Pédopornographie : "Je ne m'approche pas de mes enfants car j'ai peur"

C'est volontairement que le prévenu ne sera ni cité, ni reconnaissable. Si il a répondu de ses actes devant la justice, sa famille n'a pas à être éclaboussée par des faits qu'elle ne maitrise en rien.
Il est 21 heures passé ce mercredi dans la salle 1 du tribunal judiciaire de Saint-Denis lorsque l'audience de comparution immédiate doit étudier le dossier d'un homme de 31 ans qui comparait libre, sous contrôle judiciaire. Il lui est reproché d'avoir consulté, détenu, importé, offert et mis à disposition des images de mineurs présentant un caractère pornographique entre avril 2018 et Juin 2021. Les chiffres sont accablants. Les enquêteurs ont trouvé 180 000 fichiers dont plus de 16 000 sont des images ou des vidéos de très jeunes enfants (4-5 ans) et de bébés.
"Mais t'es fou, t'es malade", lui dira sa femme, le surprenant en plein acte de masturbation
Cet homme, qui est inconnu de la justice, est marié, père de 2 enfants et passe ses journées à chercher sur la toile le moindre fichier représentant des enfants. "Mais t'es fou, t'es malade", lui dira sa femme, le surprenant en plein acte de masturbation devant ces atrocités. Il indiquera lors de l'enquête qu'ils ont pourtant une vie sexuelle normale et que depuis, elle ne le laisse jamais seul avec ses enfants. "Je ne m'approche pas de mes enfants car j'ai peur de ma réaction. Je ne suis jamais passé à l'acte", a-t-il indiqué aux enquêteurs.
À la barre, le président Bruno Karl a beau essayer de comprendre, rien n'y fait. "Vous vous rendez compte de ce que vous faites ? Il y a de vrais enfants derrière tout cela, c'est insoutenable !", s'exclame le président avec fermeté et maitrise. "C'est plus fort que moi, je ne peux pas m'en empêcher", répond benoitement le prévenu.
Tous ces fichiers proviennent de plateformes "Peer to Peer" qui fonctionnent sur le principe d'échanges. "Au début, c'était des enfants pas nus et après, j'ai fait des recherches sur des moteurs de recherches", explique le trentenaire au tribunal. "Vous qui ne savez ni lire ni écrire, vous paraissez particulièrement doué en informatique", rétorque le président, persuadé que ce n'est en aucun le fruit du hasard. "Mais comment vous pouvez faire ça ?!" insiste t-il. "Je ne sais pas", sera la seule réponse plausible qu'entendra le tribunal. "Mais que faire de vous Monsieur. Vous proposez quoi ?", s'interroge le président, constatant qu'il ne peut pas s'en empêcher. "Je crois que je suis malade", répond le père de famille. "Le tribunal est embarrassé par votre personnalité", reprend le président.
"C'est ma belle-mère, et ça ne s'est passé qu'une seule fois"
L'expertise psychiatrique, qui conclut que l'homme est atteint de troubles pédophiles, note pour autant qu'il n'y a pas d'état de dangerosité chez lui. Inquiet, le parquet relève également la présence de vidéos sur son téléphone de deux scènes pouvant s'être déroulées à la Réunion. Une dans une salle de bain, l'autre montrant des images prises sous la jupe d'une femme. "Oui c'est moi, c'est une dame que je connais. Je l'ai vue et je lui ai demandé pardon", explique le prévenu. Son avocat vole immédiatement à son secours : "Dites au tribunal qui est cette dame", afin qu'il passe pas pour plus pervers qu'il n'est ... "C'est ma belle-mère, et ça ne s'est passé qu'une seule fois", répond son client.
"Je ne suis absolument pas rassurée", explique la procureure de la République. "Derrière ce système de 'peer to peer', ce sont de vrais enfants. Le pire, c'est qu'il y a beaucoup d'images de bébés dont au moins deux scènes de viol ! Le psychiatre est formel, il lui faut une prise en charge d'autant que le passage à l'acte n'est pas à exclure. Je vais privilégier la détention pour qu'il y ait un électrochoc ! Je demande 18 mois de prison dont 12 mois de sursis probatoire renforcé pour une période de 3 ans, des obligations de soins et de travail, l'interdiction définitive de toute activité avec des mineurs ainsi que l'inscription au fichier Fijais (Fichier judiciaire automatisé des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes)", requiert le parquet.
"Ma première impression, c'est le dégoût ! C'est irregardable"
"Ma première impression, c'est le dégoût ! C'est irregardable mais lui les a regardées pendant 2/3 ans. Il les a trouvées dégueulasse, mais il a continué", rebondit la défense. "Ce dossier est un peu hors norme au regard de la quantité mais il n'a pas non plus importé une photo à la fois, ce sont des planches de plusieurs fichiers, ce qui est clairement une infraction. Pour autant, ce n'est pas un délinquant, c'est un malade ! Juridiquement, ce n'est pas un pédophile car il n'est jamais passé à l'acte. Ceux qui sont derrière ça en revanche, ne sont malheureusement jamais inquiétés ni jugés. Que dire ? Qu'il est malade ? Oui je le crains. Je vous rappelle que le procureur avait les photos lors de son déferrement mais n'a pas demandé la détention, estimant qu'il n'est pas dangereux mais malade."
"Depuis, il n'a plus d'ordinateur chez lui et cette histoire l'a libéré. Il m'a dit : 'Je suis content de m'être fait arrêter'. Il faut le sortir de chez lui, l'occuper. Il faut le soigner, le suivre. Maintenant, il s'occupe de ses enfants, il n'a plus peur de les approcher. Je vous demande de ne pas l'incarcérer comme l'a dit le psychiatre. Je vous demande des travaux d'intérêts général. Sa rédemption passe par le travail", plaide la défense.
"Je sais ce que j'ai fait, mais je peux changer"
Face à la complexité de ce dossier, le tribunal déclare le prévenu coupable et le condamne à la peine de 3 ans de prison avec sursis probatoire renforcé pour une période de 3 ans. Le père de famille devra également se soumettre à toutes les obligations demandées par le parquet. Il lui est fait interdiction de travailler avec des mineurs de manière définitive. "Je sais ce que j'ai fait, mais je peux changer" seront ses derniers mots.


