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N. Hoarau, pêcheur sur St-Gilles: "Toutes nos prises sont bouffées"

Ecrit par zinfos974 – le vendredi 27 juillet 2012 à 10H26

Hier, devant la préfecture de Saint-Denis, les surfeurs n'étaient pas les seuls à manifester leur colère face à la problématique requin suite à l'attaque qui a coûté la vie à Alexandre Rassiga sur le spot de Trois-Bassins. A leurs côtés, des pêcheurs professionnels avaient fait le déplacement pour demander la même chose que les surfeurs: permettre le prélèvement de requins par les pêcheurs plaisanciers et pas seulement professionnels et un déplacement de la réserve marine. Des revendications qui n'ont pas été "satisfaites" par la Préfecture.

Pour Nicolas Hoarau, pêcheur professionnel à Saint-Gilles depuis 1989, la prolifération de requins qu'il dénonce complique son travail de tous les jours. "Je suis pêcheur de pélagiques (ndlr: poissons vivant en eau profonde et au large), avant je pouvais pêcher à la côte en cas de mauvais temps. Maintenant, pour trouver du poisson, il faut aller de plus en plus au large", explique-t-il, lui qui pêche tous types de poissons pélagiques et également du requin.

Le pêcheur saint-gillois dénonce la surpêche des chalutiers au large de la Réunion. "Un chalutier ramène 300 tonnes de poissons. Sur les 300 tonnes, 100 tonnes sont des dauphins, tortues et requins morts et sont rejetées à la mer", précise-t-il. Pour lui, le problème vient de la surpêche des requins au large, ces derniers se massent le long des côtes réunionnaises. Une situation "aggravée" par la création de la réserve marine, "un véritable garde-manger, notamment pour les requins bouledogues". "J'ai compté l'année dernière entre quatre et 8huit requins sur Saint-Gilles, aujourd'hui ils ont triplé (…) On a fait une réserve marine en pleine zone de baignade, c'est une hérésie", souligne-t-il.

"(...) les trois prises sont bouffées par les requins"

"On avait l'habitude d'aller pêcher sur le sec de Saint-Paul", poursuit le pêcheur. Le "sec" est un plateau à 4 miles nautiques au large de Boucan Canot avec une profondeur d'environ 50 mètres. "Avant, quand on faisait des prises de thons ou carangues on arrivait à en remonter entier. Aujourd'hui, je fais trois prises, les trois prises sont bouffées par les requins", précise Nicolas Hoarau.

Il y a deux semaines, le préfet a décidé de prendre un arrêté interdisant le rejet en mer des déchets de poissons à une distance réglementaire des côtes. "On a toujours fait ça, assure le pêcheur. Les déchets sont jetés à 5 ou 6 miles des côtes et coulent au fond, tu nourris les espèces au fond, c'est un cycle. Ce n'est pas de la pollution. Quand tu jettes une cigarette à la mer où quand les villes rejettent toutes leurs merdes (ndlr: rejet d'eaux usées) à la mer, ça c'est de la pollution", lâche-t-il. On sait par ailleurs que les requins bouledogues sont "friands" des embouchures de ravines ou d'endroit où l'eau est particulièrement trouble.

"Les requins ont toujours existé, mais si tu laisses faire les prédateurs, ils reprennent le terrain (…). Un chien qui vous mord, on l'euthanasie. Un requin qui tue, on le laisse vivre, merci l'écologie (…). La réserve marine a été mise en place pour protéger le récif et le lagon. Résultat, tout le monde se baigne dans le lagon. Aujourd'hui il y a une surpopulation dangereuse pour le lagon, ajoute-t-il. Si rien n'est fait, le prochain accident arrivera dans le lagon, rien n'empêchera un bouledogue de se faufiler à l'intérieur".

 

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