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L'évaluation, le maître mot

Ecrit par zinfos974 – le lundi 4 novembre 2013 à 11H43

Bien des expressions construites à partir de mots-valises ont été lancées lors de la tournée de François Chérèque pour parler du plan national de lutte contre la pauvreté, de la prise en compte des spécificités locales et du suivi des actions. Il a été ainsi question de la simplification et de la coordination des dispositifs en place pour atténuer la concurrence inefficace entre les divers intervenants, de l'aspiration militante ou feinte à une nouvelle gouvernance institutionnelle, et d'une participation active de « ceux qui n'ont rien ». Il n'en reste pas moins qu'au-delà d'un rapport annuel sur le suivi de ce plan, il a manqué, pour raison d'efficacité générale, une volonté d'aller à l'essentiel : une évaluation, indépendante et transparente des politiques menées par l'État, la Région, le Département et les communes dans la lutte contre la pauvreté.

Bien plus qu'un classique bilan, et tout à fait différent de ce que fait l'administration ou la cour régionale des comptes, où même le travail d'une commission de surveillance d'où suintent des intentions tactiques politiciennes, c'est de la construction d'un processus d'évaluation externe dans lequel les citoyens-usagers ont toute leur place à tous les échelons territoriaux que doit partir la nouveauté. On pourra alors consolider le contenu des mots-outils comme collaboration, coordination, répartition, formation pour une meilleure approche du traitement de l'urgence sociale. C'est un chemin à emprunter pour que, par exemple, les polémiques sur le recrutement des emplois verts dans les collectivités locales, la capacité technique des embauchés et leur affectation sur des projets validés dans le temps, et particulièrement à l'approche des rendez-vous électoraux, puissent prendre fin et permettre à des élus d'échapper aux critiques de clientélisme et de manipulation de personnes en difficulté. Dire que « seul le pouvoir doit juger le pouvoir » est un conception surannée, une lecture dépassée de la société qui est de plus en plus complexe.

Les exigences sociales poussent à la mise en place de nouvelles politiques pour corriger une pente qui sape les soubassements de la société ; à tous les niveaux, un certain traitement de la pauvreté peut ne pas représenter l'intérêt général, et cette évaluation indépendante et transparente peut même se révéler « impertinente, désacralisante et démystificatrice » pour des élus. La nouveauté passe aussi par le courage politique, et par conséquent par l'affaiblissement des « faux-semblants, des contradictions, des limites ou insuffisances ». Toute politique publique s'appuie sur un changement du système social, et c'est pour cela qu'elle doit être évaluée.

Mais pour être efficace, il faut qu'il y ait une indépendance de l'évaluateur, du fait que le sérieux de l'opération demande de l'objectivité, alors que le simple contrôle de la gestion passe par une familiarité du contrôleur avec le pouvoir concerné. Et que le principe de la publication des études soit acté. Mais, il ne doit pas y avoir confiscation de l'opération par une catégorie d'évaluateurs, ce qui s'évite par un non-cumul dans le temps des missionnés. Et que la récolte des données correspondent bien aux objectifs de l'évaluation !

François Chérèque a pointé la distance qu'il a avec le pouvoir d'état ; étant donné que l'évaluation est un passage obligé et un enjeu démocratique, il serait urgent que les responsables locaux désignent des « Chérèque » dans leurs territoires respectifs, autant d'actes de responsabilisation pour juger de l'authenticité de la parole des uns et des autres au sujet d'un nouveau modèle de développement. Et s'il ne nous restait plus qu'à puiser dans l'utopie pour réformer la société...

Aimé LEBON, Bois-de-Nèfles Saint-Paul

 

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