Orelsan, les droits fondamentaux et le pouvoir
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Nos politiciens pseudo-féministes feignent d'ignorer qu'Orelsan vient de se faire doublement primer aux Victoires de la musique 2012. Ces récompenses l'ont sacré dans deux catégories, dont les lauréats sont respectivement désignés par le public, et par les professionnels. En ce qui me concerne, j'ai voté pour la chanteuse L. Néanmoins, je suis rétrospectivement satisfait du résultat final, étant donné la polémique indigne qui agite maintenant le monde politico-culturel de notre île.
Victoire de la misogynie ? Pas selon l'association Ni Putes Ni Soumises, qui a salué son deuxième album, sans lui pardonner sa vieille chanson "Sale pute".
Rappelons qu'Orelsan n'interprète jamais sa "fameuse" chanson en concert, ni dans aucun album. En 2009, quand la polémique avait éclaté en métropole, Orelsan avait laissé tomber dans l'oubli depuis deux ans cet essai artistique sans intérêt. C'est alors que des féministes, parmi lesquelles une association dont j'approuve toutes les actions, sauf à propos de Saez et d'Orelsan, ont soudainement exhumé cette chanson de nulle part. Ce sont les Chiennes de garde qui ont massivement diffusé auprès des jeunes cette chanson autrefois inconnue, tout en imposant leur interprétation machiste erronée.
Pour la deux millième fois, rappelons aussi que l'histoire racontée par cette chanson n'est qu'une fiction, dont il ne faut surtout pas confondre l'auteur et le narrateur. Ostraciser Orelsan à cause de "Sale pute" serait exactement aussi débile, et à côté de la plaque, que d'interdire tous les ex-auteurs de fictions sur la Seconde Guerre mondiale, qui ont montré des personnages nazis qui tiennent des propos racistes et enchaînent les crimes racistes à la pelle.
Je suis évidemment favorable aux lois qui assument le choix de restreindre la liberté d'expression pour des enjeux de sexisme. Mais dans ce domaine, l'erreur judiciaire est impardonnable, car elle touche à nos libertés fondamentales et à l'équilibre des pouvoirs. De même que je suis pour les lois contre le négationnisme de la Shoah. Tout en admettant que, par certains aspects, ces lois peuvent être considérées comme contraires au principal pilier de la démocratie. Après tout, il "suffirait" à un despote de contrôler vraiment la liberté d'expression pour ne plus avoir besoin de truquer des élections.
Il revient uniquement à l'Assemblée nationale et au Sénat, d'établir les modalités du "racket" légitime à travers les impôts, de la "séquestration" légitime à travers les gardes à vue, et de la "censure" légitime à travers les condamnations civiles et pénales. Or, le Conseil régional n'est pas une autorité habilitée à exercer la censure à travers un abus de pouvoirs, qui lui ont été conférés sans rapport avec la régulation de la liberté d'expression.
Les vrais symboles de la puissance masculine, bien plus néfastes qu'Orelsan, ce sont les hommes politiques. C'est pourquoi, je propose qu'à l'Assemblée nationale, au Sénat et dans tous les conseils régionaux, généraux, territoriaux et municipaux, la parité devienne obligatoire dans tous les groupes, commissions et bureaux.
Puisque chaque homme devra obligatoirement avoir un suppléant de sexe opposé, alors il suffira aux mâles excédentaires de démissionner pour pouvoir constituer des groupes, commissions et bureaux conformes à la loi. Si les mâles excédentaires ne sont pas assez nombreux à démissionner, alors leur parti politique devra se contenter d'un groupe minuscule, comportant seulement deux fois plus de sièges que de femmes. Les mâles excédentaires auront toujours le droit de vote en assemblée plénière. Par contre, ils ne pourront mathématiquement pas siéger au sein des commissions et des bureaux, vu que ces derniers seront composés d'un nombre égal d'hommes et de femmes. Dans le cas des députés et des conseillers généraux, le titulaire et le suppléant de sexe opposé sont élus, en même temps, sur le même "ticket". En conséquence, la démission du titulaire pour des problèmes de parité ne pose aucun problème constitutionnel. Aucune sanction financière pour la parité en politique n'a jamais eu d'effet dissuasif par le passé. Les propositions des candidats à la présidentielle sont donc notoirement insuffisantes.
Mathieux Leveneur


