Longue route à toi, Yvrin

Il faisait partie de ces musiciens que l’on admirait sans réserve, en raison de son art consommé de la guitare, bien sûr, mais également pour sa modestie, se gentillesse, son désir ardent de mettre son réel génie au service de l’excellence musicale.
Dans le cénacle des virtuoses de la guitare jazz, il avait une place à part. Il est un des rares que j’ai vus improviser les yeux fermés, imperméable à ce qui l’entourait, ou, plus exactement, insensible à ce qui se passait hors de l’estrade. C’était à Saint-Pierre, dans une boîte du front-de-mer depuis longtemps disparue. Il était avec Zoun et Kawa, autres formidables jazzmen. Son jeu était tout en finesse, d’une grande virtuosité mais sans jamais taper dans le m’as-t-vu.
Que sa famille veuille bien me pardonner cette petite incongruité : Yvrin eut deux maîtresses pour la vie : la guitare et le jazz. Il avait inscrit leurs deux noms dans ses cimaises personnelles et les faisait briller chaque jour, chaque nuit.
J’ai eu la pénible tâche d’annoncer son décès à Harry Pitou, autre virtuose de la six-cordes. Qui a simplement dit : « Yvrin était incomparable. Il était surdoué, gentil, affable, toujours à l’écoute, toujours prêt à magnifier le jeu commun par le sien, ce qui est l’essence même du jazz ».
Je n’ai rien de mieux à ajouter. Longue et belle route à toi, l’artiste. Fais un bœuf à notre santé avec Luc, Alain, Loulou, Renaud et toute la bande dalons la fini partir. Na artrouver.
Jules Bénard


