs, l’absence de bonites qui confirme cette pêche intensive trop près de nos côtes. « Vi connaît, longtemps ou té sorte déor, ou té bécque 3, 4 bonites. Koméla, na pu inne », soutiennent-ils.
On comprend mieux, dans ces conditions, pourquoi les requins affamés soient amenés à se rapprocher de nos plages pour manger.
Certes, des artisans pêcheurs qui siègent au Comité des pêches ont, depuis plusieurs mois, tenté de tirer la sonnette d’alarme, mais face à la force économique des armateurs, ils n’ont trouvé aucune écoute.
Pourtant, ces entreprises de pêche industrielle, bien que administrativement basées à la Réunion, ont leur chambres froides et unité de transformation à l’île Maurice…
Nous à la Réunion, nous devrons nous consoler, nous sommes qu’un garde manger. Et ce ne sont pas les expéditions punitives nocturnes sur la baie de Saint-Paul qui changeront quelque chose. Certains enterreront les carcasses de requin dans le sable, mais la peur restera intacte tant que le squale affamé viendra se nourrir sur nos plages.
Le gentil gouzou devrait bien se méfier de l’ombre du requin.



