[Pierrot Dupuy] Les drôles de comptes de Jean-Pierre Lallemand, repreneur du Quotidien…

Un proche du PCR « canal historique »
Jean-Pierre Lallemand à la base est un employé communal. Il travaille à 60% au CCAS de la ville de Saint-Pierre. Il y a été embauché il y a fort longtemps, du temps de la mandature d’Elie Hoarau.
Ce qui nous donne un premier indice : Jean-Pierre Lallemand est proche, très proche du PCR version « canal historique », celui des Elie Hoarau, Pierre Vergès, Christophe Rocheland, Aldo Miquel ou encore Doudou Gonthier. Ils se voient régulièrement au bar d’un hôtel situé sur le front de mer de St-Pierre.
Un employé au CCAS de St-Pierre
Dire qu’il « travaille » au CCAS est un abus de langage puisque dans les faits, il… ne travaille pas, bénéficiant d’une décharge syndicale au titre du syndicat dont il est président, le SAFPTR (Syndicat autonome de la fonction publique territoriale de La Réunion). Décharge à laquelle il ne pouvait normalement prétendre, n’ayant eu aucun élu aux élections syndicales. Il est donc passé par le syndicat national pour se la faire attribuer.
Pour 20% du temps qu’il lui reste, Jean-Pierre Lallemand fait fonction de directeur financier du syndicat mixte de l’aéroport de Pierrefonds où il passe un après-midi par semaine.
Pour résumer, Jean-Pierre Lallemand est donc un fonctionnaire territorial. Retenez ce point, car il sera très important plus tard.
Biotope, une association qui fait beaucoup de profits
Tout fonctionnaire peut être membre d’une association, voire même en être président. C’est ce que fait Jean-Pierre Lallemand qui outre ses fonctions de président du SAFPTR, a donc fondé en 2003 l’association Biotope dont il assure la présidence depuis presque l’origine.
Située à Petite Ile, Biotope Grande Anse comprend un ESAT (établissement et service d’aide par le travail) de 85 places pour travailleurs handicapés et un foyer d’accueil occupationnel pour une vingtaine de personnes porteuses de handicap. Le tout encadré par près de 80 salariés.
L’association vit grâce à des subventions de l’État via l’ARS et du Département. Les affaires marchent bien, au point que l’association a pu dégager un excédent cumulé d’environ 1,7M€ sur l’activité gérée pour le compte du Département et d’environ 900.000€ pour celle de l’État. Soit un total de près de 3 millions d’euros.
Une association n’ayant pas vocation à faire des bénéfices, l’État comme le Département auraient demandé à Biotope de geler ces sommes sur un compte de réserve, en prévision de coups durs à venir ou d’années plus difficiles.
Une autre association transformée en société
Toujours d’après nos sources et parallèlement, Jean-Pierre Lallemand avait créé une autre association, sorte de filiale de la première, dénommée Biotope Saveurs. L’idée était louable au départ : comme Biotope avait du mal à trouver des marchés pour faire travailler ses personnels handicapés, elle a décidé de créer ses propres activités, comme par exemple conditionner et ensacher des fruits et légumes pour les cuisines centrales.
Et pour parfaire la boucle, Biotope Saveurs a également racheté en 2022 une petite société, La Corbeille à Fruits, qui pratiquait l’importation de fruits et de légumes en provenance de différents pays, afin de les faire préparer par les travailleurs handicapés au sein de Biotope Saveurs.
Très vite, les responsables de l’association Biotope se sont aperçus que l’activité de Biotope Saveurs ne correspondait pas à l’objet social de l’association et ils l’ont donc transformée en SASU (société par actions simplifiée unipersonnelle) dont le seul actionnaire était à l’origine l’association.
