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Mayotte : Combien faudra-t-il encore de morts, de mutilés, de blessés pour que l’autorité républicaine soit rétablie ?

Denis Herrmann, le patron du journal Les Nouvelles de Mayotte, est connu à la fois pour son professionnalisme et son calme. C'est la raison pour laquelle nous avons été très surpris à la lecture de son éditorial ce matin, et surtout à la vue de photos extrêmement choquantes de plaies béantes provoquées par des coups de chombos (sabres).
Il fallait vraiment que le ras-le-bol soit violent pour que Denis se soit ainsi laissé aller à de telles extrémités.
Par solidarité, mais aussi pour témoigner à notre manière de ce qui se passe dans ce département distant du nôtre de seulement quelques centaines de kilomètres, nous avons décidé de publier son article, avec son autorisation bien évidemment.
D'autant que nous gardons à l'esprit que si nous ne réagissons pas fortement ici, à La Réunion, nous pourrions rapidement connaitre aussi dans un avenir proche ce même genre de phénomène.
Pierrot Dupuy

Ecrit par 1654 – le lundi 07 février 2022 à 09H56

Notre journal (Les nouvelles de Mayotte, NDLR) n’est pas réputé pour faire du sensationnalisme exacerbé mais il faut parfois malgré tout appeler un chat un chat et faire découvrir la réalité des horreurs pratiquées quotidiennement à Mayotte. Voilà pourquoi nous avons décidé de publier ces photos qui sont les témoignages d’une réalité que notre île ne connaissait pas il y a encore quelques années.

Une déliquescence de la société mahoraise

Ce qui s’est passé dans la nuit de jeudi à vendredi dernier est la preuve d’une déliquescence de la société mahoraise qui a perdu tous ses repères et qui se retrouve confrontée à une ultra violence qu’elle ne connaissait pas auparavant et dont les autorités, l’Etat en tête, sont complètement hors jeu.

Comment ces scènes de sauvagerie peuvent-elles se multiplier au fil de jours sans que personne ne soit capable d’y mettre un terme ? Est-il normal que trois homicides soient commis en dix jours dans cette ile auparavant paisible ? Est-il normal que des bandes rivales continuent de s’affronter dès la nuit tombée pour des motifs aussi futiles qu’inconnus ? Est-il concevable de voir dans des lycées des jeunes frapper à coups de ciseaux, de couteau ou de tournevis leurs camarades pour une broutille, un regard de travers, une remarque déplacée ?

Des bandes de gamins armés jusqu’aux dents qui coupent mains, pieds et gorge

Comment peut-on tolérer que dès la nuit tombée, les forces de l’ordre soient engagées quotidiennement pour disperser à grands renforts de grenades lacrymogènes, des bandes de gamins armés jusqu’aux dents qui coupent mains, pieds et gorge à l’aide de chombos, couteaux et autres coupe-coupe ? Mais dans quel monde de fous est tombée cette île autrefois si paisible ?

Des auteurs impunis

Comment admettre que ces auteurs de crimes et agressions sanglantes soient la plupart du temps impunis ? Quelque chose cloche dans le fonctionnement de notre démocratie, et à Mayotte, depuis quelques temps, ces dysfonctionnements sont de plus en plus récurrents. Incompétence ? Ordres ? Laxisme ? Sans doute un peu de tout ça.

Mais il existe une raison bien plus importante à ce manque de fermeté : c’est la sacro-sainte paix sociale qu’il faut coûte que coûte entretenir dans ce 101ème département, le plus pauvre de France.

Des sauvages ont fait irruption dans un banga pour frapper et mutiler un jeune gamin

Jeudi soir, des bandes se sont affrontées à Passamainty et Doujani. Des sauvages ont fait irruption dans un banga pour frapper et mutiler un jeune gamin paisiblement endormi. Un autre a été égorgé et a failli perdre la vie et le directeur de l’école primaire de Passamainty a vu sa voiture partir en fumée et son habitation pillée et vandalisée.

Des hordes de sauvages font régner la terreur dans les quartiers

Des hordes de sauvages font régner la terreur dans ces quartiers qui à la nuit tombée font vivre l’angoisse aux habitants qui se demandent quels seront les prochaines victimes de ces voyous. Jeudi soir la police a dû protéger les secours qui intervenaient pour prendre en charge ces blessés qui, une fois arrivés au CHM, ont été pris en charge par des dizaines de soignants qui ont tout fait pour les sauver, alors que ces équipes médicales sont déjà submergées par le ‘tout venant » et la crise covid.

Ce qui se passe à Mayotte est terriblement inquiétant

Ce qui se passe à Mayotte est non seulement angoissant mais terriblement inquiétant. À qui la faute ? Au laxisme de nos dirigeants nous l’avons déjà dit maintes fois. L’autorité n’existe plus à Mayotte. Elle n’est que de façade. Soyons réalistes. Nos élus sont absents et l’Etat défaillant. Voilà pourquoi ici tout va mal et que cette délinquance de plus en plus violente s’installe impunément sur le territoire, semant la terreur, où, pour un oui pour un non, on tue, on mutile on brûle. Les voyous ont pris le pouvoir n’en déplaise à ceux qui tentent de faire croire le contraire.

Un manque de courage des élus et de l’Etat

Très bien. Alors quelles solutions ? Elles existent, il suffit juste d’avoir le courage de les mettre en œuvre. Elles passent avant tout par une tolérance zéro de chaque petit délit et d’une fermeté des forces de l’ordre exemplaire dans leurs interventions qui doivent être soutenues par une justice d’une fermeté sans faille.

Mayotte n’est pas le pays des bisounours. Nous l’avons déjà écrit maintes fois. Il faut que l’autorité revienne dans cette île et pour cela il faut que tout le monde s’y mette.

En premier lieu l’Etat, dont la mission d’assurer la sécurité des personnes et des biens lui revient de droit. Il n’est pas concevable que son autorité soit ainsi bravée par quelques sauvages armés et sans foi ni loi. Le bras de la Justice ne doit pas trembler non plus devant cette paix sociale qui doit régner pour promouvoir les carrières. Ça suffit !

Marre des missionnaires encravatés

Les solutions existent et il n’est pas besoin d’envoyer des « missions » qui feront des rapports aussi insipides qu’inutiles. Il faut simplement écouter les autochtones qui eux vivent au quotidien dans cette île, qui la connaissent et l’aiment et qui sont atterrés de voir ce qui s’y passe. Hélas, ils ne sont pas entendus, ni même écoutés. Il est vrai que des missionnaires encravatés venus de métropole savent mieux ce qui est bon pour Mayotte, que ses habitants qui proposent des solutions de bon sens. Mais le bon sens a semble-t-il disparu depuis bien longtemps sur cette île qui chaque jour est de plus en plus livrée aux voyous qui imposent leur loi.

Pas de réaction de Paris

Ce qui s’est passé ces derniers jours à Mayotte n’a pas non plus ému Paris. Pas un mot pour ces sauvageries, alors qu’il suffit qu’un gamin de banlieue se fasse couper un pied ou une main pour que l’émoi national soit total. Combien faudra-t-il encore de morts, de mutilés, de blessés pour que l’autorité républicaine soit rétablie ? La population en a assez des belles paroles et autres promesses. Ne soyons pas étonnés si demain elle prendra les armes pour se défendre elle-même et à sa manière.
 
Denis Herrmann
Les Nouvelles de Mayotte

* Les intertitres sont de la rédaction de Zinfos
 

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