Nuisances sonores à Saint-Denis : dos à dos, bar et riverains recherchent tous deux la « tranquillité »

L’activité nocturne d’un bar-restaurant « nuit » à la tranquillité de certains habitants d’une résidence de Saint-Denis située dans le carré d’or. Interrogé, l’établissement recevant du public nous apprend rechercher lui aussi la « tranquillité ».
Comment perdre la tranquillité de son lieu d’habitation en moins de deux. Les habitants d’une résidence de Saint-Denis l’ont appris à leurs dépens en 2024. Toutefois, les nombreux contrôles de police n'ont constaté aucune infraction.
Sous les fenêtres des habitants d'une résidence, un bar-restaurant est venu ouvrir ses portes. L’établissement s’est installé dans une maison créole disposant d’un jardin et a donc pour voisin immédiat… une résidence construite il y a vingt ans.
« Je ne sais pas combien de temps il faut pour qu’un établissement se mette aux normes. On nous demande de patienter mais c’est pas possible de supporter ce bruit jusqu’à 1h du matin (note de la rédaction : l'établissement ferme à 00H30). Personnellement je vais bosser à 5h », bouillonne une habitante de cette résidence.
Comme certains de ses voisins, elle n’en peut plus de subir le son émanant du bar-restaurant, un établissement qui a ouvert ses portes en mai dernier. La cohabitation aurait pu bien se passer si l’établissement n’avait pas eu l’idée de programmer des sets d’animation musicale orchestrés par des DJ. "Au début le problème c’était la musique, des contrôles ont été effectués ne révélant aucun trouble donc maintenant ces voisins se rabattent sur un soi disant bruit des clients. Sauf que, depuis, aucun nouveau contrôle de police n’a été effectué. Donc soit les voisins n’appellent plus la police car savent pertinemment que leurs demandes sont infondées, soit la police se déplace et ne constate aucun trouble et ne prend pas le peine de nous déranger pendant que nous travaillons", affirme la direction de l'établissement.
L'autre nuisance non avérée, juridiquement parlant, que reprochent ces voisins, provient donc des rires et des discussions à voix haute des clients lorsqu’ils passent leur soirée côté cour.
"La plupart des gens ici sont propriétaires"
« Je suis arrivée dans cette résidence il y a 19 ans. La plupart des gens ici sont propriétaires, comme moi, de leur appartement », avise Nadine (prénom d’emprunt) comme pour dire que ce n’est ni son souhait ni de son intérêt de quitter les lieux en s’avouant vaincue par les nouveaux arrivants. Le profil des résidents donne également un aperçu du calme qu’ils étaient venus rechercher dans le carré d’or du chef-lieu au moment d’acquérir leur bien. « C’est une résidence d’une vingtaine d’appartements, il y en a à peu près 14 qui sont occupés par des personnes de plus de 60 ans. La personne la plus âgée a 90 ans », décrit-elle la typologie de l’endroit.
Depuis les premières nuisances, les voisins ne sont pas restés les bras croisés. Ils sont allés à la mairie au service ERP (établissement recevant du public) pour tenter de savoir si l’installation était conforme à la réglementation, de quelles autorisations le bar a bénéficié et si une obligation d’insonorisation n’était pas censée accompagner l'ouverture de ce type d’activité proche des habitations. « On a fait la demande en mairie c’était fin mai, on a toujours rien ! », déplore un membre du syndic de copropriétaires. En plus du service ERP, ils ont poussé la porte de la police municipale, sont allés jusqu’à signaler les désagréments à la police nationale lorsque le bruit devenait insupportable selon ces voisins, et ont sollicité l’attention de plusieurs élus parmi lesquels Gérard Françoise, le député Philippe Naillet et la maire durant son émission radiophonique du samedi matin.
Les habitants importunés ont aussi fait appel à un huissier. « Un jour, il est resté pendant des heures, jusqu’à la fermeture à 1h (note de la rédaction : l'établissement ferme à 00H30) pour tout consigner », évoque Nadine.
Les polices nationale et municipale passent sans rien à redire
Contactée le 23 décembre afin de savoir ce qu’elle comptait entreprendre ou avait déjà entrepris dans ce conflit de voisinage si courant en zone urbaine, la mairie n’a pas donné suite à nos questions.
De son côté, le directeur général du bar-restaurant se défend à son tour face aux attaques de certains résidents qu'il estime infondées. D'ailleurs, la vidéo présentée lors de la publication de l'article, et retirée depuis, était une capture réalisée le soir de la fête de la musique, jour où effectivement une plus grande tolérance est de mise. En temps normal, l'établissement fonctionne toujours avec une « musique d’ambiance » et des DJ. Ces animations musicales n'ont jamais cessé puisqu'elles se font uniquement à l'intérieur.
Devant ce qu'il appelle un refus de dialoguer de la part des voisins mitoyens s'estimant gênés, le directeur général confirme que l'installation d'un afficheur sonore est en cours. Un acousticien est à l'oeuvre pour trouver le meilleur emplacement possible pour la configuration optimale du système de sonorisation.
"Les policiers de la Police nationale sont passés dix fois ! Pas une, pas deux, pas trois,... à dix reprises et les dix fois où ils sont passés ils n'ont constaté aucune infraction. Pareil pour la police municipale qui s'est présentée à cinq reprises dans mon établissement dont trois fois avec un officier qui est passé trois fois dans la même soirée pour établir un rapport au terme duquel il mentionnait qu'il n'y avait pas de nuisances non plus", ajoute le DG.
S’il confirme disposer d’une licence 4 sur le plan réglementaire, son directeur délégué concède qu’un dernier document est en cours d’élaboration. Plus précisément, il doit être refait. Il s’agit du diagnostic acoustique dont les mesures ont été prises dans la cour de l’établissement alors que les micros auraient dû être installés dans l’habitation voisine la plus proche. Les mesures doivent être prises chez le voisin dans des conditions normales d’activité.
« Nous souhaitons pouvoir faire notre métier en toute bienveillance, dans un climat serein et apaisé »
« Nous souhaitons pouvoir faire notre métier en toute bienveillance, dans un climat serein et apaisé », explique le directeur général. « Pour ce faire nous investissons des sommes importantes qui impactent nos finances. C’est dur pour une jeune entreprise comme la nôtre mais c’est le prix de la vérité et de la tranquillité »
Le bar disposera en effet d’un afficheur - enregistreur qui, comme son nom l’indique, enregistrera le volume de décibels délivré à l'intérieur chaque soir et ces données pourront être consultées à tout moment par l’ARS, même des mois plus tard. Un outil qui agira comme un gage de vérité pour éviter toutes les interprétations possibles et imaginables de part et d’autre. L’objectif final étant de recréer un lien de confiance entre les riverains des numéros 76 et 78 de cette rue du carré d’or. Car à ce stade, le dialogue se limite à de la défiance réciproque.
« Ce qui est malheureux c’est qu’aucun de ces voisins n’est venu dans une démarche constructive pour parler de solutions. Les seules fois qu’ils sont venus c’était de façon totalement hystérique pendant une soirée. À partir de là on ne peut pas avoir vraiment d’échanges », évoque le directeur délégué du bar alors qu’en face, les voisins tiennent le même discours : « J’étais à bout un samedi, j’ai pris contact avec un autre gérant qui m’a dit que pour lui la musique était faible. Alors je lui ai dit de venir chez moi. Il a bien entendu la musique, a pris acte, a fait la tournée du bâtiment. 'Fermer les volets et mettre la clim' ça été sa réponse même si après il nous a dit qu’il allait arranger ça », s’en rappelle une voisine qui attendait donc, fin décembre, que les promesses soient tenues.
De son côté, le directeur général a lui aussi eu au moins une raison de recourir aux policiers nationaux. C'était lorsqu'un voisin s'est mis à son balcon pour crier sur les cinq clients qui étaient installés côté cour, à 17 heures ce jour-là, sans qu'il n'y ait aucune musique, assure l'établissement. Il ne comprend d'ailleurs pas la démarche de ces plaignants dans la mesure où une voisine et une résidence en face n'ont, quant à elles, jamais fait part de problèmes. Preuve de son envie d'instaurer un bon climat, le directeur général ajoute avoir donné son numéro mais que "le dialogue est rompu. Il n'y a aucune possibilité de discuter".
La démarche avec l'acousticien a été enclenchée "non pas parce qu'on n'est pas dans les clous mais pour mettre fin à toute complainte de personnes mal intentionnées", analyse ainsi le directeur général du bar-restaurant. La mise en place de l'afficheur sonore devrait ainsi permettre d'y voir plus clair dans les deux interprétations.


