Pharmacies menacées à La Réunion : grilles baissées le 18 septembre

En colère contre un arrêté qui baisse les remises accordées sur les génériques et donc leurs marges, les pharmaciens alertent sur un risque de fermeture d’officines et de pénurie de médicaments. Ils fermeront leurs portes le 18 septembre si la situation reste bloquée. Dans le même temps, ils proposent un plan alternatif d’un milliard d’euros d’économies à l’État.
Loin de retomber, la colère des pharmaciens s’amplifie et s’organise, ici comme dans l’Hexagone. Ce vendredi matin, lors d’une conférence de presse à Saint-Denis, l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO) a annoncé que toutes les pharmacies de l’île seront fermées le 18 septembre. Une mobilisation nationale relayée localement comme un « cri d’alerte » face à une réforme jugée destructrice pour la santé de proximité.
Une conférence organisée en présence du député PS Philippe Naillet, du conseiller départemental Aurélien Centon, de la conseillère régionale Laëtitia Lebreton, et du président de la CPME Réunion, Gérard Lebon, venus apporter leur soutien aux pharmaciens.
Le modèle du générique "en danger"
Au cœur de la grogne : la décision du gouvernement d’abaisser depuis le 1er septembre le plafond des remises accordées aux pharmaciens sur l’achat de médicaments génériques, passant de 40 % à 30 %. Un mécanisme qui a pourtant permis l’essor des génériques, moins chers pour les caisses de la CGSS depuis 25 ans, rappellent les professionnels.
Résultat : le générique représente aujourd’hui, pour certaines molécules, jusqu’à 90 % des volumes, ce qui a permis de faire baisser fortement les prix.
« L’État fixe le prix du médicament avec les laboratoires et grâce à cette remise, les pharmaciens font des appels d’offres. Ce principe a par exemple permis à un médicament comme l’oméprazole, qui traite les brûlures d’estomac, de passer d’un tarif de 45 euros à 4,50 euros en plusieurs années », détaile dans Le Figaro Philippe Besset, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF).
Pour les syndicats, toucher à cet équilibre revient à fragiliser tout le système. La baisse de 10 points représenterait plus de 260 millions d’euros de pertes annuelles.
Lire aussi : Pharmacies en grève : un “cri d’alerte” pour la santé de proximité
Les pharmacies de proximité menacées
« Ce n’est pas une grève de confort mais un appel à la responsabilité », a posé d’emblée Sandy Araye, président du réseau Oté Pharma. Selon lui, le décret du 4 août est « une erreur majeure » qui risque d’entraîner la fermeture d’une trentaine d’officines à La Réunion, en particulier dans les Hauts et les quartiers populaires.
À l’échelle nationale, 400 pharmacies ont déjà fermé ces 12 derniers mois, alerte le porte-parole du syndicat Thomas Lécina. « Ici aussi une pharmacie ferme chaque année », prévient-il.
Celles qui seront les plus fragilisées sont d’abord les pharmacies des quartiers, des écarts et des Hauts, insiste le syndicat. « Notre objectif est clair : éviter que l’accès aux soins et aux actes pharmaceutiques en ville ne se dégrade davantage », souligne Loïc Lomé, président de l’USPO à La Réunion.

Des pénuries déjà bien réelles
Autre conséquence immédiate : l’aggravation des ruptures de médicaments.
« Nous devons déjà parfois interrompre ou changer le traitement d’un patient équilibré, il y a une rupture d’égalité d’accès aux soins et malheureusement les exemples abondent », déplore un porte-parole.
Il cite un cas concret : celui de la rupture, ces dernières semaines, d’un générique d’un antihypertenseur. « Nous avons pu obtenir, par chance, le médicament original, mais celui-ci n’est plus pris en charge complètement par l’Assurance maladie et le patient se retrouve à payer un dépassement ».
Un phénomène appelé à s’accroître : « Nous avons déjà du mal à nous approvisionner parce que nous faisons partie des pays les moins chers d’Europe. Dans la compétition internationale nous sommes les derniers servis. Avec cette réforme, les laboratoires annoncent que la moitié des répertoires génériques sont arrivés à leur seuil de rentabilité. Ce qui va se passer, c’est que la pénurie va se renforcer par la disparition d’une moitié du répertoire ».
“1% des médicaments = 42% des dépenses”
Les pharmaciens soulignent que, loin de générer des économies, l’arrêté crée au contraire des dépenses supplémentaires avec un risque de renoncement aux soins, d'un transfert vers les urgences « déjà saturées », des pertes d’emplois (2 000 directs et 1 500 indirects à La Réunion) ou encore une menace sur l’octroi de mer.
Pour Sandy Araye, la mesure passe à côté du vrai problème : « Le gouvernement se trompe de cible. Il s’attaque aux génériques, alors que 1 % des médicaments – ceux dits innovants – représentent à eux seuls 42 % des dépenses de médicament en ville. C’est là qu’il faut agir. Un médicament lancé à 7 500 euros la cure en 2019 peut-il rester au même prix dix ans après ? »

Un plan alternatif d’économies
Les trois responsables syndicaux ont présenté un mémoire contenant plusieurs pistes évaluées à plus d’un milliard d’euros d’économies annuelles qui permettraient, selon eux, de préserver le réseau officinal :
- Mieux cibler le générique et élargir le répertoire : +100 M€/an
- Renforcer la prévention en pharmacie (vaccination, dépistage) : +100 M€/an
- Lutter contre la prolongation abusive des brevets : +200 à 250 M€/an
- Renégocier les prix après trois ans : +150 à 200 M€/an
- Réformer le crédit d’impôt recherche pour l’industrie pharmaceutique : +150 à 250 M€/an
« Ces solutions sont crédibles, documentées et responsables. Elles permettent de réaliser plusieurs milliards d’euros d’économies sans briser la pharmacie française et sans abandonner les patients », défend Sandy Araye.
Une mobilisation appelée à durer
Au niveau national, les représentants syndicaux ont été reçus jeudi à Matignon par le directeur adjoint du cabinet du Premier ministre. Mais la rencontre n’a débouché sur aucune avancée concrète.
Faute de suspension du décret, la mobilisation ne s’arrêtera pas au 18 septembre, date d'une première fermeture généralisée . Elle pourrait même se durcir, avec la menace d’une fermeture hebdomadaire chaque samedi à partir du 27 septembre.
Dans le même temps, le président de l'UPSO à La Réunion tient à "rassurer les patients, les pharmaciens resteront toujours engagés pour leur santé. Nous voulons protéger l'accès à des soins de qualité. Fragiliser la pharmacie à La Réunion, c’est comme retirer la dernière pierre d’un pont fissuré : tout l’édifice risque de s’effondrer ».


