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Lettre à madame la Ministre des Outre Mer

Ecrit par zinfos974 – le mercredi 28 novembre 2018 à 13H58

Madame la Ministre, Monsieur le Préfet de l’île de La Réunion,

C’est un Réunionnais attristé qui vous écrit. Attristé de voir ce que devient son île après maintenant plus de 10 jours de blocage. Je suis Réunionnais, donc Français, et avant tout républicain. Je crois fermement en notre belle République. Sa devise me parle : Liberté, Égalité, Fraternité. 

Ce mouvement des gilets jaunes, bien que je comprenne ses motivations, j’ai du mal à y adhérer, parce que justement il s’appuie sur la privation d’une de nos Libertés essentielles: la Liberté de circulation. Mais, si la méthode me déplaît, bien qu’elle ait permis de vous amener à venir sur notre belle île, madame la ministre, leurs revendications sont légitimes. Vous êtes arrivée en disant que vous compreniez qu’il y avait un ras le bol généralisé. Mais comprenez-vous réellement les causes de ce ras le bol? 

On pourrait résumer à travers un manque d’Égalité. Oui, nous sommes tous égaux en France, mais certains semblent l’être plus que d’autres. Ces inégalités remontent à loin. Je ne suis pas sociologue, je leur laisserai l’étude de cette inégalité, mais elle est là. Alors comment faire pour la résorber ? 

Je ne suis pas sociologue, je suis enseignant. A la Réunion cela signifie que pour beaucoup je suis une des causes de la vie chère, mais moi, si j’ai choisi cette voie, c’est surtout pour travailler au service de mon île. 

Je viens d’une famille créole des hauts. Mes grand-parents ont élevé 13 enfants dans une misère noire, qui était celle de bien des familles de l’île, mais ils ont toujours été dignes. Pour la petite histoire, mon grand-père fut à un moment de sa vie gardien d’un verger. Il interdisait à ses enfants de manger les fruits qui tombaient au sol. Car ce n’était pas leur propriété. Ils étaient pauvres, mais dignes et respectueux des lois. Ma mère est allée à l’école jusqu’en classe première, et ensuite elle est allée travailler dans un commerce, pour aider sa famille, car mon grand-père est décédé. Ensuite, elle est devenue standardiste à la Préfecture. Ces emplois ont aidé toute une partie d’une famille à sortir de la misère. 

Pourquoi vous raconté-je cela ? Non par volonté d’exposer l’histoire familiale, mais pour vous poser une question. Est-ce qu’une personne qui actuellement accepte un emploi aidé, ou un emploi civique, sort de la misère, de la pauvreté à l’aide de cet emploi ? La question est bien entendu rhétorique. Alors pourquoi pour lutter contre la pauvreté, la précarité, on ne propose souvent que plus de précarité ? Ces emplois madame la Ministre sont utiles pour la collectivité. Ils ne devraient pas servir de contre-partie électorale, comme c’est actuellement le cas. 

Quelles autres solutions pourriez vous être tentée d’apporter ? Alors, je vais parler de ce que je maîtrise : l’éducation. Pas que de l’école, mais de l’éducation au sens large. Pourquoi cela ? Parce que tout simplement beaucoup des inégalités actuelles viennent du fait que le vivier de diplômés de l’île, bien que grandissant chaque année, est encore insuffisant pour soutenir la croissance d’une économie comme la nôtre. Alors lancez un plan Marshall pour l’éducation sur notre île. Cela peut passer par : 

• des classes à maximum 20 élèves 
• des éducateurs dans tous les quartiers, avec des moyens pour accompagner les jeunesse
• des moyens supplémentaires pour la lutte contre illettrisme, qui est un réel handicap dans notre société de l’écrit
• un plan d’accompagnement de la formation par alternance, avec une aide conséquente pour les entreprises qui embaucheraient leur apprenti en CDI à l’issue de la période de formation
• des aides à la continuité territoriale pour les élèves, afin que chacun d’eux aient trois billets Réunion-Paris pris en charge dans leur scolarité, afin qu’ils aient un accès facilité à la culture nationale et européenne
• des écoles des parents afin d’aider ceux qui le souhaiteraient à accompagner au mieux la scolarité de leur enfant
• un plan mêlant étudiants, et retraités, afin de faire de l’aide aux devoirs, dans les quartiers
• des moyens supplémentaires afin d’aider l’éducation populaire à se développer

Tout cela aiderait à changer le regard que l’on porte sur notre jeunesse. Une partie de cette jeunesse a répondu à la violence sociale qu’elle subit par la casse et les violences urbaines. Il ne faut pas tomber dans le piège consistant à ne lui répondre que par la répression. Il faut lui donner des perspectives d’avenir. 

Toutes ces idées viennent de ce que j’ai vécu. J’ai grandi dans un quartier de la ville de Sainte-Suzanne : le Village Desprez. Ce quartier j’en suis fier, car il m’a apporté beaucoup. Ma mère y a emménagé dans le premier immeuble social du quartier. Ce quartier n’était pas un quartier favorisé, loin de là. Beaucoup de pauvreté, mais pourtant des gens d’une gentillesse qui en étonnerait plus d’un. Si je suis devenu ce que je suis aujourd’hui, c’est grâce à ma mère, mes parents, mais aussi grâce à beaucoup de personnes de ce quartier. 

Ces personnes ce sont par exemple Florelle, Tatie Sandrine, Papy Antoine. Ces noms ne veulent rien dire pour vous, mais je vais vous dire ce qu’ils ont fait pour nous, jeunes de ce quartier. C’étaient des éducateurs. Ils nous ont adoptés, nous ont conseillés. Ils nous sortaient de l’oisiveté, en nous faisant participer à des compétitions sportives, en nous faisant sortir de notre quartier. La solution aux problèmes de notre île passera pas des gens comme eux. Des personnes de convictions, qui ont juste besoin de moyens pour aider notre jeunesse. 

Pourquoi parler encore une fois de mon histoire, mon quartier ? Pour vous inviter à y venir. Et vous verrez ce qu’est la Fraternité pour les Réunionnais. Discutez sur les barrages est la moindre des choses. Mais prenez le temps de venir sur le terrain, dans les quartiers. Venez écouter nos anciens vous raconter leur histoire. Venir écouter nos jeunes vous dire leur désarroi, sans cris, juste avec leurs mots. Venez voir les mères de famille vous dire leurs inquiétudes pour leurs enfants. Dans mon quartier je vous accompagnerai avec plaisir. 

 

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