Mais le 2 novembre 2023, Jean-Pierre Lallemand rachète 1 des 1000 actions de la société et il en devient président non plus au titre de représentant de l’association comme c’était le cas jusqu’à présent, mais à titre personnel. On n’est jamais trop prudent et l’avenir lui donnera raison puisqu’ayant été destitué de son poste de président de l’association Biotope par un jugement en référé de la présidente du tribunal de St-Pierre en date du 8 mars dernier, il peut malgré tout rester président de la société Biotope Saveur grâce à ce tour de passe-passe…
Un fonctionnaire également président de plusieurs sociétés et qui touche plusieurs rémunérations…
Au fait, dans son très long courrier adressé au JIR (vous savez, celui qui a disparu aussitôt mis en ligne), Jean-Pierre Lallemand a oublié de préciser comment il peut être à la fois fonctionnaire territorial et président d’une société, poste pour lequel il touche une rémunération. Chose totalement illégale…
De l’argent transféré des caisses de l’association vers les sociétés
Voilà donc Jean-Pierre Lallemand à la tête d’un joli pactole de près de 3 M€ qu’il est censé ne pas pouvoir utiliser. La tentation est trop forte et commencent alors les virements depuis les caisses de l’association en direction de celles de la société et de ses filiales.
Des administrateurs trop curieux remplacés
Et c’est là que selon les déclarations de l’ancien vice-président Gilbert Bigot au JIR du 9 avril dernier, lui et d’autres administrateurs auraient remarqué « il y a moins d’un an (…) que les comptes de 2022 n’avaient pas encore été clôturés. (…) Au risque de perdre des agréments de l’Etat notamment. Nous avons alors demandé une réunion en conseil d’administration, en présence d’un commissaire aux comptes et d’un cabinet comptable afin d’obtenir des réponses de Jean-Pierre Lallemand. Concernant les dépenses injustifiées et dont l’origine n’était connue que du président lui-même, ce dernier n’a pas daigné apporter d’explications. Sa seule réponse aura été d’exclure deux membres historiques du conseil d’administration. (…) Suite à cela nous avons alerté le procureur de St-Pierre. Cette fois, ce fut à mon tour d’être évincé ».
Ils furent tous trois remplacés par trois inconnus, en violation des statuts de l’association qui prévoient qu’il faut être membre de l’association depuis au moins 2 ans.
JP Lallemand destitué de la présidence de Biotope par le tribunal
Le personnel et les anciens administrateurs ont donc introduit un référé auprès de la présidente du tribunal d’instance de St-Pierre qui a entendu leurs demandes et a destitué Jean-Pierre Lallemand de son poste de président de l’association le 8 mars dernier et nommé Elise de Laissardière administratrice provisoire pour un an, « avec mission de la gérer et de l’administrer avec les pouvoirs les plus étendus ».
Là-dessus aussi, Jean-Pierre Lallemand ne s’étend pas dans son courrier envoyé à Clicanoo.
Des sociétés censées faire travailler des personnels handicapés…
Il aurait aussi pu profiter de ce courrier pour expliquer comment il se fait que la kyrielle de sociétés montées ou crées grâce à de l’argent économisé sur le dos de travailleurs handicapés et qui aurait dû servir à les faire travailler, n’en compte aucun à ce jour, ou alors si peu qu’aucun de nos informateurs n’en a vu ?
Pourquoi des investissements en Afrique du Sud ?
Il aurait également pu donner une explication aux investissements en Afrique du Sud dans la société Biopac, pour un montant, nous dit-on, d’environ 200.000€. Malgré plusieurs relances, ni les administrateurs, ni l’expert-comptable, ni la commissaire aux comptes n’ont pu avoir de réponse, raison pour laquelle la commissaire aux comptes a fait un signalement à la procureure de Saint-Pierre…
La suite au prochain épisode…
Nous en resterons là pour aujourd’hui car il se fait tard. Dans les prochains jours, nous vous ferons d’autres révélations sur le fonctionnement tout aussi « opaque » pour ne pas dire plus, du syndicat SAFPTR et sur les conditions du rachat par Biotope Saveurs, des sociétés ABN et ABN3D. Toujours dans le but d’y faire travailler soi-disant des personnels handicapés. Depuis un peu plus d’un an que la société a changé de mains, elle n’en a toujours pas vu la trace…
Et c’est cette société ABN qui détient depuis une dizaine de jours une minorité de blocage dans Le Quotidien aux côtés de Jean-Jacques Dijoux et Henri Nijdam…
Faudra qu’on m’explique le rapport avec l’insertion de personnes handicapées !



