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Lettre ouverte à celles et ceux qui soutiennent le mouvement "des enfants de la DDASS de la Réunion transférés en métropole"
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Ecrit par zinfos974 – le jeudi 5 décembre 2013 à 14H21

Mesdames, Messieurs,
Etant une enfant de la DDASS de la Réunion, depuis l’affaire Jean Jacques Martial, je m’intéresse à toutes les informations liées de près ou de loin à cette affaire. Récemment, j’ai suivi avec beaucoup d’intérêt le documentaire « une enfance en exil » diffusé sur France 3.
Je viens faire part de mon indignation, en entendant le témoignage d’une personne que je ne citerais pas (elle se reconnaitra). Et je ne suis pas la seule, bon nombre de personnes ayant travaillé ou vécu dans ce même foyer, ont été abasourdies par les propos de cette ancienne pensionnaire. Ceci dit, les problèmes qu’elle soulève, n’ont rien à voir avec la vie de rêve qu’elle a eu à Saint-Clar. Si la DDASS de la Réunion n’a pas jugé utile de noter dans son dossier qu’elle avait encore sa mère, ce n’est pas la faute de la DDASS du Gers, ni celle de Mademoiselle Annie Ducos.
Je ne vous parlerais pas des enfants du foyer de Guéret, je ne le connais pas. Je veux juste vous parler du centre de Saint-Clar, dans le Gers, où j’ai passé sept ans de ma vie de 1974 à 1981. Ce centre à l’époque était dirigé par Mademoiselle Annie Ducos.
Premièrement, nous n’avions jamais vécu dans un « environnement clos » sans voir personne !
Deuxièmement, les habitants de Saint-Clar n’ont jamais fait d’histoire en ce qui nous concerne (les petits réunionnais). Bien au contraire puisque le centre faisait vivre une partie du village.
Voici un petit aperçu de notre vie au sein du centre sanitaire et scolaire de Saint-Clar (aujourd’hui Centre Cantoloup la Vallée).
- La directrice avait fait en sorte que tous les réunionnais soient rassemblés en un même lieu. Nous avions pour les filles, notre petite maison que nous appelions « l’annexe » avec des chambres à deux lits, voire à un lit, une salle à manger, une cuisine. Les garçons nous retrouvaient dans notre cocon mais dormaient dans un autre bâtiment.
- Lors de notre retour du collège ou du lycée, l’éducatrice nous préparait le gouter et nous aidait pour les devoirs.
- Le soir nous n’avions rien d’autres à faire que de mettre, de débarrasser la table et de faire la vaisselle. Les repas étaient servis par la cuisine du Centre.
- Nous avions des lingères à notre service pour s’occuper de nos vêtements y compris les draps, serviettes.
- Nous avions des bons de commande à notre disposition pour des achats divers, tels que des aliments pour faire la cuisine réunionnaise, pour faire développer nos photos chez un photographe attitré installé à Fleurance.
- Chaque réunionnais avait droit à cinquante francs d’argent de poche tous les mois.
- Mademoiselle Ducos avait même commandé des produits de la Réunion (haricots rouges, piments, gros pois, boucané..) pour essayer disait-elle « de nous donner un peu de chaleur de notre île ».
- Deux fois dans l’année, nous allions dans les « grands magasins » pour refaire notre vestiaire, de la tête aux pieds. Si en cours d’année, nous avions besoin de telle ou telle chose, la propriétaire d’un magasin du village (chez Mitou), nous ouvrait les portes pour qu’on puisse choisir parmi la lingerie de qualité (nous faisions des envieux car notre statut «d’enfants de la Réunion» nous donnait droit à encore plus de privilèges que les autres pensionnaires).
- Nos vacances étaient des plus idylliques. Lors que nous ne partions pas camper avec les éducateurs, nous partions à l’île de Ré, l’île d’Oléron, en Angleterre, en Yougoslavie, en Italie… nous allions régulièrement faire du ski pendant la saison.
- Chaque pensionnaire petit ou grand avait son cadeau de noël.
Notre vie était douce et tranquille. Parfois le manque d’affection se faisait sentir mais avec un centre de près de 120 enfants, comment en donner à chacun d’entre eux.
Mademoiselle Annie Ducos a consacré sa vie entière aux plus démunis, je ne peux pas supporter l’ingratitude de certaines personnes qui médisent sur ce centre qu’elle a essayé de diriger de son mieux.
La personne qui témoigne dans le documentaire oublie de dire que c’est grâce à la directrice qu’elle a pu avoir une situation professionnelle. Et que cette dama a été à ses côtes lorsqu’elle a eu des difficultés dans la vie. Quelle ingratitude ! Tout cela pour avoir 200 000 euros ! La belle affaire !
Mesdames et messieurs, je ne comprends pas cet amalgame entre l’histoire « des enfants de la Creuse » et le transfert d’enfants de la DDASS de la Réunion. Et je suis effarée lorsque j’entends la comparaison faite sur les « déportés.
Un peu de respect et de dignité envers ceux qui ont vécu cette sombre période de notre Histoire. Ceux qui emploient ces termes avec tant de légèreté devraient avoir honte ! Je trouve odieux de faire une telle comparaison. J’ai aussi beaucoup de difficultés à réaliser que des personnes, telles que vous, dont la renommée, de certains n’est plus à faire, puissent s’engager dans de telles actions sans faire un travail de recherches plus poussées ;
Je suis prête à vous aider dans votre travail si vous le vouliez. Je peux vous donner les coordonnées de ceux qui veulent rétablir la vérité. Vous pourrez même visiter le Foyer qu’on aperçoit dans le documentaire, si vous le souhaitez. Je m’engage à vous faire rencontrer des personnes qui ont travaillé ou qui ont vécu dans ce Foyer.
Je vous invite donc, à mener vos propres investigations et à aller plus loin dans votre démarche. Il me semble que cette histoire « d’enfants de la DDASS de la Réunion » mérite que l’on ne s’arrête pas là, qu’il faut savoir aller plus loin pour connaître les histoires, toutes les histoires.
Je souhaite beaucoup de courage « aux enfants de Guéret ». ils ont le droit de se révolter surtout contre les familles d’accueil qui les ont utilisés comme de la main d’œuvre gratuite et corvéable à merci. Cependant je vous rappelle qu’à l’époque, Monsieur Michel Debré a essayé de faire de son mieux pour sortir la population réunionnaise de la misère (c’est papa Debré, certains ont la mémoire défaillante).
Pour ma part, je suis exilée volontaire. La France est devenue ma terre d’asile, ici je me sens chez moi ;
J’espère, Mesdames et Messieurs que vous continuerez votre travail sur ce sujet douloureux en passant de l’autre côté du miroir. Combien d’enfants ont réussi leur vie en métropole ou ailleurs grâce à ce transfert ; combien d’enfants ont ainsi échappé à la misère omniprésente ? Tant de questions restent en suspens !
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