Les sages-femmes se battent pour plus de visibilité

Venues des quatre coins de l'île, les sages-femmes en clinique, en hôpitaux, libérales et même étudiantes, ont suivi un appel syndical national et manifesté leur incompréhension dans les rues de Saint-Denis. Elles déplorent un manque d'information du grand public sur leurs aptitudes, une invisibilité de leur profession, un défaut de reconnaissance aux niveaux salarial et universitaire.
Pour Sophie Durand, sage-femme à Saint-Pierre, il y a un manque cruel de communication sur son métier, difficilement compréhensible dans une île où "les chiffres de la mortalité maternelle et des naissances prématurées sont le double ou le triple de la métropole". Selon la représentante syndicale, il est primordial que les activités spécifiques à l'activité de sage-femme soient mieux connues pour le bien-être des femmes.
Organiser le suivi dès le début de la grossesse
"Nous sommes là pour suivre la natalité depuis la déclaration de la grossesse et encore après l'accouchement. Nous dépistons précocement les problèmes de santé, ce qui évite les complications par la suite. Nous sommes autonomes et nous sommes compétentes pour ça, mais les femmes ne savent pas qu'elles peuvent bénéficier d'un tel suivi".
Autre motif de revendication, les salaires. Avec des honoraires constants depuis une dizaine d'années et des charges en augmentation, Sophie Durand estime avoir perdu 1/5 de son pouvoir d'achat. "C'est injuste, s'exclame t-elle, on ne nous permet même pas de rattraper le coût de la vie. Qu'il s'agisse de consultation pour une grossesse, d'une pose de stérilet, ou d'une échographie, nous somme systématiquement payées minimum moitié moins qu'un médecin, alors que nous réalisons le même acte. La caisse de sécurité sociale a bougé pour augmenter les médecins, mais nous nous sommes invisibles".
Payées "au rabais"
Un manque de visibilité que la professionnelle a du mal à digérer. "Nous réalisons 80% des accouchements, en plus par notre action de prévention des pathologies, nous faisons faire des économies à la sécurité sociale. Malgré cela, nous sommes sous-payées, donc on ne rapporte pas beaucoup d'argent aux hôpitaux, donc on ne nous embauche pas. Et en prime, nous sommes en sous-effectif".
Les sages-femmes étudiantes ou professionnelles mobilisées aujourd'hui pointent également ce qu'elles considèrent comme une inégalité supplémentaire: la reconnaissance de leurs cinq années d'étude, une en faculté de médecine et quatre en école de sages-femmes, au seul niveau bac + 3. Les manifestantes ont déposé un courrier de 6 pages et un dossier documenté à l'Agence Régionale de Santé (ARS), à la Région, au Département et à la Préfecture, dont elles attendent vivement un retour, pour être replacées "au cœur de la péri-natalité".


