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Mahé de La Bourdonnais : Au tour du juge de statuer

Le chapitre de la statue de Mahé de La Bourdonnais n’est pas clos pour tout le monde. Deux associations attendent du tribunal administratif qu’il caractérise l'urgence ou non de suspendre l'arrêté municipal autorisant la dépose de la fameuse statue quand bien même elle s'est déjà envolée.

Ecrit par Ludovic Grondin – le jeudi 08 février 2024 à 00H06
Les présidents des associations requérantes, accompagnés de l'historien Prosper Eve, "débriefent" l'audience avec Me Philippe Creissen

La statue de Mahé de La Bourdonnais n’est plus dans son square depuis le 4 décembre 2023 et pourtant elle refait parler d’elle en 2024. Les associations « Fort Réunion » et « Mémoire de Crève coeur » n’ont pas envie de tourner si rapidement la page malgré l’avancée des travaux dans ce square du Barachois.

Ce mercredi après-midi, les deux associations ont fait valoir leur point de vue dans le cadre d’un référé suspension devant le tribunal administratif à Saint-Denis. Il s’agit d’une première lame que les associations complètent naturellement d’un recours sur le fond mais qui prendra, lui, beaucoup plus de temps, soit au moins 1 an et demi dans le meilleur des cas.

En attendant donc une décision sur le fond, Fort Réunion et Mémoire de Crève coeur réclament la suspension de l’arrêté municipal publié le 30 novembre qui a fait tomber le gouverneur de son piédestal.

« Un détournement de procédure »

Leur argumentation se focalise sur la nature même du permis de construire établi par la mairie de Saint-Denis. « Une dépose sans repose, ça s’appelle une démolition », s’élance Me Philippe Creissen en défense des intérêts de la première association citée ainsi que de résidents dionysiens parmi lesquels un visage connu : Jean-Jacques Morel. Or, dans ce cas précis où la statue ne serait pas reposée à son emplacement initial – ce qui est donc prévu – le code de l’urbanisme ne prévoit pas cette éventualité. Ce qui fait dire à Me Creissen que la décision de la mairie porte les traits d’un « détournement de procédure ».

« Les règles d’urbanisme sont extrêmement précises : on ne peut déposer un monument historique que pour sa restauration en vue de sa réinstallation au même endroit et dans les mêmes conditions d’accès au public », avise Me Creissen. « La caserne Lambert, je ne peux pas y aller demain matin si j’ai envie. Ce n’est pas une aire de pique-nique que je sache ! C’est une base militaire dans laquelle l’accès est réglementé, sauf à ce que le ministre de la Défense décide de déclasser la caserne Lambert pour en faire un jardin public, ce qui pour ma part, je pense, serait une excellente idée », pousse-t-il le raisonnement par l’absurde. 

Utilisant une autre flèche, l’avocat de la deuxième association en vient à exposer l’avis de ses clients « privés » d’avoir pu être consultés avant la décision de déplacement de la statue puisque, selon les conseils juridiques, « il ne s’agit pas que d’urbanisme » dans ce contentieux. « Ça reste une décision politique prise de manière verticale en raison d’une doctrine », s’exprime Me Yann Prévost au nom de l’association Mémoire de Crève-Coeur. L’avocat déplore dans ce dossier initié par la ville de Saint-Denis et dont la préfecture s’est rendue « complice », l’absence d’une « concertation » qui aurait pu réunir par exemple « historiens, urbanistes, architectes,… », ce qui aurait eu le mérite « d’éviter ce contentieux » devant la juridiction, ajoute-t-il. Rajoutons que sur le recours en annulation, l’arrêté préfectoral qui a précédé l’arrêté municipal est lui aussi attaqué.

L’intérêt à agir des requérants mis en doute

En défense de la mairie, Me Olivier Tamil fait valoir que la limitation du permis de construire délivré par la mairie à la seule phase de « dépose » de la statue, sans mention de ce qu’il en adviendra, s’explique par le simple fait que la repose de la statue s’effectuera sur un foncier qui échappe à l’autorité municipale. En l’occurrence, la statue doit migrer vers l’enceinte de la Caserne Lambert appartenant à l’Etat.

Depuis décembre, la statue est « sous la garde des services techniques de la mairie » fait d’ailleurs savoir Me Tamil en répondant à la curiosité du président de séance. L’avocat de la mairie ne se gêne pas non plus pour contester l’intérêt à agir des requérants dont le statut associatif « évasif » serait plutôt à portée « départementale » et non véritablement dionysienne. Or, en droit administratif, seules les personnes ayant un intérêt à agir peuvent tenter de faire tomber un acte administratif dans le délai de deux mois après la publication de l’acte visé.

Leur intérêt pour la statue serait tout autant surjoué selon Me Tamil puisque, depuis toutes ses années où elle a subi les affres du temps  – un bloc de pierre s’est par exemple fissuré au niveau d’une botte de la statue – et des militants qui l’avaient peinte en rose, ces requérants n’ont rien fait pour la sauvegarde de la statue.

Le conseil juridique voit aussi dans le référé de ses adversaires du jour un combat politique dirigé contre la mairie, ce qui l’amène à rappeler au juge des référés qu’il « n’est pas le juge de l’opportunité ». Autrement dit, il ne peut juger du bien-fondé d’une décision prise par une administration, en l’occurence ici la mairie de Saint-Denis, mais de dire le droit.

Enfin, et c’est bien sur cet aspect que se prononcera le juge saisi d’un référé « suspension », Me Tamil estime que, puisque « l’opération a été exécutée », le caractère d’urgence soulevé par la partie adverse est désormais obsolète. Une certitude que contredit Me Prévost puisque la statue se trouve toujours dans une phase d’« entreposage temporaire » avant qu’un nouvel arrêté soit publié pour la suite de son cheminement.

Le juge administratif doit « statuer » la semaine prochaine.

En vidéo, Me Philippe Creissen, l’avocat de l’association Fort Réunion et Jean-Jacques Morel, qui s’exprime ici en tant que contribuable dionysien :

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Mahé de la bourdonnais
21 jours il y a

Que l’on remtte cette statue à sa place et que les petits goebels revisionnistes suppot du wokisme apprennent leur hsitoire au lieu de la detourner

Royal Bourbon
21 jours il y a

Les impérialistes nationaux de l’île et leur idéologie pro monarchique agissent avec force sur le maintien des stigmates de la colonisation et de l’esclavage dans les DOM !

Ce sont des gardiens de l’Histoire de France qui, de génération en génération, vont transmettre les clés de l’hégémonie française quitte à ouvrir les plaies de ce peuple que nous sommes qui a tant souffert de l’esclavage !

Ce qui a conduit le Maghreb choqué à s’insurger contre les déclarations de Nicolas SARKOZY lors de son règne, sur les bienfaits de la colonisation !

Mais ces allumés de l’Histoire ne vous diront pas qu’ils ont fait main basse sur les éléments de preuve de l’esclavage, comme nous l’a rappelé ce regretté et illustre historien de la Réunion, Sudel Fuma !

Déporter des enfants réunionnais dans les années 70 pour repeupler la Creuse ne vous ont pas suffi, il faut encore la ramener aujourd’hui sur cette tragédie de l’histoire qu’on veut tous oublier !

Lulu
Répondre à  Royal Bourbon
21 jours il y a

« …….de ce peuple que nous sommes qui a tant souffert de l’esclavage ! » ah vous avez connu l’esclavage vous??? du n’importe quoi , citer Fuma comme historien heu ouais bon c’est loin d’être la meilleure référence! quant à faire référence des enfants de la Creuse là aussi on a refait l’histoire et surtout certaines familles à se faire passer pour victimes , arrêtons SVP de pleurnicher sur le passé et avançons de manière un peu plus intelligente que de ressasser et se poser en éternelle victimes de l’humanité! créole lève la tête et regarde devant!

be..
Répondre à  Royal Bourbon
20 jours il y a

Ce qui a conduit le Maghreb choqué à s’insurger contre les déclarations de Nicolas SARKOZY lors de son règne, sur les bienfaits de la colonisation ! ( pauvre naze depuis les travaux de jacques marseille empire colonial et capitalisme francais ont sait tous que la france a plus perdu dans la colonisation que gagné :! ( la correze avant le zambese disait tout a l epoque ) cette doctrine est le cartierisme

Mondié Singnèr
21 jours il y a

Il y en a encore beaucoup qui rêvent de re-légaliser l’esclavage, le nègre qui travaillerait gratuitement pour le blanc

Olivier
Répondre à  Mondié Singnèr
20 jours il y a

Aujourd’hui le blanc est esclave du néo-libéralisme dérégulé, il se fait taper par les blancs de la haute (exemple gilets jaunes), de la même manière que les irlandais blancs étaient les premiers esclaves des britanniques blancs avant les noirs, pendant les 13 premières colonies des états-unis.

Une statue qui n'existait pas en 1848
21 jours il y a

Toujours aussi comique MOREL ! Sarda Garriga aurait « libéré » les esclaves au pied de cette statue en 1848 ? Elle n’existait pas…. Elle a été érigée en 1856 ! C’est un assassinat mémoriel … comme il dit !

Furcy
21 jours il y a

Bravo maître cressens ! Argumentation claire et nette . Après il ne faut pas en vouloir à ceux qui veulent enlever la statut ils ont juste une compréhension limitée de l’histoire , on ne peut pas en vouloir à quelqu’un de ne pas avoir assez de connaissances et d’intelligence.

Cimenzéf
Répondre à  Furcy
21 jours il y a

Pov péple ! A quand une statue de kunta kinté rwa des rwa pour les rappeler que ceux sont leurs zancét qui les ont vendus aux vendeurs d esclave !

riverstar974
21 jours il y a

Remettons cette statue et ooint barre. La maire est une wokiste sans panache

zaza974
21 jours il y a

Evidemment arrêtons de commémorer les auteurs de l’esclavagisme et de la traite négrière ! Il n’y a pas que cette statue à enlever à la Réunion. L’histoire doit rester dans les livres, ont ne doit pas lever des monuments pour des gens qui ont exploités d’autres humains en se croyant au dessus d’eux juste à cause de leur couleur de peau. Ceux qui sont pour ce genre de pratique, et qui se narguent derrière l’histoire de la Réunion devrait avoir honte. Levons plutôt des statues au nom des esclaves qui ont donner de leur vie pour la Réunion comme Edmond albius, Furcy Madeleine, Héva, Raharianne, Marianne, Sarlave, Simangalov etc…..

Lulu
Répondre à  zaza974
21 jours il y a

à par Albius, le reste là connait pas ces illustres inconnus!

Cimenzéf
Répondre à  zaza974
20 jours il y a

Haaa ha ha ha furcy celui qui s achetés des esclaves une fois affranchi !!!

marie
21 jours il y a

A lire les posts on comprends que certains sont guides par une personne mais qui ne réussira pas a faire monter la haine de l’autre

chikun
21 jours il y a

À deux cent trente kilomètres de la Réunion , à Port-Louis de l’île Maurice, la statue de Mahé de LaBourdonnais, installée devant le port en 1859 pendant la période anglaise, continue parcontre de raconter l’histoire de cette île reconnaissante à son grand administrateur. Elle devance même la statue de la très célèbre reine Victoria, qui siège une centaine de mètresderrière elle devant l’Hôtel du Gouvernement, siège du Parlement mauricien…Contrairement à La Réunion voisine, personne n’a jamais songé ici à contester la présence de cette statue dans ce Port-Louis qui doit tant à La Bourdonnais.
En 1989, l’association Maurice-France finance même la construction d’une statue similaire pour l’offrir à la ville de Saint-Malo, qui avait relégué ce grand gouverneur d’outre-mer dans les oubliettes de l’Histoire. Grâce à ces Mauriciens passionnés de ce grand homme, il y a,depuis, une place de l’île Maurice dans la célèbre cité malouine…
Un retour d’ascenseur qui contraste singulièrement avec le triste sort réservé à ce grand homme à SINDNI !!! (rires) dans l’île voisine, pourtant française.

G2J
21 jours il y a

Kisa I done lekzanp lo maire la ministre kisa I di fo pa kasé marmaye ? Mwin lé pa in fane de Mahé mé mi di sé nout listwar, li lé bon ou mové sé nout listwar. Sé sa la demokrasi partipative kasé brizé refère nou listwar an pli méyer oté ! Sinon domone déhor sar pa kontan ek nou

jpleterrien
21 jours il y a

Si j’avais un gosse, je lui apprendrais le métier de déboulonneur de statues, y a de l’avenir dans cette branche !!!
Quel personnage célèbre n’a pas quelques ombres à son tableau d’honneur ???
Au fait, wokisme, ça vient de wok ? Ca expliquerait leur cuisine infâme, le mienne fait honneur à l’instrument…

PEC-PEC
20 jours il y a

Comment a t il été possible à un minorité d’obscurantistes d’avoir eu le droit de confisquer cette statue d’un des principaux hommes qui ont fait la Réunion. Juger des faits historiques avec l’œil et les mentalités du XXIème siècle est une aberration qui représente très bien ce wokisme environnant qui sera bientôt rendu obsolète tellement il est rejeté par la majeure partie des français, comme ça commence à l’être au USA. La bêtise n’a donc aucune limite.

Dominique Aupiais
19 jours il y a

Je suis historien, docteur en histoire de l’université de Saint Denis, un des rares sans doute qui, dans sa thèse, ait consacré du temps (et des pages) pour étudier la vie et l’oeuvre de Mahé de Labourdonnais. Pourquoi ne m’a-ton pas demandé mon avis? C’est curieux cette habitude à La Réunion de ne donner la parole qu’à ceux qui sont le moins concernés par un fait historique…

jean
18 jours il y a

pfff y en a qui s’emmerdent dans la vie..C’est d’utilité publique c’est enlevé .Basta..Cherchez vous une autre cause a defendre,il y a plein de gens dans le besoin.Par contre gardons en tete l’histoire et ce qu’elle a été,enfin gardons en une trace dans les livres..Pour le reste ca ressemble a une bataille politique ou d’ego.Ne pourriez vous pas orienter ailleurs cette fougue,cet argent dépensé inutilement?

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