Revenir à la rubrique : Courrier des lecteurs

Mr le Préfet, je ne défilerai pas le 14 juillet

Monsieur le préfet, pour le 14 juillet, vous avez invité notre ONG dont je ne suis qu’un maillon de la chaîne de bénévolat, à défiler aux côtés des militaires. Mais malheureusement, je ne souhaite pas participer à cette parade et encore moins à la garden-party. Mon refus a pour cause la situation actuelle de la […]

Ecrit par Georges Donald POTOLA – le mardi 12 juillet 2022 à 07H03

Monsieur le préfet, pour le 14 juillet, vous avez invité notre ONG dont je ne suis qu’un maillon de la chaîne de bénévolat, à défiler aux côtés des militaires. Mais malheureusement, je ne souhaite pas participer à cette parade et encore moins à la garden-party.

Mon refus a pour cause la situation actuelle de la France et plus particulièrement notre département qui ressemble étrangement à l’époque de la prise de la Bastille, le début de la Révolution française.

Les historiens racontent, qu’en 1789, juste avant la prise de la Bastille, la France avait connu une période de crise majeure… Le prix du pain avait atteint des sommets, le travail était rare, le pouvoir d’achat des plus pauvres avait dégringolé et plusieurs épisodes de famine ont fait leurs apparitions ce qui avait poussé le peuple à se révolter.  

Or aujourd’hui, notre département s’enfonce dans la pauvreté, la politique du gouvernement a jeté à la rue des familles entières et notre ONG est engagée sur tous les fronts. Dans ce combat, le régiment des maraudeurs auquel j’appartiens intervient la nuit auprès des exclus, les plus pauvres parmi les pauvres, ceux qui n’ont rien à part quelques lambeaux de vêtement et qui ne figurent pas non plus dans les chiffres de l’INSEE sur la pauvreté.

Un monde silencieux, mais terrible, d’où la violence physique et morale font craquer les hommes les plus durs  en quelques jours, ces derniers se métamorphosent physiquement, moralement, et sombre dans la psychiatrie. Il n’y a pas de mot pour décrire tellement que la situation est épouvantable.

La nuit pour les sans-abris c’est encore plus terrible que le jour, des femmes avec leurs enfants mineurs se cachent de peur qu’on les sépare, qu’on les place dans des foyers inadaptés. Celles qui débarquent ne savent pas toujours le vrai danger et se font systématiquement violer et les plus rodées se cachent dans des coins reculés, dans des ravines là où les véhicules des agresseurs ne peuvent rouler et là dans le noir total ils sont plus ou moins à l’abri.

Le rêve de ces personnes Mr le préfet, ce n’est plus un logement, mais l’espoir de ne pas mourir dans la rue, surtout quand elles sont malades. Or si chaque commune mettait à leur disposition une baraque, un vieux conteneur, quelques tôles ou encore une carcasse de voiture et si possible un matelas, elles pourraient mourir alors dans la dignité.

Comme l’histoire de cette dame qu’on avait repérée dans une vieille voiture, cachée des regards de la société et qu’une âme charitable, Dieu merci, a bien voulu héberger. Sans savoir qu’elle attendait la mort, elle a quitté ce monde quelques mois après dans la dignité.
L’état veut faire des économies, moins de séjours à l’hôpital, et l’autre jour encore, lors d’une visite nocturne d’un sans-abri âgé, ce dernier venait tout juste de subir une intervention le matin et le soir même a regagné le trottoir, il était encore sous l’effet de l’anesthésie, et on voyait les électrodes  sur sa poitrine dénudée, du coup on a cru qu’il était mort.

Et pourtant Mr le préfet l’argent on en a, regardez tous ces gaspillages, ces fêtes, ces repas, ces défilés, ces concerts, subventionnés par l’argent public qu’on dilapide, ses salaires, ses cumules d’indemnités, ces détournements qu’on ne fait pas rembourser.

Hormis une élue dont les compétences ne sont pas forcément le social à qui j’ai présenté un projet, personne d’autre ne s’intéresse réellement à ce problème.

Or Mr le préfet nous avons atteint la limite de notre combat et on est loin de la victoire, mais quand nos frères et sœurs ne mourront plus dans la poussière ni dans la boue, alors à ce moment-là, nous pourrons défiler et festoyer ensemble la conscience en paix.

Thèmes :
Message fin article

Avez-vous aimé cet article ?

Partagez-le sans tarder sur les réseaux sociaux, abonnez-vous à notre Newsletter,
et restez à l'affût de nos dernières actualités en nous suivant sur Google Actualités.

Pour accéder à nos articles en continu, voici notre flux RSS : https://www.zinfos974.com/feed
Une meilleure expérience de lecture !
nous suggérons l'utilisation de Feedly.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires