[Pierrot Dupuy] Le Nouveau Front populaire et le RN ont révélé leurs programmes

La gauche unie au sein du Nouveau Front Populaire, et le Rassemblement national (RN) ont dévoilé des mesures radicalement opposées, suscitant de vives réactions de la classe politique à quelques jours du lancement officiel de la campagne.
Les propositions de la Gauche unie
La France insoumise (LFI), le Parti socialiste (PS), Europe Écologie-Les Verts (EELV) et le Parti communiste français (PCF) ont présenté un "contrat de législature" articulé autour de "20 actes de rupture". Parmi ces mesures phares, l'abrogation de la réforme des retraites, qui repousse l'âge de départ à 64 ans, est prévue "dans les 15 jours" suivant une éventuelle victoire.
Cette alliance, surnommée le "Nouveau Front populaire", prévoit également d'annuler la dernière réforme de l'assurance-chômage et la loi immigration adoptée en décembre dernier. Leur programme économique inclut une augmentation du SMIC à 1.600 euros net, une hausse du minimum vieillesse et le rétablissement de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) via un projet de loi de finances rectificative dès le 4 août.
Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, a déclaré lors d'une conférence de presse conjointe avec ses alliés : "Nous faisons le serment de rester unis pour changer la vie". Cette déclaration marque l'engagement de la gauche à présenter un front uni pour les prochaines élections.
Raphaël Glucksmann, ancienne tête de liste Place publique-PS aux Européennes et qui était resté étrangement muet depuis, a également rejoint cette alliance, tout comme l'ancien président socialiste François Hollande.
Ce programme reprend nombre des propositions de LFI en matière économique. En contrepartie, les PS a pu imposer ses vues sur des sujets internationaux comme la place dans l’Europe, le soutien à l’Ukraine ou la condamnation du Hamas et de l’antisémitisme. "Nous avons obtenu un soutien fort à l'Ukraine, à la construction européenne, et une condamnation des attaques du 7 octobre en Israël comme étant des actes terroristes", a déclaré Raphaël Glucksmann sur France Inter. Il a aussi nié la résurgence d'une "Nupes bis", affirmant que le projet actuel est très éloigné des propositions de LFI de 2022. La question de la désignation d’un futur Premier ministre en cas de victoire de ce Nouveau Front Populaire n’a cependant pas été tranchée. Raphaël Glucksmann a suggéré Laurent Berger, ancien secrétaire général de la CFDT, comme une "figure apaisante" pour diriger le gouvernement en cas de victoire.
Conformément à l'accord, LFI a obtenu environ 230 circonscriptions, le PS 170, les écologistes 90 et les communistes 50.
Les propositions du Rassemblement national
Parallèlement, le Rassemblement national (RN) a également dévoilé ses propositions. Jordan Bardella, président du RN, a annoncé 70 candidatures communes avec Les Républicains, malgré la contestation par l’ensemble des élus des Républicains d'Eric Ciotti, leur président, exclu après son rapprochement avec le RN.
Marine Le Pen, depuis son fief d'Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), a appelé à un "gouvernement d'union nationale" pour "sortir la France de l'ornière" face à une extrême gauche qu'elle qualifie de "très grand danger".
Jordan Bardella, pressenti pour le poste de Premier ministre en cas de victoire, a promis une loi facilitant les expulsions de délinquants et d'islamistes, et la suppression du droit du sol. Il a également annoncé vouloir baisser la TVA sur l'énergie et négocier une dérogation au marché européen de l'électricité pour améliorer le pouvoir d'achat des Français.
Sur les retraites, Bardella a précisé que cette question serait abordée "une fois réglé le temps des urgences", réaffirmant la priorité de son parti sur les questions immédiates comme le pouvoir d'achat et la sécurité.
Des propositions très critiquées
Le ministre de l'Économie et des Finances, Bruno Le Maire, a vivement critiqué les programmes des deux blocs.
Il a averti du risque de faillite pour la France si les mesures proposées étaient mises en œuvre, soulignant que ces propositions menaçaient le bloc central voulu par Emmanuel Macron. Sur France info, il a dénoncé les "mensonges en matière économique et financière" du RN et le "délire économique" de l'union de la gauche.
Il a notamment critiqué les propositions de baisse de TVA du RN, les estimant à 24 milliards d'euros de dépenses supplémentaires, ce qui contredirait ses plans d'économies pour 2024. Il a également prédit une situation similaire à celle vécue par la France en 1981 où juste après son élection, François Mitterrand avait ouvert toutes grandes les vannes des largesses, avant d’être contraint d’effectuer un virage complet avec la rigueur instaurée par le gouvernement de Pierre Mauroy.
Sondages et Perspectives
Selon un sondage OpinionWay pour CNews, Europe 1 et Le Journal du Dimanche diffusé vendredi, le Rassemblement national est crédité de 32% des intentions de vote pour le premier tour des législatives, devant l'alliance de gauche (25%) et la majorité présidentielle sortante "Ensemble pour la République" (19%).
Ces résultats montrent un partage de la France en 3 blocs mais n’augurent en rien le futur équilibre au sein de l’Assemblée nationale en passe d’être élue. Le scrutin uninominal à deux tours avantage grandement les partis les plus gros et il est probable, au vu de ce sondage, que le parti présidentiel et Les Républicains ne soient même pas présents au second tour dans nombre de circonscriptions.
Ce qui risque de chambouler considérablement le futur rapport des forces au sein de l’Assemblée.


