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Madagascar : confusion à Antananarivo après la mutinerie d’une partie de l’armée

Ecrit par N.P. – le dimanche 12 octobre 2025 à 06H14
Une partie de l'armée a annoncé la fin du régime du Président Andro Rojeliana et a instauré un couvre feu (photo D.R).

Une mutinerie militaire a pris une tournure spectaculaire samedi 11 octobre : escortés par des soldats du CAPSAT, des manifestants sont parvenus à investir la place du 13-Mai, haut lieu de la contestation politique à Antananarivo. La situation du président Andry Rajoelina reste incertaine alors que les tensions montent dans la capitale.

Selon Jeune Afrique, en fin d’après-midi, des militaires du Corps d’administration des personnes et des services de l’armée de terre (CAPSAT) ont pénétré dans le centre-ville d’Antananarivo, où des échanges de tirs ont été rapportés. La résistance aurait été limitée et les mutins ont rapidement pris position sur la place du 13-Mai, symbole historique des mobilisations politiques malgaches depuis les années 1970. Ils y ont été accueillis par une foule en liesse.

Dans la matinée, le CAPSAT avait diffusé un message sur Facebook appelant les forces de l’ordre à « prendre leurs responsabilités » et à « refuser les ordres de tirer ». « On est devenus des lèche-bottes », dénonçaient les militaires, accusant leur hiérarchie d’avoir ordonné des actions illégales contre la population lors des manifestations des 25 et 26 septembre, au cours desquelles 22 personnes ont été tuées, selon l’ONU.

Une escalade marquée par des tirs et des morts dans les rangs

D’après France 24, plusieurs centaines de manifestants s’étaient rassemblés dès le matin devant le camp du CAPSAT, à Soanierana, en périphérie de la capitale. Dans l’après-midi, des véhicules militaires chargés de soldats armés ont rejoint les cortèges dans le sud d’Antananarivo, notamment dans la zone du lac Anosy.
Des images diffusées par l’AFP montrent des militaires brandissant des drapeaux malgaches, acclamés par la foule.

Sur la route menant à la place du 13-Mai, un échange de tirs a éclaté devant le commandement de la gendarmerie nationale. Un journaliste a été blessé par balle. Sur la place elle-même, un militaire du CAPSAT a été tué par un tir provenant d’un gendarme, a confirmé le général Lylison, cité par la presse malgache et Réunion La 1ère.
Le général a appelé les commandements de la gendarmerie à faire cesser les tirs visant civils et militaires, et demandé la démission des supérieurs hiérarchiques des auteurs présumés pour éviter toute escalade.

La communauté malgache de La Réunion s'est de noouveau retrouvée hier à Saint-Denis (photo Anakaopress).

Les autorités appellent au dialogue

Lors d’une conférence de presse rapportée par l’AFP, le ministre des Armées Deramasinjaka Manantsoa Rakotoarivelo a appelé les troupes à la retenue :

« Nous appelons nos frères qui ne sont pas d’accord avec nous à privilégier le dialogue. L’armée malgache demeure le médiateur et la dernière ligne de défense de la nation. »

Le chef d’état-major de l’armée de terre, le général de division Jocelyn Rakotoson, a également exhorté à la désescalade, estimant qu’« il n’y a aucun intérêt à poursuivre les affrontements ».

Une crise politique qui s’enracine

Le mouvement, lancé le 25 septembre par le collectif Gen Z Madagascar, s’était d’abord concentré sur les coupures d’eau et d’électricité avant de se transformer en contestation politique plus large. Les manifestants dénoncent la corruption, la pauvreté et la répression policière.

Le président Andry Rajoelina, 51 ans, avait tenté de désamorcer la crise en limogeant son gouvernement le 6 octobre et en nommant le général Ruphin Fortunat Dimbisoa Zafisambo Premier ministre. Ces mesures n’ont pas suffi à calmer la colère.
Vendredi, le haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Volker Türk, avait exhorté les autorités à « cesser le recours à une force inutile ». D’après l’AFP, au moins 22 morts et plus d’une centaine de blessés sont recensés depuis le début des manifestations.

Selon Jeune Afrique, plusieurs sources affirmaient samedi que le président Rajoelina aurait quitté la capitale, information non confirmée officiellement. En soirée, la place du 13-Mai et l’avenue de l’Indépendance restaient bondées, dans une ambiance mêlant ferveur et incertitude.

Les consignes de sécurité de l’ambassade de France

Face à la dégradation rapide de la situation, l’ambassade de France à Madagascar a appelé les ressortissants français à éviter tout déplacement et à rester dans leur domicile ou lieu d’hébergement.

« En raison des événements qui se déroulent ce jour à Tananarive, il est vivement conseillé d’éviter tout déplacement et de rester à son domicile ou dans son hôtel », indique le message officiel publié sur le site de l’ambassade.

Des couvre-feux ont été instaurés dans plusieurs villes, dont Antananarivo. L’ambassade appelle à se tenir à l’écart de tout rassemblement, à respecter les consignes des autorités locales et à se tenir informé en continu.
Plusieurs compagnies aériennes ont suspendu ou modifié leurs vols vers et depuis Madagascar.

Les ressortissants sont invités à consulter régulièrement le site et la page Facebook de l’ambassade, ainsi que le fil Ariane du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères. En cas d’urgence, plusieurs numéros sont disponibles :
📞 +261 (0)32 12 611 85, +261 (0)32 07 816 82, +261 (0)32 12 11 010 et +261 (0)34 12 11 010.

Un tournant politique majeur

L’accès à la place du 13-Mai, longtemps interdit par les autorités, est une victoire symbolique pour les manifestants. Dans l’histoire politique malgache, ce lieu a souvent précédé la chute d’un régime.
En 2009, une mutinerie du CAPSAT avait déjà contribué à la chute du président Marc Ravalomanana et à l’arrivée au pouvoir… d’Andry Rajoelina.

Seize ans plus tard, le scénario semble se répéter, sur fond de colère sociale, de fracture institutionnelle et d’un pouvoir fragilisé par la rue.

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