Madagascar : derrière les livraisons d’armes, Moscou avance ses pions stratégiques dans l’océan Indien

Le site de presse Euromaidan Press, à partir d’informations de Bloomberg, indique que l'opération militaire russe à Madagascar dépasse largement le cadre affiché d’une coopération classique. La présence sur place d’un haut responsable du renseignement militaire russe en dit long sur les ambitions du Kremlin.
Selon ces informations, la Russie a lancé, fin décembre, des livraisons d’armes à destination de Madagascar, officiellement pour renforcer les capacités opérationnelles des forces armées malgaches. Le 20 décembre, un avion de l’armée de l’air russe a atterri près d’Antananarivo avec à son bord une quarantaine de militaires et 43 caisses d’équipements présentés comme du matériel militaire.
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Mais l’opération intrigue par son pilotage. D’après Euromaidan Press, le Kremlin a confié la supervision directe de cette livraison au commandant de la très secrète unité 29155 du GRU, structure du renseignement militaire russe régulièrement associée à des opérations clandestines à l’étranger, dont des assassinats ciblés et des actions de déstabilisation. L’unité est dirigée par le général Andrey Vladimirovich Averyanov, désormais présenté comme un acteur clé de la recomposition de l’influence russe en Afrique après la mise à l’écart du groupe Wagner.
Madagascar occupe une position géopolitique centrale
Officiellement, Moscou évoque une mission de formation et un partenariat intergouvernemental avec la junte au pouvoir. Mais la présence d’un tel profil suggère un objectif bien plus large : installer un point d’appui durable dans une zone stratégique de l’océan Indien, à un moment où les routes commerciales russes sont fragilisées par la guerre en Ukraine et les tensions en Méditerranée.
Madagascar occupe en effet une position géopolitique centrale. En cas de perturbation du canal de Suez, une large part du trafic maritime entre l’Europe et l’Asie est contrainte de contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance, en transitant par le canal du Mozambique, entre le continent africain et la grande île. Un emplacement clé pour qui cherche à sécuriser ou influencer ces flux.
L’enjeu est aussi économique. Madagascar dispose de ressources naturelles majeures : graphite, nickel, cobalt, terres rares, sans oublier des pierres précieuses comme les saphirs et rubis. Autant de matières premières stratégiques pour les industries de défense, de l’énergie et des nouvelles technologies, au cœur des intérêts russes.
Pour les puissances occidentales, cette avancée pose question. En s’implantant à Madagascar, Moscou pourrait sécuriser des routes alternatives pour son commerce, notamment celles empruntées par sa flotte de pétroliers opérant hors des circuits classiques, et disposer d’un levier potentiel sur une part significative du commerce maritime Europe-Asie.
Le contexte politique local facilite cette percée. Après les manifestations d’octobre et la prise de pouvoir des militaires, les partenaires occidentaux et l’Union africaine ont suspendu une partie de leur coopération, en attendant un retour à l’ordre constitutionnel. La Russie, moins regardante sur les standards démocratiques, profite de ce vide diplomatique pour avancer rapidement.
Dans ses analyses, Euromaidan Press replace ainsi Madagascar dans une stratégie africaine plus large de Moscou : livrer des armes, offrir une protection sécuritaire et s’implanter durablement, en échange d’influence politique, d’accès aux ressources et de positions géostratégiques. Une dynamique qui, loin du front ukrainien, pourrait peser lourdement sur les équilibres de l’océan Indien.
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