Madagascar : la Gen Z craint une “restauration déguisée” après la nomination d’Herintsalama Rajaonarivelo

Le nouveau Premier ministre de Madagascar, présenté comme un technocrate indépendant, suscite la méfiance des jeunes de la Gen Z qui voient en lui la continuité de l’ancien régime Rajoelina.
À Madagascar, la nomination de Herintsalama Rajaonarivelo au poste de Premier ministre, ce lundi 20 octobre 2025, devait incarner une rupture. Elle est perçue par la Gen Z, fer de lance des mobilisations citoyennes ayant entraîné la chute d’Andry Rajoelina, comme une manœuvre politique de restauration. Malgré un profil économique et technocratique, le nouveau chef du gouvernement ne convainc pas une jeunesse qui réclame une refondation réelle du pouvoir.
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Le colonel Michaël Randrianirina, arrivé à la présidence après la transition politique, a défendu son choix en insistant sur la compétence et la neutralité du nouveau Premier ministre. Ancien président du conseil d’administration de la Banque nationale d’investissement (BNI) et ex-dirigeant du groupement patronal FIVMPAMA, Herintsalama Rajaonarivelo symbolise, selon le nouveau chef de l’État, le retour à une gouvernance « apolitique et pragmatique ».
Certains observateurs ont salué cette désignation comme une victoire partielle de la jeunesse malgache, qui demandait un Premier ministre non partisan et capable de renouer la confiance avec les bailleurs internationaux.
Mais sur les réseaux sociaux, où la Gen Z malgache s’exprime massivement, la réaction a été immédiate : méfiance, ironie et colère. Pour de nombreux jeunes, ce « technocrate » n’est qu’un homme du système, recyclé sous un vernis de compétence.
Des liens troubles avec l’ancien pouvoir
Les critiques pointent les connexions économiques de Herintsalama Rajaonarivelo avec des figures du régime déchu. Il siège notamment au conseil d’administration de Madarail, aux côtés de Mamy Ravatomanga, oligarque en exil et proche de Rajoelina, ainsi que de Naina Andriantsitohaina, ex-maire d’Antananarivo.
Autre sujet d’inquiétude : sa proximité avec le groupe Axian, dirigé par Hassanein Hiridjee, géant de la téléphonie et de l’énergie ayant prospéré grâce à des concessions publiques controversées sous l’ancien régime. Ces relations nourrissent la thèse d’une reprise en main économique par les réseaux d’influence qui dominaient déjà l’ère Rajoelina.
Dans une tribune publiée sur Mediapart, un analyste malgache parle d’un « hold-up des barons de l’ancien régime ». « Ce qui devait être une rupture démocratique devient une restauration sous un vernis technocratique. Nommer un banquier à la tête du gouvernement dans un pays où 80 % de la population vit dans l’informalité est une ironie historique. »
La Gen Z en alerte et prête à retourner dans la rue
Le collectif Gen Z, à l’origine des grandes mobilisations de septembre, a déjà prévenu : si le gouvernement ne traduit pas ses promesses en actes, de nouvelles manifestations auront lieu dans les prochaines semaines.
Les jeunes militants dénoncent une « confiscation de la révolte populaire » par les élites politiques et économiques. Selon eux, la nomination du Premier ministre résulte d’un compromis entre députés issus de l’ancienne majorité et les nouveaux acteurs du pouvoir militaire.
Quelques voix plus mesurées appellent à une vigilance constructive, espérant que Rajaonarivelo prouve son indépendance à travers des actions concrètes : réforme du système énergétique, lutte contre la corruption, amélioration des services publics et accès à l’eau potable.
Mais la méfiance reste profonde. Comme le résume RFI, « reste à savoir si Herintsalama Rajaonarivelo saura convaincre la jeunesse alors que ses liens avec le régime Rajoelina sont de plus en plus questionnés ».
Pour la Génération Z, cette nomination semble moins symboliser un nouveau départ qu’une continuation du passé sous un autre nom, une refondation de façade dans un pays où la confiance envers les institutions reste gravement érodée.


