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[Pierrot Dupuy] Non, l’affaire Benalla n’est pas une affaire d’état

Ecrit par Pierrot Dupuy – le vendredi 22 février 2019 à 16H59

?? [Pierrot Dupuy] Non, l’affaire Benalla n’est pas une affaire d’étatLes conclusions de la commission d’enquête du Sénat sur l’affaire Benalla tournent en boucle sur les chaines d’information. Chacun y va de son avis et les soi-disant spécialistes interrogés passent des heures à débattre pour savoir s’il s’agit ou pas d’une affaire d’état.

A écouter Philippe Bas, le président de la commission des Lois du Sénat, "il n’y a pas une affaire Benalla. Il y a une affaire de la Contrescarpe, il y a une affaire de passeports diplomatiques, il y a une affaire d’armes, il y a une affaire de contrat russe...". Sans compter les accusations portées contre l’ancien collaborateur du président Macron d’avoir menti sous serment devant la commission et d’avoir tenté de dissimuler des preuves. 

Pour autant, une fois qu’on s’est débarrassé des arrière-pensées politiques de sénateurs qui sont tous des opposants à Emmanuel Macron, soit qu’ils soient membres des Républicains, soit du parti socialiste, que reste-t-il concrètement ?

Pour moi, on a juste affaire à un jeune d’un peu plus de 25 ans qui tout d’un coup se retrouve propulsé, pour avoir parié sur le bon candidat aux présidentielles, au plus haut sommet de l’état, dans l’entourage direct du président de la République.

Pour un jeune qui vient de milieux pas spécialement très favorisés, avouez qu’il y a de quoi péter un câble !

Grâce à cette proximité, il rencontre des gens très importants mais surtout, il attire l’attention de certaines personnes plus ou moins louches, à la recherche de passerelles avec le chef de l’Etat.

En fait, l’affaire de l’agression de manifestants n’est qu’une broutille dans ce que l’on sait aujourd’hui, et surtout dans ce que l’on devine de ce qu’il faut bien appeler les affaires Benalla.

Le plus grave réside indubitablement dans cette affaire de contrats russes. Qu’est ce qui a bien pu pousser deux oligarques proches de Poutine, car il y a bien deux contrats et non pas un seul, à passer par Benalla pour assurer la protection de leurs familles, pour plusieurs centaines de milliers d’euros ?

Tout comme on peut s’interroger sur les raisons pour lesquelles, comme l’a révélé mercredi Valeurs actuelles, une société chinoise, « réputée proche de l’appareil d’état » a pu signer un autre contrat pour une valeur cette fois de 2,2 millions d’euros, avec Alexandre Benalla pour l’aider à créer une école de formation d’agents de sécurité en Chine.

C’est quand même étrange que l’ancien garde du corps du président de la République ne traite qu’avec des entreprises sulfureuses, proches de puissances étrangères dont on ne peut pas dire qu’elles soient nos alliées. 

Dès lors, on comprend mieux pourquoi Benalla a fait disparaitre le coffre-fort qui se trouvait à son domicile avant que celui-ci ne soit perquisitionné. Sans doute contenait-il, en plus de ses armes de service, les fameux contrats et craignait-il que les policiers ne mettent ainsi la main sur la preuve qu’il les avait négociés alors qu’il se trouvait encore en poste à l’Elysée. Comme les enregistrements révélés par Médiapart l’ont ensuite prouvé.

Pour autant, cela suffit-il à en faire une affaire d’état ? A mon sens, non. Nous avons juste affaire à un jeune, ébloui par les ors de la République, se pensant intouchable, et avide de tirer profit, en espèces sonnantes et trébuchantes, de sa proximité avec le chef de l’Etat.

Il y aurait affaire d’état s’il était prouvé demain que le président de la République et ses plus proches collaborateurs, avaient eu vent de ces magouilles et qu’ils les avaient couvertes.

Or, c’est loin d’être le cas pour le moment.

Par contre, ces révélations, qui ne sont peut-être pas finies, nous montrent simplement qu’au nom sans doute d’une amitié qui s’est forgée avec le temps, le président de la République a été on ne peut plus léger dans le choix des personnes amenées à le côtoyer. C’est regrettable mais ça prouve au moins qu’au-delà d’être président de la République, Emmanuel Macron reste avant tout un homme. Avec ses faiblesses d’homme…

 

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