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Mayotte : Le gurua, une pratique pédophile qui met la justice dans l’embarras

La notion juridique de viol implique une pénétration.
Le "gurua", pratique censée préserver la virginité avant le mariage, permet à des prédateurs d'échapper à la cour d'Assises.
Du coup d'un procès à l'autre, la gravité de l'acte est jugée très différemment, malgré des victimes parfois très jeunes.

Ecrit par Yohann Deleu – le mercredi 19 janvier 2022 à 21H40

« Si je ne l’avais pas fait, d’autres hommes l’auraient fait« . Accusé d’agression sexuelle sur une fillette de 11 ans, l’homme à la barre n’aura pas un mot pour sa victime, absente au tribunal.

Invoquant son droit au silence, il a contraint les juges à entrer dans le détails de ses déclarations, fluctuantes au fil de l’enquête, mais au gré desquelles il n’a eu de cesse de s’enfoncer. Il a ainsi affirmé être « amoureux » de l’enfant, et être fiancé à elle. Il a déclaré l’avoir « repérée » dès ses deux ans, et assuré que c’est elle qui avait pris l’initiative d’un rapport sexuel, en 2015, quand elle en avait 11, et lui 38.

Le rapport en question, c’est un « gurua« , parfois traduit par « pinceau« . Dans les faits, il s’agit de préserver la virginité de sa partenaire en frottant son pénis entre les cuisses de la jeune fille, jusqu’à l’éjaculation, mais sans la pénétrer. Si la pratique ne pose pas de problème juridique quand elle concerne deux jeunes fiancés consentants, elle sert aussi à des pédophiles pour s’en prendre à de très jeunes filles. Souvent sans voir le mal.

« Il n’a formulé aucun regret, 6 ans après les faits, il n’a pas identifié l’infraction qu’il a commise, c’est le signe qu’il ne voit pas le mal dans ce qu’il a fait« , déplorait ainsi ce mercredi le substitut du procureur qui réclamait 4 ans de prison ferme pour un homme jugé « dangereux » et décrit dans le quartier où il vit comme un « prédateur« .

L’affaire aurait « pu finir devant une cour d’Assises » a estimé l’avocat de la jeune fille, Me Andjilani. Mais les « guruas » sont généralement correctionnalisés. Mais aux Assises, en l’absence de pénétration, le risque d’acquittement est élevé, d’où ce choix procédural.

L’homme jugé ce mercredi a finalement écopé d’une peine bien plus légère que celle requise : 2 ans de prison dont un avec sursis, sans mandat de dépôt. Une peine qui illustre la difficulté qu’a la justice mahoraise à qualifier et à réprimer ces rapports sexuels, dans les faits très proches d’un viol.

En 2020 pourtant, une affaire tout aussi sordide de « gurua » sur une fillette de 10 ans s’était soldée par une peine record de 8 ans de détention en première instance. Le prévenu de ce 19 janvier est lui reparti libre, avec une convocation devant le juge d’application des peines. Deux lectures bien différentes d’une même pratique qui perdure.

Y.D.

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