Nouveau maire de Saint-Leu, Karim Juhoor veut tourner la page et rassembler

À peine élu à la tête de Saint-Leu, Karim Juhoor fixe le cap. Refus des polémiques autour du scrutin, appel appuyé à l’apaisement, volonté de rompre avec certaines pratiques. Le nouveau maire entend avancer vite, mais sans précipitation. Entretien.
La nuit a été courte pour Karim Juhoor. Le nouveau maire de Saint-Leu le reconnaît d’entrée, encore « un peu fatigué » après le marathon politique de ces dernières semaines . À 35 ans, le docteur en physique appliquée, chef d’entreprise, et père d'un marmaille de quatre ans prend les commandes avec une ligne simple : « rester en phase avec la population ».
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Sur les possibles recours engagés par Thierry Robert, le ton est posé, mais sans ambiguïté. « C’est le jeu des municipales », lâche-t-il. Mais pas question d’entretenir le doute. « Ne cherchons pas à transformer un problème de micro en problème de comptage de voix ». Les équipes adverses étaient sur le terrain, « s’ils avaient observé un problème, l’information lui serait remontée bien plus tôt ». Avec une lecture politique de cette position de l'ancien député-maire. « C'est une manière de continuer à mobiliser ses militants pour tenter d’exister ».
Classé “divers centre” par les services du ministère de l'Intérieur, Karim Juhoor affirme ne pas se reconnaître dans cette appellation. Correction immédiate « nous sommes tout simplement divers ». Revendication claire : « nous sommes une liste citoyenne ».
Une présidence tournante pour le TO
Sur l’intercommunalité, peu de contacts pour l’instant. Outre quelques SMS échangé avec Olivier Hoarau durant la campagne, le nouveau maire n'a pas encore pu discuter avec les autres édiles de la micro-région Ouest. Il note quand même un échange rapide avec Emmanuel Séraphin, maire de Saint-Paul et président du Territoire de l’Ouest, croisé dans les studios de nos confrères de Réunion La1ère . Mais une position déjà tranchée pour la direction que doit prendre le TO. « Je suis pour une présidence tournante », confirme Karim Juhoor. Message envoyé « les autres villes ne doivent plus être la dernière roue du carrosse ». Et avertissement « il ne faut pas s’imaginer que les votes des conseillers saint-leusiens seront assurés ».
Sur les grands projets, retour au concret. Le train « intéressant, mais sur le long terme ». L’urgence est ailleurs pour le nouvel édile de Saint-Leu « nous avons des problèmes urgents aujourd’hui, sans des investissments ou des infrastructures lourdes ». Priorité aux solutions rapides, notamment pour « renforcer les liaisons entre les hauts et les bas ».

Première étape : un bilan financier
À la mairie, pas de précipitation. Première étape « un bilan financier complet ». Impossible d’avancer sans visibilité. En parallèle, un symbole « recevoir la population au rez-de-chaussée ».
Mais la tension est encore là. « Ce n’est pas encore derrière nous ». Pressions, climat lourd, inquiétudes personnelles « j’ai toujours des craintes pour ma famille ». Alors le message revient, encore et encore « j’appelle à l’apaisement et à la réconciliation ». Signe des pressions que lui et son équipe « ont subis durant toute la campagne», Karim Juhoor a dû laisser son fils chez ses proches, loin de Saint-Leu et de la soirée où il fêtait sa victoire.
Une image forte s’impose déjà. Celle de Bruno Domen aux côtés du nouveau maire. Présent en mairie pour l'annonce des résultats, le maire sortant a accompagné Karim Juhoor jusqu’à l’estrade dressée devant la mairie, avant de lui prendre le bras, tel un arbitre de boxe présentant le vainqueur du match. Prenant la parole avant lui, pour dénoncer le risque du « chaos» en cas de victoire de Thierry Robert. Un geste salué par le nouveau premier magistrat de la ville après sa « décision courageuse ». Une autre manière de faire de la politique. « Je préfère qu'on se sépare en se serrant la main ».

« Les larmes de soulagement » des agents à la mairie le soir des résultats
Même logique pour la suite. Pas de chasse aux sorcières pour les agents communaux. « Il n’y aura pas de règlement de comptes politique sur le dos des employés municipaux». Derrière les fonctions, le nouveau maire souligne que « derrière les engagements durant les campagne électorales, il y a des hommes et des femmes qui travaillent pour nourrir leurs familles ». Une scène lui reste en tête « les larmes de soulagement » de certains agents municipaux, marqués par la campagne. Cap fixé pour la nouvelle équipe : « dépolitiser les emplois communaux ». Objectif assumé, tourner la page « d’un modèle d’un autre âge ». Installer une autre culture.
Impossible aussi d’ignorer l’ADN de la commune. La mer, le surf. Un lien personnel revendiqué « nous avons grandi dans la mer ». Et une promesse « une présence humaine continue » pour sécuriser les spots.
Le poids de la fonction est bien là. « J’en ai la boule au ventre ». Mais pas question de se dérober. Karim Juhoor veut se donner une ligne de conduite claire : « rester sur le terrain pour garder les pieds sur terre ».
Face à lui, l'opposition de Thierry Robert [élu conseiller municipal et communautaire, ndlr] est attendue. Acceptée même, « je veux que la démocratie vive ». Mais avec des limites « pas de place pour la violence et les débats stériles ». L’objectif est clair « tirer Saint-Leu vers le haut, c'est que veulent les habitants».


